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Térence, «Les Comédies»

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit des six «Comé­dies» («Comœ­diæ») de Térence*, dra­ma­turge latin, qui naquit dans la condi­tion la plus vile et la plus détes­table — celle d’esclave. Sans famille et sans nom, il était dési­gné sous le sur­nom d’Afer («l’Africain»), ce qui per­met de sup­po­ser qu’il était Car­tha­gi­nois de nais­sance. Cepen­dant, la pure­té de son lan­gage — pure­té admi­rée par ses contem­po­rains — prouve que, s’il n’est pas né à Rome, il y fut ame­né dès sa plus tendre enfance. Ache­té ou reçu en pré­sent par un riche séna­teur, Teren­tius Luca­nus, il fut éle­vé par ce der­nier avec un grand soin et affran­chi de bonne heure. Cet acte géné­reux por­ta bon­heur à Teren­tius Luca­nus. Le nom du jeune affran­chi, Térence, ren­dit immor­tel celui du vieux maître. C’était le IIe siècle av. J.-C. — le siècle où, selon le mot d’Horace, «la Grèce, vain­cue par les armes, triom­phait de ses vain­queurs par ses charmes et por­tait les arts dans la sau­vage Ita­lie»**. La culture grecque était plus que jamais à l’honneur. Térence y fut ini­tié, comme tous les brillants aris­to­crates qui fré­quen­taient la mai­son séna­to­riale. Ce sont eux sans doute qui l’encouragèrent vers la car­rière lit­té­raire, où ses goûts et ses talents l’entraînaient. Il se tour­na donc vers le genre de la comé­die athé­nienne, et sur­tout de la comé­die nou­velle, appe­lée la «pal­lia­ta». Ses six pièces sont toutes imi­tées de Ménandre et d’Apollodore de Caryste; elles sont grecques par l’intrigue, par la pen­sée, par le carac­tère des per­son­nages, par le titre même. Après les avoir don­nées sur le théâtre de Rome, Térence par­tit pour la Grèce afin d’étudier d’encore plus près les mœurs de cette contrée dont il repro­dui­sait l’esprit sur la scène. Com­bien de temps dura ce voyage? Térence par­vint-il à Athènes? On l’ignore. Ce qu’il y a de cer­tain, c’est qu’il ne revint jamais. Et comme on veut tou­jours don­ner quelque cause extra­or­di­naire à la dis­pa­ri­tion d’un grand per­son­nage, on n’a pas man­qué d’attribuer celle de Térence au cha­grin que lui aurait cau­sé la perte de cent huit manus­crits lors d’un nau­frage : recueilli par de pauvres gens, le res­ca­pé serait tom­bé malade, et le cha­grin aurait hâté sa der­nière heure.

* En latin Publius Teren­tius Afer. Autre­fois trans­crit Thé­rence. Haut

** «Épîtres», liv. II, poème 1, v. 156-157. Haut

Tseng-tseu, «“Hiao King”, Le Livre de la piété filiale ou de l’amour filial»

dans « Revue de Corée », vol. 5, nº 2, p. 39-70

dans «Revue de Corée», vol. 5, no 2, p. 39-70

Il s’agit du «Livre de la pié­té filiale» («Hiao King»*), qui consti­tue avec «La Grande Étude», «la porte par où l’on accède au rayon­ne­ment»** de la morale chi­noise. Un des dis­ciples de Confu­cius, pos­si­ble­ment Tseng-tseu***, a com­po­sé ces deux ouvrages. Il y traite de la per­sé­vé­rance dans le sou­ve­rain bien, qui n’est autre chose que la confor­mi­té de nos actes avec les lois du ciel. En par­tant de notre amé­lio­ra­tion per­son­nelle et du bon ordre à éta­blir dans notre famille, il en arrive pro­gres­si­ve­ment aux moyens de paci­fier et bien gou­ver­ner l’Empire. En effet, autre­fois, les anciens princes qui dési­raient déve­lop­per et faire briller les lois du ciel, s’attachaient aupa­ra­vant à bien gou­ver­ner leur royaume; ceux qui dési­raient bien gou­ver­ner leur royaume, s’attachaient aupa­ra­vant à mettre le bon ordre dans leur famille; ceux qui dési­raient mettre le bon ordre dans leur famille, s’attachaient aupa­ra­vant à se cor­ri­ger eux-mêmes; ceux qui dési­raient se cor­ri­ger eux-mêmes, s’attachaient aupa­ra­vant à don­ner de la droi­ture à leur âme; ceux enfin qui dési­raient don­ner de la droi­ture à leur âme, s’attachaient aupa­ra­vant à per­fec­tion­ner leurs connais­sances morales. Telle est la fin que se pro­posent «Le Livre de la pié­té filiale» et «La Grande Étude». Soit pré­ju­gé ou rai­son, soit obs­ti­na­tion ou jus­tice, la Chine, pen­dant des mil­lé­naires, n’a jamais ces­sé de lire et d’admirer ces deux ouvrages : les révo­lu­tions du goût, les chan­ge­ments de régime, les domi­na­tions étran­gères même n’ont pas enta­mé leur uni­ver­sa­li­té ori­gi­nelle ni la soli­di­té de leurs prin­cipes. «C’est dans la belle morale qu’ils enseignent, dans les ver­tus qu’ils com­mandent, et dans les sages règles de poli­tique qu’ils tracent et qu’ils ont eu la gloire de per­sua­der, que les phi­lo­sophes d’au-delà des mers auraient dû cher­cher la solu­tion [au] grand [mys­tère] de la durée de l’Empire chi­nois», dit le père Pierre-Mar­tial Cibot.

* En chi­nois «孝經». Par­fois trans­crit «Hia-king», «Hiao Kim», «Heaou-king», «Hsiao Ching», «Syau Jing», «Xiao Qing» ou «Xiao Jing». Haut

** p. 49. Haut

*** En chi­nois 曾子. Par­fois trans­crit Tseng-tsée, Thsêng-tseu, Tseng-tzu ou Zeng Zi. De son vrai nom Tseng Chen (曾參). Par­fois trans­crit Tseng Ts’an, Zeng Can ou Zeng Shen. Haut

Tseng-tseu, «La Grande Étude»

éd. du Cerf, coll. Patrimoines-Confucianisme, Paris

éd. du Cerf, coll. Patri­moines-Confu­cia­nisme, Paris

Il s’agit de «La Grande Étude» («Ta-hio»*), qui consti­tue avec «Le Livre de la pié­té filiale», «la porte par où l’on accède au rayon­ne­ment»** de la morale chi­noise. Un des dis­ciples de Confu­cius, pos­si­ble­ment Tseng-tseu***, a com­po­sé ces deux ouvrages. Il y traite de la per­sé­vé­rance dans le sou­ve­rain bien, qui n’est autre chose que la confor­mi­té de nos actes avec les lois du ciel. En par­tant de notre amé­lio­ra­tion per­son­nelle et du bon ordre à éta­blir dans notre famille, il en arrive pro­gres­si­ve­ment aux moyens de paci­fier et bien gou­ver­ner l’Empire. En effet, autre­fois, les anciens princes qui dési­raient déve­lop­per et faire briller les lois du ciel, s’attachaient aupa­ra­vant à bien gou­ver­ner leur royaume; ceux qui dési­raient bien gou­ver­ner leur royaume, s’attachaient aupa­ra­vant à mettre le bon ordre dans leur famille; ceux qui dési­raient mettre le bon ordre dans leur famille, s’attachaient aupa­ra­vant à se cor­ri­ger eux-mêmes; ceux qui dési­raient se cor­ri­ger eux-mêmes, s’attachaient aupa­ra­vant à don­ner de la droi­ture à leur âme; ceux enfin qui dési­raient don­ner de la droi­ture à leur âme, s’attachaient aupa­ra­vant à per­fec­tion­ner leurs connais­sances morales. Telle est la fin que se pro­posent «La Grande Étude» et «Le Livre de la pié­té filiale». Soit pré­ju­gé ou rai­son, soit obs­ti­na­tion ou jus­tice, la Chine, pen­dant des mil­lé­naires, n’a jamais ces­sé de lire et d’admirer ces deux ouvrages : les révo­lu­tions du goût, les chan­ge­ments de régime, les domi­na­tions étran­gères même n’ont pas enta­mé leur uni­ver­sa­li­té ori­gi­nelle ni la soli­di­té de leurs prin­cipes. «C’est dans la belle morale qu’ils enseignent, dans les ver­tus qu’ils com­mandent, et dans les sages règles de poli­tique qu’ils tracent et qu’ils ont eu la gloire de per­sua­der, que les phi­lo­sophes d’au-delà des mers auraient dû cher­cher la solu­tion [au] grand [mys­tère] de la durée de l’Empire chi­nois», dit le père Pierre-Mar­tial Cibot.

* En chi­nois «大學». Par­fois trans­crit «Taï-hio», «Tá ‘Hiŏh», «Thaï-yo», «Ta Hiue», «Ta-hsue», «Ta Hsüeh» ou «Daxue». Haut

** p. 49. Haut

*** En chi­nois 曾子. Par­fois trans­crit Tseng-tsée, Thsêng-tseu, Tseng-tzu ou Zeng Zi. De son vrai nom Tseng Chen (曾參). Par­fois trans­crit Tseng Ts’an, Zeng Can ou Zeng Shen. Haut

Mencius, «Œuvres»

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit des «Œuvres» de Men­cius* (ou Meng-tseu**), mora­liste qui fleu­ris­sait en Chine à la même époque qu’Aris­tote en Grèce. On raconte que sa mère habi­tait près d’un cime­tière. Le petit Men­cius allait au milieu des tombes et imi­tait par amu­se­ment les céré­mo­nies et les lamen­ta­tions qui s’y fai­saient. Sa mère se dit : «Ce n’est pas un endroit où demeu­rer avec mon fils». Elle alla demeu­rer auprès d’un mar­ché. Son fils imi­ta par jeu les mar­chands qui criaient et ven­daient leurs mar­chan­dises. Elle se dit encore : «Ce n’est pas un lieu où habi­ter avec mon fils». Elle chan­gea de nou­veau et alla demeu­rer auprès d’une école. Son fils imi­ta par jeu les éco­liers qui appre­naient à dis­po­ser les sup­ports et les vases de bois pour les offrandes, à saluer, à témoi­gner du res­pect, à se pré­sen­ter et à se reti­rer avec poli­tesse. Elle se dit : «Voi­ci l’endroit qui convient à mon fils!»*** La doc­trine de Men­cius n’est qu’une copie de celle de Confu­cius. Et même si je recon­nais dans le dis­ciple un défen­seur zélé du maître, un édu­ca­teur nour­ri de la lec­ture des lois et de l’histoire poli­tique, il n’atteint que de loin la sim­pli­ci­té sublime de Confu­cius et cette conci­sion si éner­gique qui donne des ailes aux pen­sées, en ouvrant un vaste champ aux réflexions. Son style a les formes lourdes et pleines d’un intel­lect qui se jus­ti­fie devant ses adver­saires. Et quand il se réfère à ces der­niers, c’est sur un ton acerbe et sou­vent par­tial. «Alors que les pro­pos de Confu­cius, un siècle plus tôt, repré­sen­taient une sorte d’âge d’or où la parole sor­tait sans effort, Men­cius doit pas­ser son temps à four­bir ses armes, fai­sant flèche de tout bois pour rele­ver les défis et parer aux attaques. À l’époque où s’affrontent cent écoles, Men­cius a affaire à une rude concur­rence… On per­çoit dans les “Œuvres” de Men­cius un ton net­te­ment polé­mique et défen­sif, tota­le­ment absent des “Entre­tiens”», dit Mme Anne Cheng****. Au reste, le livre de Men­cius dut attendre long­temps avant d’être admis par­mi les cano­niques, et ce, jusqu’au XIIe siècle apr. J.-C.

* Autre­fois trans­crit Mem­cius ou Man­cius. «Il est res­té peu de traces de cet usage sin­gu­lier, que les pre­miers mis­sion­naires avaient intro­duit, en écri­vant en latin sur l’histoire et la lit­té­ra­ture des Chi­nois, d’ajouter des ter­mi­nai­sons latines aux noms des Empe­reurs et des hommes célèbres, pour indi­quer les rap­ports gram­ma­ti­caux qui liaient ces noms aux autres par­ties des phrases… Deux noms seuls ont conser­vé la forme euro­péenne qu’on leur avait don­née d’abord, ce sont ceux de… Confu­cius et Men­cius», explique Abel Rému­sat. Haut

** En chi­nois 孟子. Par­fois trans­crit Mong-tsée, Mong Tseû, Mem Tsu, Meng-tzu, Meng Tzeu, Meng-tse, Meng-tsze ou Meng­zi. Haut

*** Liu Xiang, «列女傳» («Bio­gra­phies des femmes illustres»), inédit en fran­çais. Haut

**** «His­toire de la pen­sée chi­noise», p. 151-152. Haut

«Les Entretiens de Confucius»

éd. Gallimard, coll. Connaissance de l’Orient, Paris

éd. Gal­li­mard, coll. Connais­sance de l’Orient, Paris

Il s’agit des «Dia­logues» ou «Entre­tiens de Confu­cius» («Lunyu»*), l’œuvre la plus impor­tante pour la connais­sance de Confu­cius (VIe-Ve siècle av. J.-C.). Com­pa­rée sous le rap­port moral, et même sous le rap­port poli­tique, la doc­trine de Confu­cius se rap­proche de celle qui fut, vers la même époque, ensei­gnée par Socrate. Jamais, peut-être, l’esprit humain ne fut plus digne­ment repré­sen­té que par ces deux phi­lo­sophes. En voi­ci les prin­ci­pales rai­sons. La pre­mière est que Confu­cius et Socrate ont recueilli ce qu’il y a de meilleur dans la morale des Anciens. La seconde est qu’ils ont ajou­té à cette morale la sim­pli­ci­té, la clar­té et l’évidence, qui doivent régner par­tout et se faire sen­tir aux esprits les plus gros­siers. Enfin, c’est parce que Confu­cius et Socrate poussent bien leur phi­lo­so­phie, mais ils ne la poussent pas trop loin; leur juge­ment leur fai­sant tou­jours connaître jusqu’où il faut aller et où il faut s’arrêter. En quoi ils ont un avan­tage très consi­dé­rable, non seule­ment sur un grand nombre d’Anciens, qui ont trai­té de telles matières, mais aus­si sur la plu­part des Modernes, qui ont tant de rai­son­ne­ments faux ou trop extrêmes, tant de sub­ti­li­tés épou­van­tables. «La voie de la ver­tu n’est pas sui­vie, je le sais», dit ailleurs Confu­cius**. «Les hommes intel­li­gents et éclai­rés vont au-delà, et les igno­rants res­tent en deçà.» «Le grand savant japo­nais Kôji­rô Yoshi­ka­wa consi­dé­rait les “Entre­tiens de Confu­cius” comme le plus beau livre du monde. J’ignore s’il mérite vrai­ment ce titre… mais il est cer­tain que, dans toute l’histoire, nul écrit n’a exer­cé plus durable influence sur une plus grande par­tie de l’humanité», explique M. Pierre Ryck­mans***. C’est dans ces «Entre­tiens» que Confu­cius s’est mani­fes­té comme le plus grand maître et le plus grand phi­lo­sophe du monde orien­tal. On y voit son ardent amour de l’humanité; sa morale infi­ni­ment sublime, mais en même temps pui­sée dans les plus pures sources du bon sens; son sou­ci per­ma­nent de redon­ner à la nature humaine ce pre­mier lustre, cette pre­mière beau­té qu’elle avait reçue du ciel, et qui avait été obs­cur­cie par les ténèbres de l’ignorance et par la conta­gion du vice. «Le Maître dit : “Ce n’est pas un mal­heur d’être mécon­nu des hommes, mais c’est un mal­heur de les mécon­naître”.» Où trou­ver une maxime plus belle, une indif­fé­rence plus grande à l’égard de la gloire et des gran­deurs? On ne doit pas être sur­pris si les mis­sion­naires euro­péens, qui les pre­miers firent connaître «le véné­ré maître K’ong» ou K’ong-fou-tseu**** sous le nom lati­ni­sé de Confu­cius, conçurent pour sa pen­sée un enthou­siasme égal à celui des Chi­nois.

* En chi­nois «論語». Autre­fois trans­crit «Lén-yù», «Luen yu», «Louen yu», «Liun iu» ou «Lún-iù». Haut

** «L’Invariable Milieu». Haut

*** p. 7. Haut

**** En chi­nois 孔夫子. Par­fois trans­crit Cong fou tsëe, K’ong fou-tse, K’oung fou tseu, Khoung-fou-dze, Kung-fu-dsü, Kung fu-tzu ou Kong­fu­zi. Haut

Marie de l’Incarnation, «Écrits spirituels et historiques. Tome II»

éd. D. de Brouwer-L’Action sociale, Paris-Québec

éd. D. de Brouwer-L’Action sociale, Paris-Qué­bec

Il s’agit de la «Retraite de 1634» et autres écrits de la mère Marie de l’Incarnation*, la pre­mière en date, comme la pre­mière en génie, par­mi les femmes mis­sion­naires venues évan­gé­li­ser le Cana­da (XVIIe siècle apr. J.-C.). Certes, ses écrits furent com­po­sés sans sou­ci d’agrément lit­té­raire. Mais ils viennent d’une femme de carac­tère qui était, en véri­té, une nature d’exception et qui, en asso­ciant son âme direc­te­ment à Dieu, fit l’économie d’une dépen­dance par rap­port aux hommes. Sa pié­té cou­ra­geuse et son saint enthou­siasme étaient suf­fi­sam­ment connus pour que Bos­suet l’ait appe­lée «la Thé­rèse de nos jours et du Nou­veau Monde»**. «Au Cana­da, ses œuvres sont un tré­sor de famille», explique dom Albert Jamet. «Mais les Fran­çais de l’ancienne France doivent savoir que ses œuvres sont toutes leurs aus­si, et au même titre. Peut-être s’en sont-ils trop dés­in­té­res­sés. “En France”, notait Sainte-Beuve***, “nous ne nous mon­trons pas tou­jours assez soi­gneux ou fiers de nos richesses.” À Tours, où elle naquit en 1599, Marie de l’Incarnation fut éle­vée aux sublimes états d’oraison qui la font aller de pair avec les plus hauts contem­pla­tifs de tous les temps et de tous les pays. À Qué­bec, où elle arri­va en 1639, c’est une œuvre fran­çaise qu’elle fit durant les trente-deux années qui lui res­taient encore à vivre. Par là, ses écrits sont le bien et l’honneur indi­vis des deux France.»

* À ne pas confondre avec Barbe Aca­rie, née Barbe Avrillot, qui entra éga­le­ment en reli­gion sous le nom de Marie de l’Incarnation. Elle vécut un siècle plus tôt. Haut

** «Ins­truc­tion sur les états d’oraison», liv. IX. Bos­suet a écrit ailleurs à une cor­res­pon­dante : «J’ai vu, depuis peu, la vie de la mère Marie de l’Incarnation… Tout y est admi­rable, et je vous ren­ver­rai bien­tôt [des] extraits pour vous en ser­vir» («Lettres à la sœur Cor­nuau», lettre CIII). Haut

*** «Port-Royal», liv. I. Haut

Marie de l’Incarnation, «Écrits spirituels et historiques. Tome I»

éd. D. de Brouwer-L’Action sociale, Paris-Québec

éd. D. de Brouwer-L’Action sociale, Paris-Qué­bec

Il s’agit de la «Rela­tion de 1633» et autres écrits de la mère Marie de l’Incarnation*, la pre­mière en date, comme la pre­mière en génie, par­mi les femmes mis­sion­naires venues évan­gé­li­ser le Cana­da (XVIIe siècle apr. J.-C.). Certes, ses écrits furent com­po­sés sans sou­ci d’agrément lit­té­raire. Mais ils viennent d’une femme de carac­tère qui était, en véri­té, une nature d’exception et qui, en asso­ciant son âme direc­te­ment à Dieu, fit l’économie d’une dépen­dance par rap­port aux hommes. Sa pié­té cou­ra­geuse et son saint enthou­siasme étaient suf­fi­sam­ment connus pour que Bos­suet l’ait appe­lée «la Thé­rèse de nos jours et du Nou­veau Monde»**. «Au Cana­da, ses œuvres sont un tré­sor de famille», explique dom Albert Jamet. «Mais les Fran­çais de l’ancienne France doivent savoir que ses œuvres sont toutes leurs aus­si, et au même titre. Peut-être s’en sont-ils trop dés­in­té­res­sés. “En France”, notait Sainte-Beuve***, “nous ne nous mon­trons pas tou­jours assez soi­gneux ou fiers de nos richesses.” À Tours, où elle naquit en 1599, Marie de l’Incarnation fut éle­vée aux sublimes états d’oraison qui la font aller de pair avec les plus hauts contem­pla­tifs de tous les temps et de tous les pays. À Qué­bec, où elle arri­va en 1639, c’est une œuvre fran­çaise qu’elle fit durant les trente-deux années qui lui res­taient encore à vivre. Par là, ses écrits sont le bien et l’honneur indi­vis des deux France.»

* À ne pas confondre avec Barbe Aca­rie, née Barbe Avrillot, qui entra éga­le­ment en reli­gion sous le nom de Marie de l’Incarnation. Elle vécut un siècle plus tôt. Haut

** «Ins­truc­tion sur les états d’oraison», liv. IX. Bos­suet a écrit ailleurs à une cor­res­pon­dante : «J’ai vu, depuis peu, la vie de la mère Marie de l’Incarnation… Tout y est admi­rable, et je vous ren­ver­rai bien­tôt [des] extraits pour vous en ser­vir» («Lettres à la sœur Cor­nuau», lettre CIII). Haut

*** «Port-Royal», liv. I. Haut

«Mohammad Iqbal»

éd. Seghers, coll. Poètes d’aujourd’hui, Paris

éd. Seghers, coll. Poètes d’aujourd’hui, Paris

Il s’agit de Moham­mad Iqbal*, chef spi­ri­tuel de l’Inde musul­mane, pen­seur et pro­ta­go­niste d’un islam réno­vé. Son génie très divers s’exerça aus­si bien dans la poé­sie que dans la phi­lo­so­phie, et s’exprima avec une égale maî­trise en prose et en vers, en our­dou et en per­san. On peut juger de l’étendue de son influence d’après le grand nombre d’études consa­crées à son sujet. Cette influence, qui se concentre prin­ci­pa­le­ment au Pakis­tan, dont il favo­ri­sa la créa­tion, et où il jouit d’un extra­or­di­naire pres­tige, déborde cepen­dant sur tout le monde isla­mique. Rabin­dra­nath Tagore connut fort bien ce com­pa­triote indien, porte-parole de la moder­ni­té, sur qui, au len­de­main de sa mort, il publia le mes­sage sui­vant : «La mort de M. Moham­mad Iqbal creuse dans la lit­té­ra­ture un vide qui, comme une bles­sure pro­fonde, met­tra long­temps à gué­rir. L’Inde, dont la place dans le monde est trop étroite, peut dif­fi­ci­le­ment se pas­ser d’un poète dont la poé­sie a une valeur aus­si uni­ver­selle». Quelle était la situa­tion quand Iqbal, sa thèse de doc­to­rat «La Méta­phy­sique en Perse»** tout juste ter­mi­née, com­men­ça à appro­fon­dir et ten­ta de résoudre les pro­blèmes des États gou­ver­nés par l’islam, qui le tour­men­taient depuis quelques années déjà? Les habi­tants de ces États, oublieux de leur gloire pas­sée, se trou­vaient plon­gés dans une sorte de som­no­lence morne, faite de las­si­tude et de décou­ra­ge­ment :

«La musique qui réchauf­fait le cœur de l’assemblée
S’est tue, et le luth s’est bri­sé…
Le musul­man se lamente sous le porche de la mos­quée
»

* En our­dou محمد اقبال. Par­fois trans­crit Moham­med Eqbâl, Moha­mad Egh­bal, Mou­ham­mad Iqbâl ou Muham­mad Ikbal. Haut

** En anglais «The Deve­lop­ment of Meta­phy­sics in Per­sia». Haut