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Nguyễn Trãi, « Proclamation sur la pacification des Ngô, “Bình Ngô đại cáo” »

dans « Nguyễn Trãi, l’une des plus belles figures de l’histoire et de la littérature vietnamiennes », éd. en Langues étrangères, Hanoï

Il s’agit de la « Grande Proclamation de la pacification des Chinois »* (« Bình Ngô đại cáo ») de Nguyễn Trãi, lettré vietnamien (XIVe-XVe siècle) qui marqua de son génie politique et militaire la guerre d’indépendance menée contre les Chinois. Son père, Nguyễn Phi Khanh, était grand mandarin à la Cour. Quand les armées chinoises des Ming envahirent le pays, il fut arrêté avec plusieurs autres dignitaires et envoyé en exil à Nankin. Nguyễn Trãi suivit le cortège des prisonniers jusqu’à la frontière. Bravant le joug, les entraves et les coups de ses geôliers, le grand mandarin ordonna à son fils : « Tu ne dois pas pleurer la séparation d’un père et de son fils. Pleure surtout l’humiliation de ton peuple. Quand tu seras en âge, venge-moi ! »** Nguyễn Trãi grandit. Il tint la promesse solennelle faite à son père, en rassemblant le peuple entier autour de Lê Lợi, qui chassa les Ming avant de devenir Empereur du Viêt-nam. Hélas ! la dynastie des Lê ainsi fondée prit vite ombrage des conseils et de la notoriété de Nguyễn Trãi. Écarté d’une Cour qu’il venait de conduire à la victoire, notre patriote se fit ermite et poète : « Je ne cours point après les honneurs ni ne recherche les prébendes ; [je] ne suis ni joyeux de gagner ni triste de perdre. Les eaux horizonnent ma fenêtre, les montagnes — ma porte. Les poèmes emplissent mon sac, l’alcool — ma gourde… Que reste-t-il de ceux que l’ambition talonnait sans répit ? Des tombes à l’abandon sous l’herbe épaisse »***. Toute sa vie, Nguyễn Trãi eut cette seule préoccupation : l’amour de la patrie qui, dans son cœur, était inséparable de l’amour du peuple. Restant assis, serrant une froide couverture sur lui, il passait des nuits sans sommeil, songeant comment relever le pays et procurer au peuple une paix durable après ces longues guerres : « Dans mon cœur, une seule préoccupation subsiste : les affaires du pays. Toutes les nuits, je veille jusqu’aux premiers tintements de cloche »****. On tient généralement la « Grande Proclamation de la pacification des Chinois » pour le chef-d’œuvre de Nguyễn Trãi, dans lequel, aujourd’hui encore, chaque Vietnamien reconnaît avec émotion l’une des sources les plus rafraîchissantes de son identité nationale : « Notre patrie, le Grand Viêt, depuis toujours, était terre de vieille culture. Terre du Sud, elle a ses fleuves, ses montagnes, ses mœurs et ses coutumes distincts de ceux du Nord… » Mais son « Recueil de poèmes en langue nationale » qui décrit, avec parfois une teinte d’amertume, les charmes de la vie vertueuse et solitaire, et qui change en tableaux enchanteurs les scènes de la nature sauvage et négligée, m’apparaît comme étant le plus réussi et le plus propre à être goûté d’un public étranger.

* Parfois traduit « Grande Proclamation au sujet de la victoire sur les Ngô » ou « Grande Proclamation sur la pacification des Ngô ». Haut

** Dans Dương Thu Hương, « Les Collines d’eucalyptus : roman ». Haut

*** « Recueil de poèmes en langue nationale », p. 200. Haut

**** id. p. 132. Haut

Tản Đà (Nguyễn Khắc Hiếu), « Le Petit Rêve : roman »

éd. Decrescenzo, coll. Roman, Fuveau

Il s’agit du « Petit Rêve » (« Giấc mộng con ») de Nguyễn Khắc Hiếu, poète, romancier et journaliste vietnamien (XIXe-XXe siècle) qui se donna le surnom de Tản Đà, en associant le nom de la montagne Tản Viên à celui de la rivière Đà près desquelles il naquit. Sa mère l’éleva seule. Bien qu’égarée dans le quartier mal famé des chanteuses, c’était une excellente cantatrice, une artiste recherchée, et même très versée en littérature. Il hérita d’elle cette cadence, cette harmonie musicale dont il se distingua. Autant en prose, il était d’un esprit maladroit et lourd ; autant en poésie, il savait tirer de la langue vietnamienne, si musicale en elle-même, un effet inégalé. « Ses poésies, publiées dans la presse et transmises de bouche à l’oreille, dominaient sans partage jusqu’à l’avènement de la “Nouvelle poésie” au début des années 1930… », dit Mme Nguyen Phuong Ngoc*. « La simplicité des mots, proche des chants populaires… la sincérité des sentiments exprimés, une… poétique exempte de discours moralisateur — tout cela est sans doute le secret du succès de Tản Đà dans une société coloniale en transition. » Mais le mépris absolu de l’argent précipita Tản Đà au comble de la misère. Il était prodigue et aimait la bonne chère, quoiqu’il — ou parce qu’il — était toujours dans le besoin. À travers ses poches percées s’engouffrait le peu qui devait pourvoir à sa femme et ses huit enfants. Un jour, après des demandes réitérées et pressantes de son propriétaire pour payer le loyer, Tản Đà dut se rendre à Saïgon pour se procurer la somme nécessaire. Mais vers onze heures du soir, il revint avec un canard rôti, une bouteille de rhum, et quelques autres victuailles. Dès la porte, il dit à ses amis sur un ton désespéré : « Tout est perdu ! » Ils lui demandèrent ce qui n’allait pas, et il répondit avec aplomb : « Je n’ai pu emprunter que vingt piastres, tout à fait insuffisantes pour payer le loyer. Aussi ai-je préféré acheter quelque chose à boire, ce qui nous a coûté un peu plus de dix piastres »**. Voici la manière dont il s’exprime dans un poème intitulé « Encore ivre » (« Lại say ») : « Je sais bien que c’est mal de tomber dans l’ivresse. Tant pis ! Je reconnais mon tort, mais ne puis m’empêcher… Ne vois-je pas la Terre ivre qui roule sur elle-même, et le Soleil dont le visage rutilant trahit l’ivresse ? Qui en rit ? »

* « Préface au “Petit Rêve” ». Haut

** « Poèmes », p. 11. Haut

Nguyễn Đình Chiểu, « “Dương Từ Hà Mậu” : un pamphlet longtemps censuré »

éd. J. Ouaknine, Montreuil-sous-bois

Il s’agit du « Dương Từ-Hà Mậu » de Nguyễn Đình Chiểu, également connu sous le surnom de Đồ Chiểu (« le bachelier Chiểu »), poète vietnamien, confucianiste engagé. Il naquit au village de Tân Thới formant actuellement l’un des quartiers de Saïgon. En 1847, il se rendit à la capitale Hué avec l’intention de se présenter au concours de licencié, qui devait avoir lieu deux ans plus tard. Mais la nouvelle de la mort de sa mère, survenue entre-temps, lui causa une telle douleur qu’ayant abandonné toute idée de passer le concours, il renonça à la gloire littéraire et retourna dans son village pour se livrer entièrement au deuil. Cependant, en cours de route, un second malheur le frappa : il devint aveugle ; et malgré les soins donnés par les médecins, ses yeux ne purent être sauvés. À son retour, les villageois ne l’en prièrent pas moins d’ouvrir une école sur ce qu’ils avaient entendu dire de ses hautes connaissances. Ce fut probablement vers cette époque qu’il lut — ou plutôt se fit lire par quelques étudiants — le traité chinois intitulé « Manuel de l’Ouest » ; et voyant, dans ce qui y était dit, une incitation à promouvoir les devoirs d’attachement et de reconnaissance non seulement envers nos parents, mais envers tous les hommes — au rebours des bouddhistes qui cherchaient à s’en détacher — il y puisa le sujet d’un poème moralisateur : le « Lục Vân Tiên ». Il le fit suivre bientôt d’un pamphlet en vers : le « Dương Từ-Hà Mậu », mettant en scène deux personnages : un bouddhiste Dương Từ et un catholique Hà Mậu ; mais le discours y est quelquefois si âprement et si violemment antireligieux, qu’il est désapprouvé par ceux mêmes qui en partagent les convictions confucéennes.

« Nguyễn Bỉnh Khiêm, porte-parole de la sagesse populaire : le “Bạch-vân am quốc-ngữ thi-tập” »

dans « Bulletin de la Société des études indochinoises », vol. 49, nº 4

dans « Bulletin de la Société des études indochinoises », vol. 49, no 4

Il s’agit du « Recueil des poèmes en langue nationale de la Retraite des nuages blancs » (« Bạch Vân quốc ngữ thi tập ») de Nguyễn Bỉnh Khiêm* (XVe-XVIe siècle apr. J.-C.). L’époque où vécut Nguyễn Bỉnh Khiêm vit une guerre civile partager le Viêt-nam en deux. L’usurpation du trône des Lê par les Mạc amena de longues décennies de troubles, au cours desquelles s’opposèrent les partisans des deux dynasties. Ministre intègre et grand poète, Nguyễn Bỉnh Khiêm sut se maintenir au-dessus de la mêlée. Sa profonde culture, son mépris des honneurs, son amour du peuple, sa sagesse, sa réputation de devin, enfin, en imposaient à tous les clans politiques, qui venaient le consulter dans son ermitage rustique, appelé Retraite des nuages blancs (Bạch Vân**). « Qui poursuit les honneurs se soumet à leurs chaînes ; seule la vie dans la retraite procure des joies merveilleuses », disait Nguyễn Bỉnh Khiêm (poème 9). Préférant la libre insouciance, il se sentait étranger à tous les biens ; gloire et richesse ne l’imprégnaient plus. Sa fortune entière tenait dans ce coin de nature, dans cet ermitage loin de « la poussière rose du monde » (poème 55). Comme serviteurs, il ne lui restait que quelques « rangées d’orangers et de mandariniers » (poème 55) ; comme amis fidèles, que « les monts et les fleuves de chez nous » (poème 1) ; comme lampe allumée, que « la lune, à la porte » (poème 73). Lorsqu’il avait soif, il buvait le thé des collines, tout fumant de vapeur. Avait-il chaud ? Il s’asseyait près de la fenêtre ouverte sur la véranda. Ainsi s’écoulaient ses jours bienheureux et légers. « Labourer pour manger, creuser pour boire, se contenter de son sort ; quant aux affaires de ce monde, ne pas savoir si l’on en est aux Han, ou bien aux Ts’in » : telle fut sa devise (poème 55). Il laissa à sa mort de nombreux poèmes en chinois classique ; mais c’est le « Recueil des poèmes en langue nationale de la Retraite des nuages blancs » qui a rendu immortel le souvenir de cet homme qui a tout fait pour se faire oublier. « Poète qui fuit les abstractions, Nguyễn Bỉnh Khiêm est surtout le philosophe de l’art de vivre, non certes de l’opportunisme, ni même du désir de tranquillité à tout prix, mais d’un certain “instinct du bonheur” fondé sur la sagesse, le respect et l’amour d’autrui, la vie en communion avec la nature… Comme Nguyễn Trãi, il était un adepte du [zen]. Mais, tandis que Nguyễn Trãi puisait dans la méditation des forces pour l’action, Nguyễn Bỉnh Khiêm, lui, contemplait en spectateur les événements extérieurs, aspirant seulement à jouer le rôle d’observateur, [ou] tout au plus, celui de conseiller »

* Également connu sous le surnom de Trạng Trình (« le premier docteur Trình »). Haut

** Nom emprunté à « L’Œuvre complète » de Tchouang-tseu : « En temps de paix, le saint prend part à la prospérité de tous ; en temps de trouble, il cultive sa vertu et se retire dans l’oisiveté. Au bout de mille ans, fatigué de ce monde, il le quitte, monte vers le ciel, chevauche les nuages blancs ». Haut

Hô Chi Minh (Nguyên Ai Quôc), « Le Procès de la colonisation française et Autres Textes de jeunesse »

éd. Le Temps des cerises, Pantin

éd. Le Temps des cerises, Pantin

Il s’agit du « Procès de la colonisation française », des « Revendications du peuple annamite » et autres textes de jeunesse d’Hô Chi Minh*. Ainsi que l’a remarqué un biographe d’Hô Chi Minh**, « tout ce qui touche à la vie du futur président de la République démocratique du Viêt-nam jusqu’en 1941 est fragmentaire, approximatif, controversé ». À ce jour, aucune étude systématique n’a été entreprise, aucune publication exhaustive n’a été faite sur la période parisienne du célèbre révolutionnaire vietnamien, période pourtant décisive en ce qui concerne sa formation idéologique — la vie dans un entresol de la rue du Marché-des-Patriarches, la fréquentation assidue de la Bibliothèque nationale, « où il s’installait de 10 à 17 heures, presque chaque jour »***, les meetings guettés par la police, les articles pour « L’Humanité », « La Revue communiste », « Le Libertaire », etc., enfin, la fondation du « Paria », journal anticolonialiste, dont il fut à la fois le directeur et le plus fécond des contributeurs****. Les dates mêmes de cette période sont pleines d’obscurités, si étrange que cela puisse paraître, s’agissant d’une des personnalités les plus en vue de tout le XXe siècle. Rejoignit-il Paris en 1917, comme le supposent la plupart de ses biographes, ou en 1919, année de ses premiers articles signés ? En tout cas, la première révélation qu’il eut en arrivant, c’est qu’en France aussi il y avait des ouvriers exploités — des gens qui pouvaient prendre parti pour le peuple vietnamien. C’est là que lui vint à l’esprit cette image de la sangsue capitaliste, si fameuse depuis « Le Procès » : « Le capitalisme est une sangsue ayant une ventouse appliquée sur le prolétariat de la métropole, et une autre sur le prolétariat des colonies. Si l’on veut tuer la bête, on doit couper les deux ventouses à la fois ». Alors, il s’attacha aux prolétaires français par le double lien de l’intérêt et de l’affection ; et le jour où, après de longues décennies, la séparation fatale, inévitable, se fit entre les colonisateurs et les colonisés, la France perdit en lui un sujet, mais conserva un ami, un allié, un confrère. « En se réclamant de la protection du peuple français », dit Hô Chi Minh dans « Les Revendications du peuple annamite », « le peuple annamite, bien loin de s’humilier, s’honore au contraire : car il sait que le peuple français représente la liberté et la justice, et ne renoncera jamais à son sublime idéal de fraternité universelle. En conséquence, en écoutant la voix des opprimés, le peuple français fera son devoir envers la France et envers l’humanité ».

* Également connu sous le surnom de Nguyên Ai Quôc. « Nguyên, c’est le patronyme le plus répandu en Annam… ; “Ai”, le préfixe qui signifie l’affection ; “Quôc”, la patrie », dit M. Jean Lacouture. Autrefois transcrit Nguyen Ai Quac. Haut

** M. Jean Lacouture. Haut

*** Louis Roubaud, « Viêt-nam : la tragédie indochinoise ; suivi d’autres écrits sur le colonialisme ». Haut

**** Les contributeurs du « Paria » se composaient entièrement de militants originaires des colonies, qui venaient, bénévolement, après leurs heures de travail. Haut

Nguyễn Trãi, « Instructions aux enfants pour qu’ils se conduisent vertueusement, “Dạy con ở cho có đức” »

dans Maurice Durand, « Introduction à la littérature vietnamienne » (éd. G.-P. Maisonneuve et Larose, coll. UNESCO-Introduction aux littératures orientales, Paris), p. 66-69

dans Maurice Durand, « Introduction à la littérature vietnamienne » (éd. G.-P. Maisonneuve et Larose, coll. UNESCO-Introduction aux littératures orientales, Paris), p. 66-69

Il s’agit d’une traduction partielle des « Instructions familiales mises en vers »* (« Gia huấn ca ») de Nguyễn Trãi, lettré vietnamien (XIVe-XVe siècle) qui marqua de son génie politique et militaire la guerre d’indépendance menée contre les Chinois. Son père, Nguyễn Phi Khanh, était grand mandarin à la Cour. Quand les armées chinoises des Ming envahirent le pays, il fut arrêté avec plusieurs autres dignitaires et envoyé en exil à Nankin. Nguyễn Trãi suivit le cortège des prisonniers jusqu’à la frontière. Bravant le joug, les entraves et les coups de ses geôliers, le grand mandarin ordonna à son fils : « Tu ne dois pas pleurer la séparation d’un père et de son fils. Pleure surtout l’humiliation de ton peuple. Quand tu seras en âge, venge-moi ! »** Nguyễn Trãi grandit. Il tint la promesse solennelle faite à son père, en rassemblant le peuple entier autour de Lê Lợi, qui chassa les Ming avant de devenir Empereur du Viêt-nam. Hélas ! la dynastie des Lê ainsi fondée prit vite ombrage des conseils et de la notoriété de Nguyễn Trãi. Écarté d’une Cour qu’il venait de conduire à la victoire, notre patriote se fit ermite et poète : « Je ne cours point après les honneurs ni ne recherche les prébendes ; [je] ne suis ni joyeux de gagner ni triste de perdre. Les eaux horizonnent ma fenêtre, les montagnes — ma porte. Les poèmes emplissent mon sac, l’alcool — ma gourde… Que reste-t-il de ceux que l’ambition talonnait sans répit ? Des tombes à l’abandon sous l’herbe épaisse »***. Toute sa vie, Nguyễn Trãi eut cette seule préoccupation : l’amour de la patrie qui, dans son cœur, était inséparable de l’amour du peuple. Restant assis, serrant une froide couverture sur lui, il passait des nuits sans sommeil, songeant comment relever le pays et procurer au peuple une paix durable après ces longues guerres : « Dans mon cœur, une seule préoccupation subsiste : les affaires du pays. Toutes les nuits, je veille jusqu’aux premiers tintements de cloche »****. On tient généralement la « Grande Proclamation de la pacification des Chinois » pour le chef-d’œuvre de Nguyễn Trãi, dans lequel, aujourd’hui encore, chaque Vietnamien reconnaît avec émotion l’une des sources les plus rafraîchissantes de son identité nationale : « Notre patrie, le Grand Viêt, depuis toujours, était terre de vieille culture. Terre du Sud, elle a ses fleuves, ses montagnes, ses mœurs et ses coutumes distincts de ceux du Nord… » Mais son « Recueil de poèmes en langue nationale » qui décrit, avec parfois une teinte d’amertume, les charmes de la vie vertueuse et solitaire, et qui change en tableaux enchanteurs les scènes de la nature sauvage et négligée, m’apparaît comme étant le plus réussi et le plus propre à être goûté d’un public étranger.

* Parfois traduit « Chant d’instructions familiales », « Instructions familiales mises en poésie », « Poème sur l’éducation familiale » ou « Éducation familiale versifiée ». Haut

** Dans Dương Thu Hương, « Les Collines d’eucalyptus : roman ». Haut

*** « Recueil de poèmes en langue nationale », p. 200. Haut

**** id. p. 132. Haut

Nguyễn Đình Chiểu, « “Lục-Vân-Tiên” : poème annamite »

dans « Bulletin de la Société d’enseignement mutuel du Tonkin », vol. 7, nº 3, p. 301-361 ; vol. 7, nº 4, p. 430-503 ; vol. 8, nº 1, p. 62-129 ; vol. 8, nº 2, p. 194-305

dans « Bulletin de la Société d’enseignement mutuel du Tonkin », vol. 7, no 3, p. 301-361 ; vol. 7, no 4, p. 430-503 ; vol. 8, no 1, p. 62-129 ; vol. 8, no 2, p. 194-305

Il s’agit du « Lục Vân Tiên »* de Nguyễn Đình Chiểu, également connu sous le surnom de Đồ Chiểu (« le bachelier Chiểu »), poète vietnamien, confucianiste engagé. Il naquit au village de Tân Thới formant actuellement l’un des quartiers de Saïgon. En 1847, il se rendit à la capitale Hué avec l’intention de se présenter au concours de licencié, qui devait avoir lieu deux ans plus tard. Mais la nouvelle de la mort de sa mère, survenue entre-temps, lui causa une telle douleur qu’ayant abandonné toute idée de passer le concours, il renonça à la gloire littéraire et retourna dans son village pour se livrer entièrement au deuil. Cependant, en cours de route, un second malheur le frappa : il devint aveugle ; et malgré les soins donnés par les médecins, ses yeux ne purent être sauvés. À son retour, les villageois ne l’en prièrent pas moins d’ouvrir une école sur ce qu’ils avaient entendu dire de ses hautes connaissances. Ce fut probablement vers cette époque qu’il lut — ou plutôt se fit lire par quelques étudiants — le traité chinois intitulé « Manuel de l’Ouest » ; et voyant, dans ce qui y était dit, une incitation à promouvoir les devoirs d’attachement et de reconnaissance non seulement envers nos parents, mais envers tous les hommes — au rebours des bouddhistes qui cherchaient à s’en détacher — il y puisa le sujet d’un poème moralisateur : le « Lục Vân Tiên ». Il le fit suivre bientôt d’un pamphlet en vers : le « Dương Từ-Hà Mậu », mettant en scène deux personnages : un bouddhiste Dương Từ et un catholique Hà Mậu ; mais le discours y est quelquefois si âprement et si violemment antireligieux, qu’il est désapprouvé par ceux mêmes qui en partagent les convictions confucéennes.

* Autrefois transcrit « Louc Vian Té-ian ». Haut

Lãn Ông, « “Thượng kinh ký-sự”, Relation d’un voyage à la capitale »

éd. École française d’Extrême-Orient, coll. Publications de l’École française d’Extrême-Orient, Paris

éd. École française d’Extrême-Orient, coll. Publications de l’École française d’Extrême-Orient, Paris

Il s’agit de la « Relation d’un voyage à la capitale » (« Thượng kinh ký-sự ») de Lê Hữu Trác, médecin vietnamien, plus connu sous le surnom de Hải Thượng Lãn Ông (« Monsieur le Paresseux de la région de Hải Thượng »). Médecin, Lãn Ông le fut en toute conscience et en toute humanité, avec désintéressement, soignant les pauvres, leur donnant la nourriture nécessaire en cas de besoin, tant et si bien qu’en l’an 1782 apr. J.-C., on le convoqua à la Cour royale, pour prodiguer des soins au prince héritier, atteint depuis quelques mois de fièvre. Dans sa position, tout autre médecin de campagne aurait été ravi et comblé que son nom devînt subitement connu du roi ; mais pour ce sage dédaigneux des honneurs, ce ne fut qu’une distinction embarrassante, tant il vécut cette convocation comme une contrainte. « Je n’arrivai pas à réfréner ma peur », dit-il*. « Ceux qui ne me comprenaient pas, se réjouissaient pour moi… À ce moment, j’étais très inquiet et contracté. Toute la nuit, je ne pus fermer les yeux. Dans mon demi-sommeil, je me disais à moi-même : “Abandonnant tout désir d’honneurs du monde terrestre et matériel, j’ai construit ma chaumière de paille à Hương Sơn pour servir ma vieille mère et lire les classiques. Je m’adonnais à la lecture des ouvrages de [médecine]. Je me maintenais en bonne santé et je secourais les autres. C’était, je le crois, mon idéal, ma meilleure méthode. Qui [aurait cru] qu’un beau matin, je serais ennuyé par une vaine renommée !” » Mais refuser lui était impossible. Parti de son village le 18 février 1782, il arriva à Hanoï le 13 mars et y resta jusqu’au 16 novembre de la même année, date de sa démission. C’est le récit autobiographique de toutes ces circonstances, vécues au jour le jour, neuf mois durant, qui constitue la « Relation » de Lãn Ông : d’abord son voyage lui-même, plein de détails curieux et qui me paraissent instructifs (je pense à ses nombreuses rencontres avec des lettrés qui se traduisent par des échanges de poèmes), puis son arrivée à la capitale (qu’il rêve de quitter au plus vite pour retrouver ses chères montagnes), son examen du prince héritier, le tout émaillé de considérations médicales, de formules et recettes même.

* p. 3-5. Haut

Tản Đà (Nguyễn Khắc Hiếu), « Poèmes »

éd. électronique

éd. électronique

Il s’agit des « Poèmes » de Nguyễn Khắc Hiếu, poète, romancier et journaliste vietnamien (XIXe-XXe siècle) qui se donna le surnom de Tản Đà, en associant le nom de la montagne Tản Viên à celui de la rivière Đà près desquelles il naquit. Sa mère l’éleva seule. Bien qu’égarée dans le quartier mal famé des chanteuses, c’était une excellente cantatrice, une artiste recherchée, et même très versée en littérature. Il hérita d’elle cette cadence, cette harmonie musicale dont il se distingua. Autant en prose, il était d’un esprit maladroit et lourd ; autant en poésie, il savait tirer de la langue vietnamienne, si musicale en elle-même, un effet inégalé. « Ses poésies, publiées dans la presse et transmises de bouche à l’oreille, dominaient sans partage jusqu’à l’avènement de la “Nouvelle poésie” au début des années 1930… », dit Mme Nguyen Phuong Ngoc*. « La simplicité des mots, proche des chants populaires… la sincérité des sentiments exprimés, une… poétique exempte de discours moralisateur — tout cela est sans doute le secret du succès de Tản Đà dans une société coloniale en transition. » Mais le mépris absolu de l’argent précipita Tản Đà au comble de la misère. Il était prodigue et aimait la bonne chère, quoiqu’il — ou parce qu’il — était toujours dans le besoin. À travers ses poches percées s’engouffrait le peu qui devait pourvoir à sa femme et ses huit enfants. Un jour, après des demandes réitérées et pressantes de son propriétaire pour payer le loyer, Tản Đà dut se rendre à Saïgon pour se procurer la somme nécessaire. Mais vers onze heures du soir, il revint avec un canard rôti, une bouteille de rhum, et quelques autres victuailles. Dès la porte, il dit à ses amis sur un ton désespéré : « Tout est perdu ! » Ils lui demandèrent ce qui n’allait pas, et il répondit avec aplomb : « Je n’ai pu emprunter que vingt piastres, tout à fait insuffisantes pour payer le loyer. Aussi ai-je préféré acheter quelque chose à boire, ce qui nous a coûté un peu plus de dix piastres »**. Voici la manière dont il s’exprime dans un poème intitulé « Encore ivre » (« Lại say ») : « Je sais bien que c’est mal de tomber dans l’ivresse. Tant pis ! Je reconnais mon tort, mais ne puis m’empêcher… Ne vois-je pas la Terre ivre qui roule sur elle-même, et le Soleil dont le visage rutilant trahit l’ivresse ? Qui en rit ? »

* « Préface au “Petit Rêve” ». Haut

** « Poèmes », p. 11. Haut

Nguyễn Trãi, « Recueil de poèmes en langue nationale »

éd. du Centre national de la recherche scientifique (CNRS), Paris

éd. du Centre national de la recherche scientifique (CNRS), Paris

Il s’agit du « Recueil de poèmes en langue nationale »* (« Quốc âm thi tập ») de Nguyễn Trãi, lettré vietnamien (XIVe-XVe siècle) qui marqua de son génie politique et militaire la guerre d’indépendance menée contre les Chinois. Son père, Nguyễn Phi Khanh, était grand mandarin à la Cour. Quand les armées chinoises des Ming envahirent le pays, il fut arrêté avec plusieurs autres dignitaires et envoyé en exil à Nankin. Nguyễn Trãi suivit le cortège des prisonniers jusqu’à la frontière. Bravant le joug, les entraves et les coups de ses geôliers, le grand mandarin ordonna à son fils : « Tu ne dois pas pleurer la séparation d’un père et de son fils. Pleure surtout l’humiliation de ton peuple. Quand tu seras en âge, venge-moi ! »** Nguyễn Trãi grandit. Il tint la promesse solennelle faite à son père, en rassemblant le peuple entier autour de Lê Lợi, qui chassa les Ming avant de devenir Empereur du Viêt-nam. Hélas ! la dynastie des Lê ainsi fondée prit vite ombrage des conseils et de la notoriété de Nguyễn Trãi. Écarté d’une Cour qu’il venait de conduire à la victoire, notre patriote se fit ermite et poète : « Je ne cours point après les honneurs ni ne recherche les prébendes ; [je] ne suis ni joyeux de gagner ni triste de perdre. Les eaux horizonnent ma fenêtre, les montagnes — ma porte. Les poèmes emplissent mon sac, l’alcool — ma gourde… Que reste-t-il de ceux que l’ambition talonnait sans répit ? Des tombes à l’abandon sous l’herbe épaisse »***. Toute sa vie, Nguyễn Trãi eut cette seule préoccupation : l’amour de la patrie qui, dans son cœur, était inséparable de l’amour du peuple. Restant assis, serrant une froide couverture sur lui, il passait des nuits sans sommeil, songeant comment relever le pays et procurer au peuple une paix durable après ces longues guerres : « Dans mon cœur, une seule préoccupation subsiste : les affaires du pays. Toutes les nuits, je veille jusqu’aux premiers tintements de cloche »****. On tient généralement la « Grande Proclamation de la pacification des Chinois » pour le chef-d’œuvre de Nguyễn Trãi, dans lequel, aujourd’hui encore, chaque Vietnamien reconnaît avec émotion l’une des sources les plus rafraîchissantes de son identité nationale : « Notre patrie, le Grand Viêt, depuis toujours, était terre de vieille culture. Terre du Sud, elle a ses fleuves, ses montagnes, ses mœurs et ses coutumes distincts de ceux du Nord… » Mais son « Recueil de poèmes en langue nationale » qui décrit, avec parfois une teinte d’amertume, les charmes de la vie vertueuse et solitaire, et qui change en tableaux enchanteurs les scènes de la nature sauvage et négligée, m’apparaît comme étant le plus réussi et le plus propre à être goûté d’un public étranger.

* Autrefois traduit « Recueil des poésies en langue nationale » ou « Collection de poèmes en langue nationale ». Haut

** Dans Dương Thu Hương, « Les Collines d’eucalyptus : roman ». Haut

*** « Recueil de poèmes en langue nationale », p. 200. Haut

**** id. p. 132. Haut

Nguyễn Du, « Kim-Vân-Kiêu »

éd. Gallimard-UNESCO, coll. Connaissance de l’Orient, Paris

éd. Gallimard-UNESCO, coll. Connaissance de l’Orient, Paris

Il s’agit du « Kim-Vân-Kiều »* (XIXe siècle), poème de plus de trois mille vers qui montrent l’âme vietnamienne dans toute sa sensibilité, sa pureté et son abnégation, et qui comptent parmi les plus remarquables du monde. « Il faut suspendre son souffle, il faut marcher avec précaution pour être en mesure de saisir [leur] beauté, tellement ils sont gracieux, jolis, grandioses, splendides », dit un écrivain moderne**. Leur auteur, Nguyễn Du***, laissa la réputation d’un homme mélancolique et taciturne. Mandarin malgré lui, il remplissait les devoirs de sa charge aussi bien ou même mieux que les autres, mais il resta, au fond, étranger aux ambitions. Son grand désir fut de se retirer dans la solitude de son village ; son grand bonheur fut de cacher ses talents : « Que ceux qui ont du talent ne se glorifient donc pas de leur talent ! », dit-il****. « Le mot “tài” [talent] rime avec le mot “tai” [malheur]. » Au cours de la maladie qui lui fut fatale, Nguyễn Du refusa tout médicament, et lorsqu’il apprit que ses pieds étaient déjà glacés, il déclara dans un soupir : « C’est bien ainsi ! » Ce furent ses dernières paroles. Le mérite incomparable du « Kim-Vân-Kiều » n’a pas échappé à l’attention de Phạm Quỳnh, celui des critiques vietnamiens du siècle dernier qui a montré le plus d’érudition et de justesse dans ses opinions littéraires, dont une, en particulier, est devenue célèbre : « Qu’avons-nous à craindre, qu’avons-nous à être inquiets : le “Kiều” restant, notre langue reste ; notre langue restant, notre pays reste »

* Parfois transcrit « Kim-Van-Kiéou » ou « Kim Ven Kièou ». Outre cette appellation communément employée, le « Kim-Vân-Kiều » porte encore divers titres, selon les éditions, tels que : « Truyện Kiều » (« Histoire de Kiều ») ou « Đoạn Trường Tân Thanh » (« Le Cœur brisé, nouvelle version »). Haut

** M. Hoài Thanh. Haut

*** Autrefois transcrit Nguyên Zou. À ne pas confondre avec Nguyễn Dữ, l’auteur du « Vaste Recueil de légendes merveilleuses », qui vécut deux siècles plus tôt. Haut

**** p. 173. Haut