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CatégorieOuvrages peu soignés ou mal finis

«Jean Tarin, recteur de l’Université de Paris (1590-1666) : notice biographique»

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit de Jean Tarin, hel­lé­niste fran­çais, rec­teur de l’Université de Paris, lec­teur royal en élo­quence grecque et latine*. Il a lais­sé une édi­tion et tra­duc­tion latine d’Iso­crate, signées modes­te­ment «I. T. B. A.» («Jean Tarin de Beau­fort en Anjou») ou «I. T. A.» («Jean Tarin d’Anjou»), et qui sont res­tées, pour cette rai­son, incon­nues des deux ou trois his­to­riens qui ont par­lé de lui. Tarin était fils d’un meu­nier et naquit en l’an 1590. Dès son enfance, se sen­tant un goût très pro­non­cé pour les études, il pres­sa vive­ment sa famille de l’envoyer à l’école; mais il ne put rien obte­nir de ses parents, qui y étaient oppo­sés. Cepen­dant, peu après la fon­da­tion d’un col­lège de jésuites à La Flèche, il vint s’y pré­sen­ter comme étu­diant, pieds nus, n’ayant autre chose qu’une che­mise sur les épaules et un sac plein de noix et de pièces de pain. Il fut mis, par com­pas­sion, entre les balayeurs des classes du col­lège; de là, il fut mar­mi­ton des pen­sion­naires, puis laquais d’un des pères. Fut-il mal­trai­té? En tout cas, il voue­ra par la suite à la Com­pa­gnie de Jésus une haine pro­fonde, que celle-ci lui ren­dra bien, si l’on en juge par le por­trait peu flat­teur qu’a tra­cé de lui le père Fran­çois Garasse : «[C’est] un homme de néant, nom­mé Tarin», dit le père**, «à demi géant, qui porte un visage de cyclope et une voix de tau­reau, par laquelle il ton­nait contre nous…; il est de fort bas lieu, fils d’un meu­nier de Roche­fort [lisez Beau­fort]». Son édu­ca­tion ache­vée avec tous les prix, Tarin s’en vint à Paris, où il s’accosta d’un autre paria de la Com­pa­gnie de Jésus, qui lui ouvrit grand les portes du pro­fes­so­rat. N’ayant pas tar­dé à mon­trer l’excellence de son esprit, il acquit la répu­ta­tion d’«un abîme de science et un des savants hommes du monde» : «Plût à Dieu que je susse autant de grec et de latin que [lui]», dit un de ses contem­po­rains***. Sa répu­ta­tion fut por­tée jusqu’au roi Louis XIII, qui, l’ayant fait lec­teur royal, lui pro­po­sa plu­sieurs évê­chés; mais Tarin, qui ne se croyait pas appe­lé à l’état ecclé­sias­tique, refu­sa de se rendre à cette offre et il prit le par­ti du mariage. Il fut plus d’une fois rec­teur de l’Université de Paris, dont il défen­dit tou­jours les droits avec force et fer­me­té. Une anec­dote illustre ce que je viens de dire : Un jour, étant à un acte de phi­lo­so­phie, il avait, comme c’était son droit, pris la place d’honneur, lorsque de hauts pré­lats arri­vèrent et vou­lurent la lui faire quit­ter ou en prendre une au-des­sus de lui. «La terre que vous fou­lez ici aux pieds, ô illustres princes d’Église, est à moi, et je ne souf­fri­rai point que vous fou­liez aus­si de la sorte ma digni­té!» («Ter­ra hæc, quam concul­ca­tis, o illus­tris­si­mi Eccle­siæ prin­cipes, mea est; nec patiar meam digni­ta­tem sic a vobis conta­mi­na­ri!»), leur dit-il. Et il fit ces­ser l’acte.

* On appe­lait «lec­teurs royaux» les pro­fes­seurs du Col­lège royal, l’actuel Col­lège de France. Haut

** «Mémoires», p. 104. Haut

*** Guy Patin. Haut

le père de Beaurecueil, «Je crois en l’étoile du matin»

éd. du Cerf, coll. Épiphanie, Paris

éd. du Cerf, coll. Épi­pha­nie, Paris

Il s’agit de «Je crois en l’étoile du matin» du père Serge de Beau­re­cueil, reli­gieux fran­çais, grand connais­seur de l’Afghanistan. En entrant dans l’Ordre de saint Domi­nique en 1935 et en enten­dant pour la pre­mière fois le père Che­nu lui par­ler de l’Égypte, où il par­tit en 1946, com­ment le père de Beau­re­cueil aurait-il pu sup­po­ser que sa patrie spi­ri­tuelle, sa terre pro­mise serait beau­coup plus loin, dans les mon­tagnes de l’Asie Cen­trale? Dieu l’y condui­sit pas à pas et presque sans qu’il s’en aper­çût. La «ren­contre» for­tuite d’un mys­tique afghan du XIe siècle apr. J.-C., Ansâ­rî, fut déci­sive. Le père de Beau­re­cueil n’y vit au début qu’un bon sujet d’étude à pour­suivre au couvent du Caire. Il entre­prit d’éditer rigou­reu­se­ment, à par­tir de tous les manus­crits exis­tants, les textes ori­gi­naux d’Ansârî, en per­san et en arabe, ce mys­tique ayant écrit dans les deux langues. Il en apprit même les plus beaux pas­sages par cœur pour nour­rir ses médi­ta­tions; celui-ci par exemple : «Com­ment aurais-je su que la souf­france est mère de la joie, et que sous une décep­tion se cachent mille tré­sors?»*, qu’il rap­pro­chait du psaume biblique : «Ceux qui sèment dans les larmes, mois­sonnent avec des cris de joie»**. Ses tra­vaux magis­traux lui valurent d’être invi­té à Kaboul pour un sémi­naire sur Ansâ­rî, en 1962. On lui sug­gé­ra de res­ter, ce qu’il fit une bonne ving­taine d’années. La ville de Kaboul, ren­dez-vous de tant d’ethnies, invi­tées à se recon­naître, à vivre ensemble, avec évi­dem­ment tous les heurts pos­sibles, le fas­ci­na : «Kaboul, ma fian­cée, mon épouse, dont je porte la bague, don­née il y a bien long­temps par un petit bon­homme épi­lep­tique que j’avais fait soi­gner!… Quel roman d’amour entre nous! Avec bien­tôt vingt ans de fidé­li­té», écrit-il dans un hymne consa­cré à cette ville

* «Cris du cœur, “Munâ­jât”», no 28. Haut

** «Livre des psaumes», CXXVI, 5. Haut

le père de Beaurecueil, «Mes enfants de Kaboul»

éd. du Cerf, Paris

éd. du Cerf, Paris

Il s’agit de «Mes enfants de Kaboul» du père Serge de Beau­re­cueil, reli­gieux fran­çais, grand connais­seur de l’Afghanistan. En entrant dans l’Ordre de saint Domi­nique en 1935 et en enten­dant pour la pre­mière fois le père Che­nu lui par­ler de l’Égypte, où il par­tit en 1946, com­ment le père de Beau­re­cueil aurait-il pu sup­po­ser que sa patrie spi­ri­tuelle, sa terre pro­mise serait beau­coup plus loin, dans les mon­tagnes de l’Asie Cen­trale? Dieu l’y condui­sit pas à pas et presque sans qu’il s’en aper­çût. La «ren­contre» for­tuite d’un mys­tique afghan du XIe siècle apr. J.-C., Ansâ­rî, fut déci­sive. Le père de Beau­re­cueil n’y vit au début qu’un bon sujet d’étude à pour­suivre au couvent du Caire. Il entre­prit d’éditer rigou­reu­se­ment, à par­tir de tous les manus­crits exis­tants, les textes ori­gi­naux d’Ansârî, en per­san et en arabe, ce mys­tique ayant écrit dans les deux langues. Il en apprit même les plus beaux pas­sages par cœur pour nour­rir ses médi­ta­tions; celui-ci par exemple : «Com­ment aurais-je su que la souf­france est mère de la joie, et que sous une décep­tion se cachent mille tré­sors?»*, qu’il rap­pro­chait du psaume biblique : «Ceux qui sèment dans les larmes, mois­sonnent avec des cris de joie»**. Ses tra­vaux magis­traux lui valurent d’être invi­té à Kaboul pour un sémi­naire sur Ansâ­rî, en 1962. On lui sug­gé­ra de res­ter, ce qu’il fit une bonne ving­taine d’années. La ville de Kaboul, ren­dez-vous de tant d’ethnies, invi­tées à se recon­naître, à vivre ensemble, avec évi­dem­ment tous les heurts pos­sibles, le fas­ci­na : «Kaboul, ma fian­cée, mon épouse, dont je porte la bague, don­née il y a bien long­temps par un petit bon­homme épi­lep­tique que j’avais fait soi­gner!… Quel roman d’amour entre nous! Avec bien­tôt vingt ans de fidé­li­té», écrit-il dans un hymne consa­cré à cette ville

* «Cris du cœur, “Munâ­jât”», no 28. Haut

** «Livre des psaumes», CXXVI, 5. Haut

Pompignan, «Œuvres. Tome III»

XVIIIᵉ siècle

XVIIIe siècle

Il s’agit de «La Tra­gé­die de Didon» et autres œuvres de Jean-Jacques Le Franc, mar­quis de Pom­pi­gnan, poète et magis­trat fran­çais, tra­duc­teur de l’hébreu, du grec, du latin, de l’anglais et de l’italien, traî­né dans la boue par Vol­taire et par les phi­lo­sophes (XVIIIe siècle). «Nous avons pris l’habitude de por­ter sur le XVIIIe siècle un juge­ment som­maire et sans appel», dit un his­to­rien*. «Vol­taire, Dide­rot, d’Alembert donnent à cette période intel­lec­tuelle sa signi­fi­ca­tion domi­nante. L’effort de ces puis­sants écri­vains fut si violent; l’appui tacite… qu’ils ren­con­trèrent chez leurs contem­po­rains fut si bien concer­té; la pro­tec­tion dont les cou­vrirent les poten­tats aida si bien leur pro­pa­gande… qu’à eux seuls les Ency­clo­pé­distes paraissent expri­mer les ten­dances morales de [tout] leur siècle». Mais à côté de cette uni­for­mi­té dans les ten­dances se dis­tinguent des figures diver­gentes, comme celle de Pom­pi­gnan : éclai­rées, mais farou­che­ment chré­tiennes; pro­tec­trices des inté­rêts popu­laires, mais rigou­reu­se­ment dévouées au Roi de France; des figures moyennes qui, sans renier les nou­veaux acquis de l’esprit humain, demeu­raient res­pec­tueuses envers les vieux sym­boles, et qui refu­saient de croire que, pour allu­mer le flam­beau de la phi­lo­so­phie, on devait éteindre celui de la chré­tien­té. Ces figures moyennes, dit Pom­pi­gnan, par­lant donc de lui-même**, «qui [ont peut-être réus­si] médio­cre­ment dans [leur] genre, n’ont pas du moins à se repro­cher d’avoir insul­té les mœurs, ni la reli­gion. Quoi qu’en disent les plai­sants du siècle, il vaut mieux encore ennuyer un peu son pro­chain, que de lui gâter le cœur ou l’esprit.» Telle était la posi­tion de Pom­pi­gnan lorsqu’arriva le 10 mars 1760, le jour de sa récep­tion à l’Académie fran­çaise au fau­teuil de Mau­per­tuis. Por­té à l’apogée de sa gloire, il crut un moment au bon­heur et eut l’audace d’ouvrir son dis­cours de récep­tion par des attaques imper­son­nelles contre les livres des Lumières, qu’il accu­sa de por­ter l’empreinte «d’une lit­té­ra­ture dépra­vée, d’une morale cor­rom­pue et d’une phi­lo­so­phie altière, qui sape éga­le­ment le trône et l’autel». Atta­quer ain­si en pleine séance les livres des gens de lettres dont il deve­nait le col­lègue, était une erreur ou à tout le moins une incon­ve­nance, que Pom­pi­gnan paya au cen­tuple. Une pluie d’injures, de libelles, de quo­li­bets, de facé­ties et, mal­heu­reu­se­ment, d’accusations men­son­gères s’abattit sur lui de la part des Ency­clo­pé­distes. «Il ne faut pas seule­ment le rendre ridi­cule», écri­vait Vol­taire à d’Alembert dans une lettre***, «il faut qu’il soit odieux. Met­tons-le hors d’état de nuire…» Le signal était don­né. Vol­taire, tou­jours adroit à manier l’arme de la malice, épui­sa, en prose et en vers, tous les moyens de rire aux dépens de Pom­pi­gnan et de ses «Poé­sies sacrées». Pas un jour ne se pas­sa sans qu’un trait acé­ré ne vînt s’ajouter à ceux de la veille

* Émile Vaïsse-Cibiel. Haut

** «Dis­cours pré­li­mi­naire aux “Poé­sies sacrées”» dans «Œuvres. Tome I». Haut

*** «Cor­res­pon­dance. Tome VI. 1760-1762», p. 622. Haut

Iqbal, «La Métaphysique en Perse»

éd. Actes Sud, coll. Bibliothèque de l’islam, Arles

éd. Actes Sud, coll. Biblio­thèque de l’islam, Arles

Il s’agit de Moham­mad Iqbal*, chef spi­ri­tuel de l’Inde musul­mane, pen­seur et pro­ta­go­niste d’un islam réno­vé. Son génie très divers s’exerça aus­si bien dans la poé­sie que dans la phi­lo­so­phie, et s’exprima avec une égale maî­trise en prose et en vers, en our­dou et en per­san. On peut juger de l’étendue de son influence d’après le grand nombre d’études consa­crées à son sujet. Cette influence, qui se concentre prin­ci­pa­le­ment au Pakis­tan, dont il favo­ri­sa la créa­tion, et où il jouit d’un extra­or­di­naire pres­tige, déborde cepen­dant sur tout le monde isla­mique. Rabin­dra­nath Tagore connut fort bien ce com­pa­triote indien, porte-parole de la moder­ni­té, sur qui, au len­de­main de sa mort, il publia le mes­sage sui­vant : «La mort de M. Moham­mad Iqbal creuse dans la lit­té­ra­ture un vide qui, comme une bles­sure pro­fonde, met­tra long­temps à gué­rir. L’Inde, dont la place dans le monde est trop étroite, peut dif­fi­ci­le­ment se pas­ser d’un poète dont la poé­sie a une valeur aus­si uni­ver­selle». Quelle était la situa­tion quand Iqbal, sa thèse de doc­to­rat «La Méta­phy­sique en Perse»** tout juste ter­mi­née, com­men­ça à appro­fon­dir et ten­ta de résoudre les pro­blèmes des États gou­ver­nés par l’islam, qui le tour­men­taient depuis quelques années déjà? Les habi­tants de ces États, oublieux de leur gloire pas­sée, se trou­vaient plon­gés dans une sorte de som­no­lence morne, faite de las­si­tude et de décou­ra­ge­ment :

«La musique qui réchauf­fait le cœur de l’assemblée
S’est tue, et le luth s’est bri­sé…
Le musul­man se lamente sous le porche de la mos­quée
»

* En our­dou محمد اقبال. Par­fois trans­crit Moham­med Eqbâl, Moha­mad Egh­bal, Mou­ham­mad Iqbâl ou Muham­mad Ikbal. Haut

** En anglais «The Deve­lop­ment of Meta­phy­sics in Per­sia». Haut

Iqbal, «Reconstruire la pensée religieuse de l’islam»

éd. du Rocher-UNESCO, coll. UNESCO d’œuvres représentatives, Monaco-Paris

éd. du Rocher-UNES­CO, coll. UNESCO d’œuvres repré­sen­ta­tives, Mona­co-Paris

Il s’agit de Moham­mad Iqbal*, chef spi­ri­tuel de l’Inde musul­mane, pen­seur et pro­ta­go­niste d’un islam réno­vé. Son génie très divers s’exerça aus­si bien dans la poé­sie que dans la phi­lo­so­phie, et s’exprima avec une égale maî­trise en prose et en vers, en our­dou et en per­san. On peut juger de l’étendue de son influence d’après le grand nombre d’études consa­crées à son sujet. Cette influence, qui se concentre prin­ci­pa­le­ment au Pakis­tan, dont il favo­ri­sa la créa­tion, et où il jouit d’un extra­or­di­naire pres­tige, déborde cepen­dant sur tout le monde isla­mique. Rabin­dra­nath Tagore connut fort bien ce com­pa­triote indien, porte-parole de la moder­ni­té, sur qui, au len­de­main de sa mort, il publia le mes­sage sui­vant : «La mort de M. Moham­mad Iqbal creuse dans la lit­té­ra­ture un vide qui, comme une bles­sure pro­fonde, met­tra long­temps à gué­rir. L’Inde, dont la place dans le monde est trop étroite, peut dif­fi­ci­le­ment se pas­ser d’un poète dont la poé­sie a une valeur aus­si uni­ver­selle». Quelle était la situa­tion quand Iqbal, sa thèse de doc­to­rat «La Méta­phy­sique en Perse»** tout juste ter­mi­née, com­men­ça à appro­fon­dir et ten­ta de résoudre les pro­blèmes des États gou­ver­nés par l’islam, qui le tour­men­taient depuis quelques années déjà? Les habi­tants de ces États, oublieux de leur gloire pas­sée, se trou­vaient plon­gés dans une sorte de som­no­lence morne, faite de las­si­tude et de décou­ra­ge­ment :

«La musique qui réchauf­fait le cœur de l’assemblée
S’est tue, et le luth s’est bri­sé…
Le musul­man se lamente sous le porche de la mos­quée
»

* En our­dou محمد اقبال. Par­fois trans­crit Moham­med Eqbâl, Moha­mad Egh­bal, Mou­ham­mad Iqbâl ou Muham­mad Ikbal. Haut

** En anglais «The Deve­lop­ment of Meta­phy­sics in Per­sia». Haut

«Harṣa Vardhana, Empereur et poète de l’Inde septentrionale (606-648 apr. J.-C.) : étude sur sa vie et son temps»

éd. J.-B. Istas, Louvain

éd. J.-B. Istas, Lou­vain

Il s’agit de l’«Hymne aux huit grands temples sacrés»*Aṣṭa mahâ śrî cai­tya sto­tra»**) et autres poé­sies du roi Soleil-de-ver­tu (Śîlâ­di­tya***), plus célèbre dans l’histoire et la lit­té­ra­ture de l’Inde sous le nom de Harṣa ou Harṣa Vard­ha­na****. La figure de ce roi — dra­ma­turge, poète, ami natu­rel des reli­gions et des lettres — est, avec celle d’Aśo­ka, l’une des mieux connues et des plus net­te­ment des­si­nées de l’Inde clas­sique. Outre ses mon­naies et ins­crip­tions, deux témoi­gnages de pre­mière main nous ren­seignent sur lui. Le cour­ti­san Bâṇa, qui béné­fi­cia de ses lar­gesses, a rédi­gé sa vie roman­cée sous le titre de «La Geste de Harṣa» («Harṣa­ca­ri­ta»*****) — une vie qui s’arrête, cepen­dant, inopi­né­ment au hui­tième cha­pitre, soit que le bio­graphe l’ait lais­sée inache­vée, soit que les siècles en aient fait dis­pa­raître les der­nières pages. À ce témoi­gnage s’ajoute celui du pèle­rin chi­nois Xuan­zang, qui pas­sa en Inde plus de douze ans et qui nous a lais­sé, dans les «Mémoires» rela­tifs à son voyage, maints détails sur ce sou­ve­rain qui fut pour lui un hôte et un ami. Le por­trait concor­dant dres­sé par ces docu­ments nous repré­sente Harṣa à la tête d’une armée for­mi­dable, qui ne comp­tait pas moins de soixante mille élé­phants et cent mille hommes de cava­le­rie; mais loin d’abuser de sa puis­sance, il était au contraire aus­si paci­fique qu’il était pieux. «Et par sa sage admi­nis­tra­tion, il répan­dit par­tout l’union et la paix; il… pra­ti­qua le bien au point d’oublier le som­meil et le man­ger», rap­porte Xuan­zang******. «Dans les villes — grandes et petites — des cinq Indes*******, dans les vil­lages, dans les car­re­fours, au croi­se­ment des che­mins, il fit bâtir des mai­sons de secours, où l’on dépo­sait des ali­ments, des breu­vages et des médi­ca­ments pour les don­ner en aumône aux voya­geurs… et aux indi­gents. Ces dis­tri­bu­tions bien­fai­santes ne ces­saient jamais.» Rem­pli de zèle pour la foi du Boud­dha, Harṣa était en même temps rem­pli de tolé­rance pour toute spi­ri­tua­li­té. Il convo­quait régu­liè­re­ment une espèce de grande assem­blée de tous les reli­gieux ver­sés dans les livres, pour laquelle il épui­sait le tré­sor et les maga­sins de l’État. Ce mélange d’indulgence et de libé­ra­li­té royale perce à jour éga­le­ment dans les œuvres lit­té­raires qui lui sont attri­buées — trois pièces de théâtre et deux poé­sies, et qui achèvent de nous faire connaître un roi dont la ver­tu rayon­na de feux et de splen­deur non seule­ment en Inde, mais à l’étranger.

* Autre­fois tra­duit «Hymne aux huit grands “cai­tyas” véné­rables». Haut

** En sans­crit «अष्ट-महा-श्री-चैत्य-स्तोत्र». Autre­fois trans­crit «Aṣṭa-mahā-çrī-cai­tya-sto­tra», «Aṣṭ­haṃahāś­ri­cai­tyas­to­tra» ou «Ash­ta-maha-sri-chai­tya-sto­tra». Haut

*** En sans­crit शीलादित्य. Autre­fois trans­crit Çîlâ­di­tya. Haut

**** En sans­crit हर्षवर्धन. Autre­fois trans­crit Har­ça, Har­cha ou Har­sha. Haut

***** En sans­crit «हर्षचरितम्», inédit en fran­çais. Autre­fois trans­crit «Harṣa­ca­ri­tam», «Har­chat­cha­ri­ta», «Har­sa­cha­ri­ta», «Har­sha­cha­ri­ta» ou «Har­sha­ca­ri­ta». Haut

****** «Mémoires sur les contrées occi­den­tales», liv. V, ch. 61. Haut

******* Les Chi­nois comp­taient cinq Indes cor­res­pon­dant aux quatre points car­di­naux avec, au milieu, l’Inde cen­trale. Haut

Nguyễn Đình Chiểu, «“Dương Từ Hà Mậu” : un pamphlet longtemps censuré»

éd. J. Ouaknine, Montreuil-sous-Bois

éd. J. Ouak­nine, Mon­treuil-sous-Bois

Il s’agit du «Dương Từ-Hà Mậu» de Nguyễn Đình Chiểu, éga­le­ment connu sous le sur­nom de Đồ Chiểu («le bache­lier Chiểu»), poète viet­na­mien, confu­cia­niste enga­gé. Il naquit au vil­lage de Tân Thới for­mant actuel­le­ment l’un des quar­tiers de Saï­gon. En 1847, il se ren­dit à la capi­tale Hué avec l’intention de se pré­sen­ter au concours de licen­cié, qui devait avoir lieu deux ans plus tard. Mais la nou­velle de la mort de sa mère, sur­ve­nue entre-temps, lui cau­sa une telle dou­leur qu’ayant aban­don­né toute idée de pas­ser le concours, il renon­ça à la gloire lit­té­raire et retour­na dans son vil­lage pour se livrer entiè­re­ment au deuil. Cepen­dant, en cours de route, un second mal­heur le frap­pa : il devint aveugle; et mal­gré les soins don­nés par les méde­cins, ses yeux ne purent être sau­vés. À son retour, les vil­la­geois ne l’en prièrent pas moins d’ouvrir une école sur ce qu’ils avaient enten­du dire de ses hautes connais­sances. Ce fut pro­ba­ble­ment vers cette époque qu’il lut — ou plu­tôt se fit lire par quelques étu­diants — le trai­té chi­nois inti­tu­lé «Manuel de l’Ouest»; et voyant, dans ce qui y était dit, une inci­ta­tion à pro­mou­voir les devoirs d’attachement et de recon­nais­sance non seule­ment envers nos parents, mais envers tous les hommes — au rebours des boud­dhistes qui cher­chaient à s’en déta­cher — il y pui­sa le sujet d’un poème mora­li­sa­teur : le «Lục Vân Tiên». Il le fit suivre bien­tôt d’un pam­phlet en vers : le «Dương Từ-Hà Mậu», met­tant en scène deux per­son­nages : un boud­dhiste Dương Từ et un catho­lique Hà Mậu; mais le dis­cours y est quel­que­fois si âpre­ment et si vio­lem­ment anti­re­li­gieux, qu’il est désap­prou­vé par ceux mêmes qui en par­tagent les convic­tions confu­céennes.

Parny, «Œuvres complètes. Tome II. Les Galanteries de la Bible • Le Paradis perdu • Goddam • Les Rose-Croix»

éd. L’Harmattan, coll. Les Introuvables, Paris

éd. L’Harmattan, coll. Les Introu­vables, Paris

Il s’agit d’Évariste-Désiré, che­va­lier de Par­ny, poète et créole qui doit la meilleure par­tie de sa renom­mée à ses «Élé­gies» éro­tiques et ses «Chan­sons madé­casses» (XVIIIe siècle). Cha­teau­briand les savait par cœur, et il écri­vit à l’homme dont les vers fai­saient ses délices pour lui deman­der la per­mis­sion de le voir : «Par­ny me répon­dit poli­ment; je me ren­dis chez lui, rue de Clé­ry. Je trou­vai un homme assez jeune encore, de très bon ton, grand, maigre, le visage mar­qué de petite vérole. Il me ren­dit ma visite; je le pré­sen­tai à mes sœurs. Il aimait peu la socié­té et il en fut bien­tôt chas­sé par la poli­tique… Je n’ai point connu d’écrivain qui fût plus sem­blable à ses ouvrages : poète et créole, il ne lui fal­lait que le ciel de l’Inde, une fon­taine, un pal­mier et une femme. Il redou­tait le bruit, cher­chait à glis­ser dans la vie sans être aper­çu… et n’était tra­hi dans son obs­cu­ri­té que par… sa lyre»*. Mais le pre­mier trait dis­tinc­tif du «seul poète élé­giaque que la France ait encore pro­duit», comme l’appelait Cha­teau­briand**, était sa bon­té et sa sym­pa­thie. Sen­sible par­tout aux mal­heurs de l’humanité, Par­ny déplo­rait le sort de l’Inde affa­mée, rava­gée par la poli­tique de l’Angleterre, et celui des Noirs dans les colo­nies de la France dont la nour­ri­ture était «saine et assez abon­dante», mais qui avaient la pioche à la main depuis quatre heures du matin jusqu’au cou­cher du soleil : «Non, je ne sau­rais me plaire», écri­vait-il*** de l’île de la Réunion, qui était son île natale — «non, je ne sau­rais me plaire dans un pays où mes regards ne peuvent tom­ber que sur le spec­tacle de la ser­vi­tude, où le bruit des fouets et des chaînes étour­dit mon oreille et reten­tit dans mon cœur. Je ne vois que des tyrans et des esclaves, et je ne vois pas mon sem­blable. On troque tous les jours un homme contre un che­val : il est impos­sible que je m’accoutume à une bizar­re­rie si révol­tante».

* «Mémoires d’outre-tombe», liv. IV, ch. 12. Haut

** «Essai his­to­rique sur les révo­lu­tions», liv. I, part. 1, ch. 22. Haut

*** «Tome IV», p. 130. Haut

Maïmonide, «Épître sur la persécution • Épître au Yémen • Épître sur la résurrection • Introduction au chapitre “Helèq”»

éd. Verdier, coll. Les Dix Paroles, Lagrasse

éd. Ver­dier, coll. Les Dix Paroles, Lagrasse

Il s’agit d’une tra­duc­tion indi­recte de l’«Épître au Yémen» («Al-risa­la al-Yama­niyya»*) et autres œuvres de Rab­bi Moïse ben Maï­mon**, dit Maï­mo­nide. C’est l’un des phi­lo­sophes les plus célèbres qu’aient eus les Juifs, les­quels ont cou­tume de dire pour expri­mer leur admi­ra­tion envers lui : «Depuis Moïse (le pro­phète) jusqu’à Moïse (le phi­lo­sophe), il n’y a point eu d’autre Moïse» («Mi Moshé ad Moshé, lo kam ké Moshé»***). Dans les livres hébraïques, il est sou­vent dési­gné par le nom de Ram­bam**** com­po­sé, selon l’usage juif, des lettres ini­tiales R. M. b. M. de son nom entier. Dans les livres latins, il est sou­vent cité sous les noms de Moïse le Cor­douan (Moses Cor­du­ben­sis), parce qu’il naquit à Cor­doue, et de Moïse l’Égyptien (Moses Ægyp­tius), parce que, chas­sé par les per­sé­cu­tions reli­gieuses des Almo­hades, il dut se réfu­gier en Égypte, où il devint pre­mier méde­cin du Sul­tan. On aurait pu ajou­ter à ces noms celui de Moïse le Pro­ven­çal, parce que la Pro­vence don­na asile à la plus grande par­tie des Juifs expul­sés du midi de l’Espagne; et que c’est à Lunel, et non au Caire, que «Le Guide des éga­rés» fut tra­duit de l’arabe en hébreu par Samuel ben Yéhu­da ibn Tibon*****, lequel enta­ma sa tra­duc­tion du vivant même de Maï­mo­nide. Dans l’«Épître à Rab­bi Samuel ibn Tibon sur la tra­duc­tion du “Guide des éga­rés”» et l’«Épître à la com­mu­nau­té de Lunel», Maï­mo­nide fait de cette com­mu­nau­té pro­ven­çale son héri­tière spi­ri­tuelle : «Je suis», dit-il******, «[un] auteur en langue arabe, cette langue dont le soleil décline… [Mais] vous, maîtres et proches, affer­mis­sez-vous! For­ti­fiez vos cœurs; car je viens pro­cla­mer ceci : en ces temps d’affliction, nul n’est plus là pour bran­dir l’étendard de Moïse, ni pour appro­fon­dir les paroles des maîtres du Tal­mud… à part vous-mêmes et ceux des cités de vos régions. Vous qui êtes conti­nuel­le­ment absor­bés, comme je le sais, dans l’étude et l’interprétation des textes; vous, dépo­si­taires de l’intellect et du savoir! Sachez qu’en maints autres lieux, la Tora a été éga­rée par ses propres fils… Sur la terre d’Israël et à tra­vers toute la Syrie, un seul endroit, je veux dire Alep, compte quelques sages qui méditent la Tora… Pour ce qui est des cités du Magh­reb, dans notre mal­heur, nous avons appris quel décret a été pro­non­cé contre les Juifs qui s’y trouvent. Il n’est donc point de salut nulle part, si ce n’est auprès de vous, frères, figures de notre rédemp­tion.»

* Par­fois trans­crit «Al-risā­la al-Yamanīya» ou «Al-risā­lah al-Yamanīyah». Haut

** En hébreu רבי משה בן מימון. Par­fois trans­crit Moses ben Mei­mun, Môsheh ben May­mûn, Moïse ben Mai­moun, Moyses ben Mai­mon, Moyse ben Mai­mon, Moshe ben May­mon, Mosche ben Mai­mon, Moše ben Maj­mon ou Moché ben Maï­mon. Haut

*** En hébreu «ממשה עד משה לא קם כמשה». Par­fois trans­crit «Mi-Mosheh ‘ad Mosheh, lo qam ke-Mosheh», «Mimo­sché ad Mosché, lo kam ca Mosché», «Memoshe ad Moshe, lo kam k’Moshe», «Mi-Moshe we-’ad Moshe, lo kom ke-Moshe» ou «Mi-Mošé we-‘ad Mošé, lo qam ke-Mošé». Haut

**** En hébreu רמב״ם. Haut

***** En hébreu שמואל בן יהודה אבן תיבון. Par­fois trans­crit Samuel ben Judah ibn Tib­bon, Samuel ben Yehou­da ibn Tib­bon ou Samuel ben Jehu­da ibn Tib­bon. Haut

****** «Lettres de Fostat • La Gué­ri­son par l’esprit», p. 45 & 47-48. Haut

Maïmonide, «Traité d’éthique, [ou] Huit Chapitres»

éd. D. de Brouwer, coll. Midrash-Références, Paris

éd. D. de Brou­wer, coll. Midrash-Réfé­rences, Paris

Il s’agit des «Huit Cha­pitres», extraits du «Livre du lumi­naire»*Kitab al-siraj»**), de Rab­bi Moïse ben Maï­mon***, dit Maï­mo­nide. C’est l’un des phi­lo­sophes les plus célèbres qu’aient eus les Juifs, les­quels ont cou­tume de dire pour expri­mer leur admi­ra­tion envers lui : «Depuis Moïse (le pro­phète) jusqu’à Moïse (le phi­lo­sophe), il n’y a point eu d’autre Moïse» («Mi Moshé ad Moshé, lo kam ké Moshé»****). Dans les livres hébraïques, il est sou­vent dési­gné par le nom de Ram­bam***** com­po­sé, selon l’usage juif, des lettres ini­tiales R. M. b. M. de son nom entier. Dans les livres latins, il est sou­vent cité sous les noms de Moïse le Cor­douan (Moses Cor­du­ben­sis), parce qu’il naquit à Cor­doue, et de Moïse l’Égyptien (Moses Ægyp­tius), parce que, chas­sé par les per­sé­cu­tions reli­gieuses des Almo­hades, il dut se réfu­gier en Égypte, où il devint pre­mier méde­cin du Sul­tan. On aurait pu ajou­ter à ces noms celui de Moïse le Pro­ven­çal, parce que la Pro­vence don­na asile à la plus grande par­tie des Juifs expul­sés du midi de l’Espagne; et que c’est à Lunel, et non au Caire, que «Le Guide des éga­rés» fut tra­duit de l’arabe en hébreu par Samuel ben Yéhu­da ibn Tibon******, lequel enta­ma sa tra­duc­tion du vivant même de Maï­mo­nide. Dans l’«Épître à Rab­bi Samuel ibn Tibon sur la tra­duc­tion du “Guide des éga­rés”» et l’«Épître à la com­mu­nau­té de Lunel», Maï­mo­nide fait de cette com­mu­nau­té pro­ven­çale son héri­tière spi­ri­tuelle : «Je suis», dit-il*******, «[un] auteur en langue arabe, cette langue dont le soleil décline… [Mais] vous, maîtres et proches, affer­mis­sez-vous! For­ti­fiez vos cœurs; car je viens pro­cla­mer ceci : en ces temps d’affliction, nul n’est plus là pour bran­dir l’étendard de Moïse, ni pour appro­fon­dir les paroles des maîtres du Tal­mud… à part vous-mêmes et ceux des cités de vos régions. Vous qui êtes conti­nuel­le­ment absor­bés, comme je le sais, dans l’étude et l’interprétation des textes; vous, dépo­si­taires de l’intellect et du savoir! Sachez qu’en maints autres lieux, la Tora a été éga­rée par ses propres fils… Sur la terre d’Israël et à tra­vers toute la Syrie, un seul endroit, je veux dire Alep, compte quelques sages qui méditent la Tora… Pour ce qui est des cités du Magh­reb, dans notre mal­heur, nous avons appris quel décret a été pro­non­cé contre les Juifs qui s’y trouvent. Il n’est donc point de salut nulle part, si ce n’est auprès de vous, frères, figures de notre rédemp­tion.»

* Par­fois tra­duit «Livre de la lumière». Haut

** Par­fois trans­crit «Kitāb al-sarāj» ou «Kitab es-sirâdj». Haut

*** En hébreu רבי משה בן מימון. Par­fois trans­crit Moses ben Mei­mun, Môsheh ben May­mûn, Moïse ben Mai­moun, Moyses ben Mai­mon, Moyse ben Mai­mon, Moshe ben May­mon, Mosche ben Mai­mon, Moše ben Maj­mon ou Moché ben Maï­mon. Haut

**** En hébreu «ממשה עד משה לא קם כמשה». Par­fois trans­crit «Mi-Mosheh ‘ad Mosheh, lo qam ke-Mosheh», «Mimo­sché ad Mosché, lo kam ca Mosché», «Memoshe ad Moshe, lo kam k’Moshe», «Mi-Moshe we-’ad Moshe, lo kom ke-Moshe» ou «Mi-Mošé we-‘ad Mošé, lo qam ke-Mošé». Haut

***** En hébreu רמב״ם. Haut

****** En hébreu שמואל בן יהודה אבן תיבון. Par­fois trans­crit Samuel ben Judah ibn Tib­bon, Samuel ben Yehou­da ibn Tib­bon ou Samuel ben Jehu­da ibn Tib­bon. Haut

******* «Lettres de Fostat • La Gué­ri­son par l’esprit», p. 45 & 47-48. Haut

Maïmonide, «Traité des poisons»

éd. Lipschutz, Paris

éd. Lip­schutz, Paris

Il s’agit du «Trai­té des poi­sons» («Al-sumum wal-muta­har­riz min al-adwiyah al-kita­lah»*, lit­té­ra­le­ment «Des poi­sons et des anti­dotes contre les drogues mor­telles»**) de Rab­bi Moïse ben Maï­mon***, dit Maï­mo­nide. C’est l’un des phi­lo­sophes les plus célèbres qu’aient eus les Juifs, les­quels ont cou­tume de dire pour expri­mer leur admi­ra­tion envers lui : «Depuis Moïse (le pro­phète) jusqu’à Moïse (le phi­lo­sophe), il n’y a point eu d’autre Moïse» («Mi Moshé ad Moshé, lo kam ké Moshé»****). Dans les livres hébraïques, il est sou­vent dési­gné par le nom de Ram­bam***** com­po­sé, selon l’usage juif, des lettres ini­tiales R. M. b. M. de son nom entier. Dans les livres latins, il est sou­vent cité sous les noms de Moïse le Cor­douan (Moses Cor­du­ben­sis), parce qu’il naquit à Cor­doue, et de Moïse l’Égyptien (Moses Ægyp­tius), parce que, chas­sé par les per­sé­cu­tions reli­gieuses des Almo­hades, il dut se réfu­gier en Égypte, où il devint pre­mier méde­cin du Sul­tan. On aurait pu ajou­ter à ces noms celui de Moïse le Pro­ven­çal, parce que la Pro­vence don­na asile à la plus grande par­tie des Juifs expul­sés du midi de l’Espagne; et que c’est à Lunel, et non au Caire, que «Le Guide des éga­rés» fut tra­duit de l’arabe en hébreu par Samuel ben Yéhu­da ibn Tibon******, lequel enta­ma sa tra­duc­tion du vivant même de Maï­mo­nide. Dans l’«Épître à Rab­bi Samuel ibn Tibon sur la tra­duc­tion du “Guide des éga­rés”» et l’«Épître à la com­mu­nau­té de Lunel», Maï­mo­nide fait de cette com­mu­nau­té pro­ven­çale son héri­tière spi­ri­tuelle : «Je suis», dit-il*******, «[un] auteur en langue arabe, cette langue dont le soleil décline… [Mais] vous, maîtres et proches, affer­mis­sez-vous! For­ti­fiez vos cœurs; car je viens pro­cla­mer ceci : en ces temps d’affliction, nul n’est plus là pour bran­dir l’étendard de Moïse, ni pour appro­fon­dir les paroles des maîtres du Tal­mud… à part vous-mêmes et ceux des cités de vos régions. Vous qui êtes conti­nuel­le­ment absor­bés, comme je le sais, dans l’étude et l’interprétation des textes; vous, dépo­si­taires de l’intellect et du savoir! Sachez qu’en maints autres lieux, la Tora a été éga­rée par ses propres fils… Sur la terre d’Israël et à tra­vers toute la Syrie, un seul endroit, je veux dire Alep, compte quelques sages qui méditent la Tora… Pour ce qui est des cités du Magh­reb, dans notre mal­heur, nous avons appris quel décret a été pro­non­cé contre les Juifs qui s’y trouvent. Il n’est donc point de salut nulle part, si ce n’est auprès de vous, frères, figures de notre rédemp­tion.»

* Par­fois trans­crit «Al-sumûm wa-al-mutaḥar­riz min al-adwiya al-qitâ­la», «Al-sumūm wal-mutaḥar­riz min al-adwiya al-qitā­lah», «As-somum u al-mota­har­riz mim al-aduiya al-qat­ta­la», «As-sumûm wa’l-mutaḥarriz min al-adwiya al-qat­tâ­la», «As-sumum wa’l-mutaharriz min al-adwiya al-qut­ta­la» ou «As-somoûm w’al-motaharriz min al-adwiya al-qat­tâ­la». Haut

** Par­fois tra­duit «Des poi­sons et des pré­ser­va­tifs contre les remèdes mor­tels». Haut

*** En hébreu רבי משה בן מימון. Par­fois trans­crit Moses ben Mei­mun, Môsheh ben May­mûn, Moïse ben Mai­moun, Moyses ben Mai­mon, Moyse ben Mai­mon, Moshe ben May­mon, Mosche ben Mai­mon, Moše ben Maj­mon ou Moché ben Maï­mon. Haut

**** En hébreu «ממשה עד משה לא קם כמשה». Par­fois trans­crit «Mi-Mosheh ‘ad Mosheh, lo qam ke-Mosheh», «Mimo­sché ad Mosché, lo kam ca Mosché», «Memoshe ad Moshe, lo kam k’Moshe», «Mi-Moshe we-’ad Moshe, lo kom ke-Moshe» ou «Mi-Mošé we-‘ad Mošé, lo qam ke-Mošé». Haut

***** En hébreu רמב״ם. Haut

****** En hébreu שמואל בן יהודה אבן תיבון. Par­fois trans­crit Samuel ben Judah ibn Tib­bon, Samuel ben Yehou­da ibn Tib­bon ou Samuel ben Jehu­da ibn Tib­bon. Haut

******* «Lettres de Fostat • La Gué­ri­son par l’esprit», p. 45 & 47-48. Haut

Maïmonide, «Traité de logique»

éd. D. de Brouwer, coll. Midrash-Références, Paris

éd. D. de Brou­wer, coll. Midrash-Réfé­rences, Paris

Il s’agit du «Trai­té de logique» («Maka­lah fi-sinaat al-man­tik»*) de Rab­bi Moïse ben Maï­mon**, dit Maï­mo­nide. C’est l’un des phi­lo­sophes les plus célèbres qu’aient eus les Juifs, les­quels ont cou­tume de dire pour expri­mer leur admi­ra­tion envers lui : «Depuis Moïse (le pro­phète) jusqu’à Moïse (le phi­lo­sophe), il n’y a point eu d’autre Moïse» («Mi Moshé ad Moshé, lo kam ké Moshé»***). Dans les livres hébraïques, il est sou­vent dési­gné par le nom de Ram­bam**** com­po­sé, selon l’usage juif, des lettres ini­tiales R. M. b. M. de son nom entier. Dans les livres latins, il est sou­vent cité sous les noms de Moïse le Cor­douan (Moses Cor­du­ben­sis), parce qu’il naquit à Cor­doue, et de Moïse l’Égyptien (Moses Ægyp­tius), parce que, chas­sé par les per­sé­cu­tions reli­gieuses des Almo­hades, il dut se réfu­gier en Égypte, où il devint pre­mier méde­cin du Sul­tan. On aurait pu ajou­ter à ces noms celui de Moïse le Pro­ven­çal, parce que la Pro­vence don­na asile à la plus grande par­tie des Juifs expul­sés du midi de l’Espagne; et que c’est à Lunel, et non au Caire, que «Le Guide des éga­rés» fut tra­duit de l’arabe en hébreu par Samuel ben Yéhu­da ibn Tibon*****, lequel enta­ma sa tra­duc­tion du vivant même de Maï­mo­nide. Dans l’«Épître à Rab­bi Samuel ibn Tibon sur la tra­duc­tion du “Guide des éga­rés”» et l’«Épître à la com­mu­nau­té de Lunel», Maï­mo­nide fait de cette com­mu­nau­té pro­ven­çale son héri­tière spi­ri­tuelle : «Je suis», dit-il******, «[un] auteur en langue arabe, cette langue dont le soleil décline… [Mais] vous, maîtres et proches, affer­mis­sez-vous! For­ti­fiez vos cœurs; car je viens pro­cla­mer ceci : en ces temps d’affliction, nul n’est plus là pour bran­dir l’étendard de Moïse, ni pour appro­fon­dir les paroles des maîtres du Tal­mud… à part vous-mêmes et ceux des cités de vos régions. Vous qui êtes conti­nuel­le­ment absor­bés, comme je le sais, dans l’étude et l’interprétation des textes; vous, dépo­si­taires de l’intellect et du savoir! Sachez qu’en maints autres lieux, la Tora a été éga­rée par ses propres fils… Sur la terre d’Israël et à tra­vers toute la Syrie, un seul endroit, je veux dire Alep, compte quelques sages qui méditent la Tora… Pour ce qui est des cités du Magh­reb, dans notre mal­heur, nous avons appris quel décret a été pro­non­cé contre les Juifs qui s’y trouvent. Il n’est donc point de salut nulle part, si ce n’est auprès de vous, frères, figures de notre rédemp­tion.»

* Par­fois trans­crit «Maka­la fî sana‘at ’al-man­tik», «Maqā­la fī ṣinā‘at al-manṭiq», «Mâkâ­lah fi-siné at al man­tik», «Maqā­lah fi ṣinā‘at al-man­tiq» ou «Maqâ­la fî çinâ’at al-man­tiq». Haut

** En hébreu רבי משה בן מימון. Par­fois trans­crit Moses ben Mei­mun, Môsheh ben May­mûn, Moïse ben Mai­moun, Moyses ben Mai­mon, Moyse ben Mai­mon, Moshe ben May­mon, Mosche ben Mai­mon, Moše ben Maj­mon ou Moché ben Maï­mon. Haut

*** En hébreu «ממשה עד משה לא קם כמשה». Par­fois trans­crit «Mi-Mosheh ‘ad Mosheh, lo qam ke-Mosheh», «Mimo­sché ad Mosché, lo kam ca Mosché», «Memoshe ad Moshe, lo kam k’Moshe», «Mi-Moshe we-’ad Moshe, lo kom ke-Moshe» ou «Mi-Mošé we-‘ad Mošé, lo qam ke-Mošé». Haut

**** En hébreu רמב״ם. Haut

***** En hébreu שמואל בן יהודה אבן תיבון. Par­fois trans­crit Samuel ben Judah ibn Tib­bon, Samuel ben Yehou­da ibn Tib­bon ou Samuel ben Jehu­da ibn Tib­bon. Haut

****** «Lettres de Fostat • La Gué­ri­son par l’esprit», p. 45 & 47-48. Haut