Mot-clefjournal intime

Shen Fu, « Récits d’une vie fugitive : mémoires d’un lettré pauvre »

éd. Gallimard, coll. UNESCO d’œuvres représentatives-Connaissance de l’Orient, Paris

éd. Gal­li­mard, coll. UNESCO d’œuvres re­pré­sen­ta­tives-Connais­sance de l’Orient, Pa­ris

Il s’agit des « Six Ré­cits au fil in­cons­tant des jours »1 (« Fu sheng liu ji »2) de Shen Fu3. Ces six ré­cits — qui, en vé­rité, ne sont que quatre, les deux der­niers n’étant pas par­ve­nus jusqu’à nous — consti­tuent un mo­nu­ment élevé par Shen Fu à la mé­moire de Yun, son épouse dé­funte. « C’était le 30 mars 1803 », dit-il4. « Sa main agrip­pant la mienne, Yun vou­lut par­ler… ; mais, sans forces, elle ne put que ré­pé­ter dans un souffle : “lai shi, lai shi”… “l’existence fu­ture”…5 Sou­dain, elle ha­leta, sa mâ­choire se rai­dit et son re­gard di­laté prit une fixité sai­sis­sante. Je l’appelai et l’appelai de nou­veau et en­core ; mais en vain. Elle ne pou­vait plus pro­fé­rer une pa­role. Deux ruis­seaux de larmes conti­nuèrent à cou­ler le long de ses joues. Bien­tôt, son souffle s’affaiblit, ses larmes se ta­rirent et en­fin son âme s’éteignit. » Ce sont des ré­cits uniques jusque-là dans la lit­té­ra­ture chi­noise par leurs pe­tits faits exacts et par leurs dé­tails fa­mi­liers sur la vie conju­gale. Nous nous trou­vons in­tro­duits, sans pré­ten­tion et en toute sim­pli­cité, dans l’intimité d’un pauvre let­tré qui ma­nie la langue clas­sique d’une ma­nière certes mal­ha­bile, mais dont l’austère sin­cé­rité nous émeut par­fois : « Mon re­gret », dit-il6, « est de n’avoir reçu, étant en­fant, qu’une ins­truc­tion in­com­plète et d’être borné dans mes connais­sances. Aussi, ne re­la­te­rai-je, sans or­ne­ment, que des sen­ti­ments vrais et des faits réels. Re­cher­cher le style dans ce que j’écris se­rait comme exi­ger l’éclat d’un mi­roir non poli ». Pa­ra­doxa­le­ment, c’est ce ca­rac­tère or­di­naire de Shen Fu qui fait son ex­tra­or­di­naire mo­der­nité et qui est la rai­son ma­jeure du suc­cès que connut son ou­vrage de­puis qu’il a été trouvé sur l’étal d’un bro­can­teur en 1849.

  1. Au­tre­fois tra­duit « Six Cha­pitres d’une vie flot­tante » ou « Six Mé­moires sur une vie flot­tante ». Haut
  2. En chi­nois « 浮生六記 ». Au­tre­fois trans­crit « Fou-cheng lieou-ki » ou « Fou­sheng liuji ». Titre em­prunté au poème « Chun ye yan tao li yuan xu » (« 春夜宴桃李園序 ») de Li Po : « L’univers n’est que [la halte] des créa­tures, et le temps — l’hôte pro­vi­soire de l’éternité ; “au fil in­cons­tant des jours”, notre vie n’est qu’un songe », etc. Haut
  3. En chi­nois 沈復. Au­tre­fois trans­crit Chen Fou. Haut
  1. p. 98. Haut
  2. En chi­nois 來世. C’est, se­lon les croyances boud­dhiques, l’existence qui vient im­mé­dia­te­ment après l’existence ac­tuelle. Haut
  3. p. 21. Haut

Cioran, « Œuvres »

éd. Gallimard, coll. Quarto, Paris

éd. Gal­li­mard, coll. Quarto, Pa­ris

Il s’agit de M. Emil Cio­ran1, in­tel­lec­tuel rou­main d’expression fran­çaise (XXe siècle). Com­ment peut-on être Fran­çais ? com­ment peut-on dis­po­ser d’une langue si sub­tile et ne pas réus­sir à ex­pri­mer les si­gni­fi­ca­tions de l’homme d’aujourd’hui ?, se de­man­dait M. Cio­ran. Il lui sem­blait que le monde ac­tuel était ter­ri­ble­ment in­té­res­sant, et son seul re­gret était de ne pas pou­voir y par­ti­ci­per da­van­tage — à cause de lui-même, ou plu­tôt de son des­tin d’intellectuel rou­main : « Qui­conque est doué du sens de l’histoire », dit-il2, « ad­met­tra que… les Rou­mains ont vécu dans une in­exis­tence per­ma­nente ». Mais ar­rivé en France, M. Cio­ran fut sur­pris de voir que la France même, au­tre­ment douée et pla­cée, ne par­ti­ci­pait plus aux choses, ni même ne leur as­si­gnait un nom. Il lui sem­blait pour­tant que la vo­ca­tion pre­mière de cette na­tion était de com­prendre les autres et de leur faire com­prendre. Mais de­puis des dé­cen­nies, la France cher­chait des lu­mières au lieu d’en don­ner : « J’étais allé loin pour cher­cher le so­leil, et le so­leil, en­fin trouvé, m’était hos­tile. Et si j’allais me je­ter du haut de la fa­laise ? Pen­dant que je fai­sais des consi­dé­ra­tions plu­tôt sombres, tout en re­gar­dant ces pins, ces ro­chers, ces vagues, je sen­tis sou­dain à quel point j’étais rivé à ce bel uni­vers mau­dit », dit-il3. Si, dans son œuvre de langue rou­maine, M. Cio­ran ne ces­sait de dé­plo­rer la si­tua­tion des cultures sans des­tin, des cultures mi­neures, tou­jours res­tées ano­nymes, ses ou­vrages de langue fran­çaise offrent une vi­sion tout aussi pes­si­miste des cultures ma­jeures ayant eu ja­dis une am­bi­tion mé­ta­phy­sique et un dé­sir de trans­for­mer le monde, ar­ri­vées dé­sor­mais à une phase de dé­clin, à la per­pé­tua­tion d’une « race de sous-hommes, res­quilleurs de l’apocalypse »4. Et les unes et les autres marchent — courent même — vers un dé­sastre réel, et non vers quelque idéale per­fec­tion. Et M. Cio­ran de conclure : « Le “pro­grès” est l’équivalent mo­derne de la Chute, la ver­sion pro­fane de la dam­na­tion »5.

  1. Éga­le­ment connu sous le sur­nom d’E. M. Cio­ran. Fas­ciné par les ini­tiales d’E. M. Fors­ter, Cio­ran les adopta pour lui-même. Il di­sait qu’Emil tout court, c’était un pré­nom vul­gaire, un pré­nom de coif­feur. Haut
  2. « So­li­tude et Des­tin ». Haut
  3. « Aveux et Ana­thèmes ». Haut
  1. « Pré­cis de dé­com­po­si­tion ». Haut
  2. « La Chute dans le temps ». Haut

Kawabata, « L’Adolescent : récits autobiographiques »

éd. A. Michel, Paris

éd. A. Mi­chel, Pa­ris

Il s’agit de « Grand-mère » (« Sobo »1) et autres œuvres de Ya­su­nari Ka­wa­bata2, écri­vain ja­po­nais qui mé­rite d’être placé au plus haut som­met de la lit­té­ra­ture mo­derne. « Vos ro­mans sont si grands, si su­blimes, que dans ma pe­ti­tesse je ne puis que les vé­né­rer de loin, comme le jeune ber­ger qui, re­gar­dant les cimes bleues des Alpes à l’horizon, rêve du jour où il sera en me­sure d’escalader même la plus haute », dit M. Yu­kio Mi­shima dans une lettre adres­sée à ce­lui qui fut pour lui le maître et l’ami3. Ka­wa­bata na­quit en 1899. Son père, mé­de­cin let­tré, mou­rut de tu­ber­cu­lose en 1901 ; sa mère, sa grand-mère et sa sœur dis­pa­rurent à leur tour, em­por­tées par la même ma­la­die. Il fut re­cueilli chez son grand-père aveugle, son der­nier et unique pa­rent. Là, dans un vil­lage de cin­quante et quelques ha­bi­ta­tions, il passa une en­fance so­li­taire, toute de si­lence et de mé­lan­co­lie. Levé à l’aube, il de­vait ai­der son grand-père à sa­tis­faire ses fonc­tions na­tu­relles, ti­raillé entre la com­pas­sion et le dé­goût. Puis, il mon­tait sur un arbre du jar­din et, as­sis entre les grandes branches, il li­sait « jusqu’à ce que vînt à pas­ser une voi­ture ou un chien qui aboyait »4 ; ou alors, un car­net à la main, il écri­vait à ses pa­rents dé­funts des lettres d’une éru­di­tion et d’une ma­tu­rité de pen­sée qu’on s’étonne de ren­con­trer chez un en­fant : « Père, vous vous êtes levé de votre lit de mort pour nous lais­ser, à moi et à ma sœur en­core in­no­cente, une sorte de tes­ta­ment écrit. Vous avez tracé les idéo­grammes de “Chas­teté” pour ma sœur, et de “Prends garde à toi” pour moi-même… Tan­dis que j’écris cette lettre, il me vient à l’esprit cette phrase de Jean Coc­teau :

Gra­vez votre nom dans un arbre
Qui pous­sera jusqu’au na­dir ;
Un arbre vaut mieux que le marbre,
Car on y voit les noms gran­dir.

En fait, le poème reste un peu obs­cur… Mais si l’on ar­rive tout sim­ple­ment à gra­ver son nom dans le cœur d’un en­fant ou d’un être aimé, ce nom ne gran­dira-t-il pas, fi­na­le­ment, lui aussi ? »

  1. En ja­po­nais « 祖母 ». Haut
  2. En ja­po­nais 川端康成. Haut
  1. « Cor­res­pon­dance », p. 61-62. Haut
  2. « L’Adolescent : ré­cits au­to­bio­gra­phiques », p. 45. Haut

mère de Fujiwara no Michitsuna, « Mémoires d’une éphémère (954-974) »

éd. Collège de France-Institut des hautes études japonaises, coll. Bibliothèque de l’Institut des hautes études japonaises, Paris

éd. Col­lège de France-Ins­ti­tut des hautes études ja­po­naises, coll. Bi­blio­thèque de l’Institut des hautes études ja­po­naises, Pa­ris

Il s’agit du « Jour­nal d’une éphé­mère ». Ce genre d’écrits in­times qui tient tant de place dans la lit­té­ra­ture fé­mi­nine du Ja­pon, je veux dire le « nikki » (« jour­nal »), fut inau­guré (chose étrange !) par un homme, Ki no Tsu­rayuki1, poète et cri­tique, qui ve­nait d’exercer, pen­dant cinq ans, les fonc­tions de pré­fet de la pro­vince de Tosa. Dans son « Tosa nikki »2 (« Jour­nal de Tosa »), ré­digé en 935 apr. J.-C., il ra­con­tait dans une prose ex­quise, en­tre­mê­lée de poé­sies, son voyage de re­tour à la ca­pi­tale. Mais le prin­ci­pal in­té­rêt de son jour­nal était ailleurs : tout le se­cret en était, en ef­fet, dans la pre­mière phrase, où l’auteur fai­sait le choix de l’écriture ja­po­naise, qu’on ap­pe­lait com­mu­né­ment « on­nade »3 (« main de femme »), par op­po­si­tion à l’écriture chi­noise, qu’on ap­pe­lait com­mu­né­ment « oto­kode »4 (« main d’homme »). C’est non seule­ment en « on­nade » qu’il écri­vit son jour­nal, mais aussi dans la langue même que pra­ti­quaient les femmes, dé­mon­trant de la sorte que cette langue par­ve­nait à ex­pri­mer par­fai­te­ment, si­non les concepts abs­traits de l’écriture chi­noise, du moins les mou­ve­ments dé­li­cats du cœur, com­muns à toute l’humanité : « [D’un pays à l’autre], le lan­gage certes dif­fère », dit le « Jour­nal de Tosa »5, « mais puisque pa­reil à coup sûr est le clair de lune, pour­quoi n’en se­rait-il de même du cœur hu­main ? » Les dames de la Cour ja­po­naise ne tar­dèrent pas à en­tendre cette le­çon, et cloî­trées comme elles étaient dans leurs chambres, où elles avaient as­sez de loi­sir pour lire et pour son­ger à leurs mal­heurs, elles se mirent à no­ter leurs tristes pen­sées sous forme de jour­nal. La vio­lence des émo­tions dont elles étaient suf­fo­quées, et qu’elles ne pou­vaient pas dire à haute voix, éclata bien­tôt en un feu d’artifice comme on n’en vit ja­mais de sem­blable dans la lit­té­ra­ture uni­ver­selle. Se sui­virent à quelques an­nées d’intervalle : le « Ka­gerô (no) nikki »6 (« Jour­nal d’une éphé­mère ») ; le « Mu­ra­saki-shi­kibu nikki »7 (« Jour­nal de Mu­ra­saki-shi­kibu ») ; l’« Izumi-shi­kibu nikki »8 (« Jour­nal d’Izumi-shikibu ») ; le « Sa­ra­shina nikki »9 (« Jour­nal de Sa­ra­shina ») ; le « Jô­jin-ajari (no) haha no shû »10 (« Jour­nal de la mère du ré­vé­rend Jô­jin ») ; en­fin le « Sa­nuki no suke (no) nikki »11 (« Jour­nal de la dame d’honneur Sa­nuki »).

  1. En ja­po­nais 紀貫之. Au­tre­fois trans­crit Tsou­rayouki. Haut
  2. En ja­po­nais « 土佐日記 ». Au­tre­fois trans­crit « Toça nikki » ou « Tossa nikki ». Haut
  3. En ja­po­nais 女手. Par­fois trans­crit « won­nade ». Haut
  4. En ja­po­nais 男手. Par­fois trans­crit « wo­to­kode » ou « wo­toko no te ». Haut
  5. p. 36-37. Haut
  6. En ja­po­nais « 蜻蛉日記 ». Au­tre­fois trans­crit « Ka­gherô nikki ». Haut
  1. En ja­po­nais « 紫式部日記 ». Au­tre­fois trans­crit « Mou­ra­çaki Shi­ki­bou niki » ou « Mou­ra­saki Shi­ki­bou nikki ». Haut
  2. En ja­po­nais « 和泉式部日記 ». Au­tre­fois trans­crit « Izoumi-shi­ki­bou nikki ». Haut
  3. En ja­po­nais « 更級日記 ». Haut
  4. En ja­po­nais « 成尋阿闍梨母集 ». Haut
  5. En ja­po­nais « 讃岐典侍日記 », in­édit en fran­çais. Au­tre­fois trans­crit « Sa­nouki no souké no nikki ». Haut

mère du révérend Jôjin, « Un Malheur absolu »

éd. Le Promeneur-Gallimard, coll. Le Cabinet des lettrés, Paris

éd. Le Pro­me­neur-Gal­li­mard, coll. Le Ca­bi­net des let­trés, Pa­ris

Il s’agit du « Jour­nal de la mère du ré­vé­rend Jô­jin ». Ce genre d’écrits in­times qui tient tant de place dans la lit­té­ra­ture fé­mi­nine du Ja­pon, je veux dire le « nikki » (« jour­nal »), fut inau­guré (chose étrange !) par un homme, Ki no Tsu­rayuki1, poète et cri­tique, qui ve­nait d’exercer, pen­dant cinq ans, les fonc­tions de pré­fet de la pro­vince de Tosa. Dans son « Tosa nikki »2 (« Jour­nal de Tosa »), ré­digé en 935 apr. J.-C., il ra­con­tait dans une prose ex­quise, en­tre­mê­lée de poé­sies, son voyage de re­tour à la ca­pi­tale. Mais le prin­ci­pal in­té­rêt de son jour­nal était ailleurs : tout le se­cret en était, en ef­fet, dans la pre­mière phrase, où l’auteur fai­sait le choix de l’écriture ja­po­naise, qu’on ap­pe­lait com­mu­né­ment « on­nade »3 (« main de femme »), par op­po­si­tion à l’écriture chi­noise, qu’on ap­pe­lait com­mu­né­ment « oto­kode »4 (« main d’homme »). C’est non seule­ment en « on­nade » qu’il écri­vit son jour­nal, mais aussi dans la langue même que pra­ti­quaient les femmes, dé­mon­trant de la sorte que cette langue par­ve­nait à ex­pri­mer par­fai­te­ment, si­non les concepts abs­traits de l’écriture chi­noise, du moins les mou­ve­ments dé­li­cats du cœur, com­muns à toute l’humanité : « [D’un pays à l’autre], le lan­gage certes dif­fère », dit le « Jour­nal de Tosa »5, « mais puisque pa­reil à coup sûr est le clair de lune, pour­quoi n’en se­rait-il de même du cœur hu­main ? » Les dames de la Cour ja­po­naise ne tar­dèrent pas à en­tendre cette le­çon, et cloî­trées comme elles étaient dans leurs chambres, où elles avaient as­sez de loi­sir pour lire et pour son­ger à leurs mal­heurs, elles se mirent à no­ter leurs tristes pen­sées sous forme de jour­nal. La vio­lence des émo­tions dont elles étaient suf­fo­quées, et qu’elles ne pou­vaient pas dire à haute voix, éclata bien­tôt en un feu d’artifice comme on n’en vit ja­mais de sem­blable dans la lit­té­ra­ture uni­ver­selle. Se sui­virent à quelques an­nées d’intervalle : le « Ka­gerô (no) nikki »6 (« Jour­nal d’une éphé­mère ») ; le « Mu­ra­saki-shi­kibu nikki »7 (« Jour­nal de Mu­ra­saki-shi­kibu ») ; l’« Izumi-shi­kibu nikki »8 (« Jour­nal d’Izumi-shikibu ») ; le « Sa­ra­shina nikki »9 (« Jour­nal de Sa­ra­shina ») ; le « Jô­jin-ajari (no) haha no shû »10 (« Jour­nal de la mère du ré­vé­rend Jô­jin ») ; en­fin le « Sa­nuki no suke (no) nikki »11 (« Jour­nal de la dame d’honneur Sa­nuki »).

  1. En ja­po­nais 紀貫之. Au­tre­fois trans­crit Tsou­rayouki. Haut
  2. En ja­po­nais « 土佐日記 ». Au­tre­fois trans­crit « Toça nikki » ou « Tossa nikki ». Haut
  3. En ja­po­nais 女手. Par­fois trans­crit « won­nade ». Haut
  4. En ja­po­nais 男手. Par­fois trans­crit « wo­to­kode » ou « wo­toko no te ». Haut
  5. p. 36-37. Haut
  6. En ja­po­nais « 蜻蛉日記 ». Au­tre­fois trans­crit « Ka­gherô nikki ». Haut
  1. En ja­po­nais « 紫式部日記 ». Au­tre­fois trans­crit « Mou­ra­çaki Shi­ki­bou niki » ou « Mou­ra­saki Shi­ki­bou nikki ». Haut
  2. En ja­po­nais « 和泉式部日記 ». Au­tre­fois trans­crit « Izoumi-shi­ki­bou nikki ». Haut
  3. En ja­po­nais « 更級日記 ». Haut
  4. En ja­po­nais « 成尋阿闍梨母集 ». Haut
  5. En ja­po­nais « 讃岐典侍日記 », in­édit en fran­çais. Au­tre­fois trans­crit « Sa­nouki no souké no nikki ». Haut

Murasaki-shikibu, « Journal »

éd. Publications orientalistes de France, coll. Les Journaux poétiques de l’époque de Héian, Paris

éd. Pu­bli­ca­tions orien­ta­listes de France, coll. Les Jour­naux poé­tiques de l’époque de Héian, Pa­ris

Il s’agit du « Jour­nal de Mu­ra­saki-shi­kibu ». Ce genre d’écrits in­times qui tient tant de place dans la lit­té­ra­ture fé­mi­nine du Ja­pon, je veux dire le « nikki » (« jour­nal »), fut inau­guré (chose étrange !) par un homme, Ki no Tsu­rayuki1, poète et cri­tique, qui ve­nait d’exercer, pen­dant cinq ans, les fonc­tions de pré­fet de la pro­vince de Tosa. Dans son « Tosa nikki »2 (« Jour­nal de Tosa »), ré­digé en 935 apr. J.-C., il ra­con­tait dans une prose ex­quise, en­tre­mê­lée de poé­sies, son voyage de re­tour à la ca­pi­tale. Mais le prin­ci­pal in­té­rêt de son jour­nal était ailleurs : tout le se­cret en était, en ef­fet, dans la pre­mière phrase, où l’auteur fai­sait le choix de l’écriture ja­po­naise, qu’on ap­pe­lait com­mu­né­ment « on­nade »3 (« main de femme »), par op­po­si­tion à l’écriture chi­noise, qu’on ap­pe­lait com­mu­né­ment « oto­kode »4 (« main d’homme »). C’est non seule­ment en « on­nade » qu’il écri­vit son jour­nal, mais aussi dans la langue même que pra­ti­quaient les femmes, dé­mon­trant de la sorte que cette langue par­ve­nait à ex­pri­mer par­fai­te­ment, si­non les concepts abs­traits de l’écriture chi­noise, du moins les mou­ve­ments dé­li­cats du cœur, com­muns à toute l’humanité : « [D’un pays à l’autre], le lan­gage certes dif­fère », dit le « Jour­nal de Tosa »5, « mais puisque pa­reil à coup sûr est le clair de lune, pour­quoi n’en se­rait-il de même du cœur hu­main ? » Les dames de la Cour ja­po­naise ne tar­dèrent pas à en­tendre cette le­çon, et cloî­trées comme elles étaient dans leurs chambres, où elles avaient as­sez de loi­sir pour lire et pour son­ger à leurs mal­heurs, elles se mirent à no­ter leurs tristes pen­sées sous forme de jour­nal. La vio­lence des émo­tions dont elles étaient suf­fo­quées, et qu’elles ne pou­vaient pas dire à haute voix, éclata bien­tôt en un feu d’artifice comme on n’en vit ja­mais de sem­blable dans la lit­té­ra­ture uni­ver­selle. Se sui­virent à quelques an­nées d’intervalle : le « Ka­gerô (no) nikki »6 (« Jour­nal d’une éphé­mère ») ; le « Mu­ra­saki-shi­kibu nikki »7 (« Jour­nal de Mu­ra­saki-shi­kibu ») ; l’« Izumi-shi­kibu nikki »8 (« Jour­nal d’Izumi-shikibu ») ; le « Sa­ra­shina nikki »9 (« Jour­nal de Sa­ra­shina ») ; le « Jô­jin-ajari (no) haha no shû »10 (« Jour­nal de la mère du ré­vé­rend Jô­jin ») ; en­fin le « Sa­nuki no suke (no) nikki »11 (« Jour­nal de la dame d’honneur Sa­nuki »).

  1. En ja­po­nais 紀貫之. Au­tre­fois trans­crit Tsou­rayouki. Haut
  2. En ja­po­nais « 土佐日記 ». Au­tre­fois trans­crit « Toça nikki » ou « Tossa nikki ». Haut
  3. En ja­po­nais 女手. Par­fois trans­crit « won­nade ». Haut
  4. En ja­po­nais 男手. Par­fois trans­crit « wo­to­kode » ou « wo­toko no te ». Haut
  5. p. 36-37. Haut
  6. En ja­po­nais « 蜻蛉日記 ». Au­tre­fois trans­crit « Ka­gherô nikki ». Haut
  1. En ja­po­nais « 紫式部日記 ». Au­tre­fois trans­crit « Mou­ra­çaki Shi­ki­bou niki » ou « Mou­ra­saki Shi­ki­bou nikki ». Haut
  2. En ja­po­nais « 和泉式部日記 ». Au­tre­fois trans­crit « Izoumi-shi­ki­bou nikki ». Haut
  3. En ja­po­nais « 更級日記 ». Haut
  4. En ja­po­nais « 成尋阿闍梨母集 ». Haut
  5. En ja­po­nais « 讃岐典侍日記 », in­édit en fran­çais. Au­tre­fois trans­crit « Sa­nouki no souké no nikki ». Haut

fille de Sugawara no Takasue, « Le Journal de Sarashina »

éd. Publications orientalistes de France, coll. Les Journaux poétiques de l’époque de Héian-Les Œuvres capitales de la littérature japonaise, Paris

éd. Pu­bli­ca­tions orien­ta­listes de France, coll. Les Jour­naux poé­tiques de l’époque de Héian-Les Œuvres ca­pi­tales de la lit­té­ra­ture ja­po­naise, Pa­ris

Il s’agit du « Jour­nal de Sa­ra­shina ». Ce genre d’écrits in­times qui tient tant de place dans la lit­té­ra­ture fé­mi­nine du Ja­pon, je veux dire le « nikki » (« jour­nal »), fut inau­guré (chose étrange !) par un homme, Ki no Tsu­rayuki1, poète et cri­tique, qui ve­nait d’exercer, pen­dant cinq ans, les fonc­tions de pré­fet de la pro­vince de Tosa. Dans son « Tosa nikki »2 (« Jour­nal de Tosa »), ré­digé en 935 apr. J.-C., il ra­con­tait dans une prose ex­quise, en­tre­mê­lée de poé­sies, son voyage de re­tour à la ca­pi­tale. Mais le prin­ci­pal in­té­rêt de son jour­nal était ailleurs : tout le se­cret en était, en ef­fet, dans la pre­mière phrase, où l’auteur fai­sait le choix de l’écriture ja­po­naise, qu’on ap­pe­lait com­mu­né­ment « on­nade »3 (« main de femme »), par op­po­si­tion à l’écriture chi­noise, qu’on ap­pe­lait com­mu­né­ment « oto­kode »4 (« main d’homme »). C’est non seule­ment en « on­nade » qu’il écri­vit son jour­nal, mais aussi dans la langue même que pra­ti­quaient les femmes, dé­mon­trant de la sorte que cette langue par­ve­nait à ex­pri­mer par­fai­te­ment, si­non les concepts abs­traits de l’écriture chi­noise, du moins les mou­ve­ments dé­li­cats du cœur, com­muns à toute l’humanité : « [D’un pays à l’autre], le lan­gage certes dif­fère », dit le « Jour­nal de Tosa »5, « mais puisque pa­reil à coup sûr est le clair de lune, pour­quoi n’en se­rait-il de même du cœur hu­main ? » Les dames de la Cour ja­po­naise ne tar­dèrent pas à en­tendre cette le­çon, et cloî­trées comme elles étaient dans leurs chambres, où elles avaient as­sez de loi­sir pour lire et pour son­ger à leurs mal­heurs, elles se mirent à no­ter leurs tristes pen­sées sous forme de jour­nal. La vio­lence des émo­tions dont elles étaient suf­fo­quées, et qu’elles ne pou­vaient pas dire à haute voix, éclata bien­tôt en un feu d’artifice comme on n’en vit ja­mais de sem­blable dans la lit­té­ra­ture uni­ver­selle. Se sui­virent à quelques an­nées d’intervalle : le « Ka­gerô (no) nikki »6 (« Jour­nal d’une éphé­mère ») ; le « Mu­ra­saki-shi­kibu nikki »7 (« Jour­nal de Mu­ra­saki-shi­kibu ») ; l’« Izumi-shi­kibu nikki »8 (« Jour­nal d’Izumi-shikibu ») ; le « Sa­ra­shina nikki »9 (« Jour­nal de Sa­ra­shina ») ; le « Jô­jin-ajari (no) haha no shû »10 (« Jour­nal de la mère du ré­vé­rend Jô­jin ») ; en­fin le « Sa­nuki no suke (no) nikki »11 (« Jour­nal de la dame d’honneur Sa­nuki »).

  1. En ja­po­nais 紀貫之. Au­tre­fois trans­crit Tsou­rayouki. Haut
  2. En ja­po­nais « 土佐日記 ». Au­tre­fois trans­crit « Toça nikki » ou « Tossa nikki ». Haut
  3. En ja­po­nais 女手. Par­fois trans­crit « won­nade ». Haut
  4. En ja­po­nais 男手. Par­fois trans­crit « wo­to­kode » ou « wo­toko no te ». Haut
  5. p. 36-37. Haut
  6. En ja­po­nais « 蜻蛉日記 ». Au­tre­fois trans­crit « Ka­gherô nikki ». Haut
  1. En ja­po­nais « 紫式部日記 ». Au­tre­fois trans­crit « Mou­ra­çaki Shi­ki­bou niki » ou « Mou­ra­saki Shi­ki­bou nikki ». Haut
  2. En ja­po­nais « 和泉式部日記 ». Au­tre­fois trans­crit « Izoumi-shi­ki­bou nikki ». Haut
  3. En ja­po­nais « 更級日記 ». Haut
  4. En ja­po­nais « 成尋阿闍梨母集 ». Haut
  5. En ja­po­nais « 讃岐典侍日記 », in­édit en fran­çais. Au­tre­fois trans­crit « Sa­nouki no souké no nikki ». Haut

Izumi-shikibu, « Journal »

éd. Publications orientalistes de France, coll. Poètes du Japon-Les Œuvres capitales de la littérature japonaise, Paris

éd. Pu­bli­ca­tions orien­ta­listes de France, coll. Poètes du Ja­pon-Les Œuvres ca­pi­tales de la lit­té­ra­ture ja­po­naise, Pa­ris

Il s’agit du « Jour­nal d’Izumi-shikibu ». Ce genre d’écrits in­times qui tient tant de place dans la lit­té­ra­ture fé­mi­nine du Ja­pon, je veux dire le « nikki » (« jour­nal »), fut inau­guré (chose étrange !) par un homme, Ki no Tsu­rayuki1, poète et cri­tique, qui ve­nait d’exercer, pen­dant cinq ans, les fonc­tions de pré­fet de la pro­vince de Tosa. Dans son « Tosa nikki »2 (« Jour­nal de Tosa »), ré­digé en 935 apr. J.-C., il ra­con­tait dans une prose ex­quise, en­tre­mê­lée de poé­sies, son voyage de re­tour à la ca­pi­tale. Mais le prin­ci­pal in­té­rêt de son jour­nal était ailleurs : tout le se­cret en était, en ef­fet, dans la pre­mière phrase, où l’auteur fai­sait le choix de l’écriture ja­po­naise, qu’on ap­pe­lait com­mu­né­ment « on­nade »3 (« main de femme »), par op­po­si­tion à l’écriture chi­noise, qu’on ap­pe­lait com­mu­né­ment « oto­kode »4 (« main d’homme »). C’est non seule­ment en « on­nade » qu’il écri­vit son jour­nal, mais aussi dans la langue même que pra­ti­quaient les femmes, dé­mon­trant de la sorte que cette langue par­ve­nait à ex­pri­mer par­fai­te­ment, si­non les concepts abs­traits de l’écriture chi­noise, du moins les mou­ve­ments dé­li­cats du cœur, com­muns à toute l’humanité : « [D’un pays à l’autre], le lan­gage certes dif­fère », dit le « Jour­nal de Tosa »5, « mais puisque pa­reil à coup sûr est le clair de lune, pour­quoi n’en se­rait-il de même du cœur hu­main ? » Les dames de la Cour ja­po­naise ne tar­dèrent pas à en­tendre cette le­çon, et cloî­trées comme elles étaient dans leurs chambres, où elles avaient as­sez de loi­sir pour lire et pour son­ger à leurs mal­heurs, elles se mirent à no­ter leurs tristes pen­sées sous forme de jour­nal. La vio­lence des émo­tions dont elles étaient suf­fo­quées, et qu’elles ne pou­vaient pas dire à haute voix, éclata bien­tôt en un feu d’artifice comme on n’en vit ja­mais de sem­blable dans la lit­té­ra­ture uni­ver­selle. Se sui­virent à quelques an­nées d’intervalle : le « Ka­gerô (no) nikki »6 (« Jour­nal d’une éphé­mère ») ; le « Mu­ra­saki-shi­kibu nikki »7 (« Jour­nal de Mu­ra­saki-shi­kibu ») ; l’« Izumi-shi­kibu nikki »8 (« Jour­nal d’Izumi-shikibu ») ; le « Sa­ra­shina nikki »9 (« Jour­nal de Sa­ra­shina ») ; le « Jô­jin-ajari (no) haha no shû »10 (« Jour­nal de la mère du ré­vé­rend Jô­jin ») ; en­fin le « Sa­nuki no suke (no) nikki »11 (« Jour­nal de la dame d’honneur Sa­nuki »).

  1. En ja­po­nais 紀貫之. Au­tre­fois trans­crit Tsou­rayouki. Haut
  2. En ja­po­nais « 土佐日記 ». Au­tre­fois trans­crit « Toça nikki » ou « Tossa nikki ». Haut
  3. En ja­po­nais 女手. Par­fois trans­crit « won­nade ». Haut
  4. En ja­po­nais 男手. Par­fois trans­crit « wo­to­kode » ou « wo­toko no te ». Haut
  5. p. 36-37. Haut
  6. En ja­po­nais « 蜻蛉日記 ». Au­tre­fois trans­crit « Ka­gherô nikki ». Haut
  1. En ja­po­nais « 紫式部日記 ». Au­tre­fois trans­crit « Mou­ra­çaki Shi­ki­bou niki » ou « Mou­ra­saki Shi­ki­bou nikki ». Haut
  2. En ja­po­nais « 和泉式部日記 ». Au­tre­fois trans­crit « Izoumi-shi­ki­bou nikki ». Haut
  3. En ja­po­nais « 更級日記 ». Haut
  4. En ja­po­nais « 成尋阿闍梨母集 ». Haut
  5. En ja­po­nais « 讃岐典侍日記 », in­édit en fran­çais. Au­tre­fois trans­crit « Sa­nouki no souké no nikki ». Haut

Tsurayuki, « Le Journal de Tosa »

éd. Publications orientalistes de France, coll. Tama, Cergy

éd. Pu­bli­ca­tions orien­ta­listes de France, coll. Tama, Cergy

Il s’agit du « Jour­nal de Tosa ». Ce genre d’écrits in­times qui tient tant de place dans la lit­té­ra­ture fé­mi­nine du Ja­pon, je veux dire le « nikki » (« jour­nal »), fut inau­guré (chose étrange !) par un homme, Ki no Tsu­rayuki1, poète et cri­tique, qui ve­nait d’exercer, pen­dant cinq ans, les fonc­tions de pré­fet de la pro­vince de Tosa. Dans son « Tosa nikki »2 (« Jour­nal de Tosa »), ré­digé en 935 apr. J.-C., il ra­con­tait dans une prose ex­quise, en­tre­mê­lée de poé­sies, son voyage de re­tour à la ca­pi­tale. Mais le prin­ci­pal in­té­rêt de son jour­nal était ailleurs : tout le se­cret en était, en ef­fet, dans la pre­mière phrase, où l’auteur fai­sait le choix de l’écriture ja­po­naise, qu’on ap­pe­lait com­mu­né­ment « on­nade »3 (« main de femme »), par op­po­si­tion à l’écriture chi­noise, qu’on ap­pe­lait com­mu­né­ment « oto­kode »4 (« main d’homme »). C’est non seule­ment en « on­nade » qu’il écri­vit son jour­nal, mais aussi dans la langue même que pra­ti­quaient les femmes, dé­mon­trant de la sorte que cette langue par­ve­nait à ex­pri­mer par­fai­te­ment, si­non les concepts abs­traits de l’écriture chi­noise, du moins les mou­ve­ments dé­li­cats du cœur, com­muns à toute l’humanité : « [D’un pays à l’autre], le lan­gage certes dif­fère », dit le « Jour­nal de Tosa »5, « mais puisque pa­reil à coup sûr est le clair de lune, pour­quoi n’en se­rait-il de même du cœur hu­main ? » Les dames de la Cour ja­po­naise ne tar­dèrent pas à en­tendre cette le­çon, et cloî­trées comme elles étaient dans leurs chambres, où elles avaient as­sez de loi­sir pour lire et pour son­ger à leurs mal­heurs, elles se mirent à no­ter leurs tristes pen­sées sous forme de jour­nal. La vio­lence des émo­tions dont elles étaient suf­fo­quées, et qu’elles ne pou­vaient pas dire à haute voix, éclata bien­tôt en un feu d’artifice comme on n’en vit ja­mais de sem­blable dans la lit­té­ra­ture uni­ver­selle. Se sui­virent à quelques an­nées d’intervalle : le « Ka­gerô (no) nikki »6 (« Jour­nal d’une éphé­mère ») ; le « Mu­ra­saki-shi­kibu nikki »7 (« Jour­nal de Mu­ra­saki-shi­kibu ») ; l’« Izumi-shi­kibu nikki »8 (« Jour­nal d’Izumi-shikibu ») ; le « Sa­ra­shina nikki »9 (« Jour­nal de Sa­ra­shina ») ; le « Jô­jin-ajari (no) haha no shû »10 (« Jour­nal de la mère du ré­vé­rend Jô­jin ») ; en­fin le « Sa­nuki no suke (no) nikki »11 (« Jour­nal de la dame d’honneur Sa­nuki »).

  1. En ja­po­nais 紀貫之. Au­tre­fois trans­crit Tsou­rayouki. Haut
  2. En ja­po­nais « 土佐日記 ». Au­tre­fois trans­crit « Toça nikki » ou « Tossa nikki ». Haut
  3. En ja­po­nais 女手. Par­fois trans­crit « won­nade ». Haut
  4. En ja­po­nais 男手. Par­fois trans­crit « wo­to­kode » ou « wo­toko no te ». Haut
  5. p. 36-37. Haut
  6. En ja­po­nais « 蜻蛉日記 ». Au­tre­fois trans­crit « Ka­gherô nikki ». Haut
  1. En ja­po­nais « 紫式部日記 ». Au­tre­fois trans­crit « Mou­ra­çaki Shi­ki­bou niki » ou « Mou­ra­saki Shi­ki­bou nikki ». Haut
  2. En ja­po­nais « 和泉式部日記 ». Au­tre­fois trans­crit « Izoumi-shi­ki­bou nikki ». Haut
  3. En ja­po­nais « 更級日記 ». Haut
  4. En ja­po­nais « 成尋阿闍梨母集 ». Haut
  5. En ja­po­nais « 讃岐典侍日記 », in­édit en fran­çais. Au­tre­fois trans­crit « Sa­nouki no souké no nikki ». Haut

Marie de l’Incarnation, « Écrits spirituels et historiques. Tome II »

éd. D. de Brouwer-L’Action sociale, Paris-Québec

éd. D. de Brouwer-L’Action so­ciale, Pa­ris-Qué­bec

Il s’agit de la « Re­traite de 1634 » et autres écrits de la mère Ma­rie de l’Incarnation1, la pre­mière en date, comme la pre­mière en gé­nie, parmi les femmes mis­sion­naires ve­nues évan­gé­li­ser le Ca­nada (XVIIe siècle apr. J.-C.). Certes, ses écrits furent com­po­sés sans souci d’agrément lit­té­raire. Mais ils viennent d’une femme de ca­rac­tère qui était, en vé­rité, une na­ture d’exception et qui, en as­so­ciant son âme di­rec­te­ment à Dieu, fit l’économie d’une dé­pen­dance par rap­port aux hommes. Sa piété cou­ra­geuse et son saint en­thou­siasme étaient suf­fi­sam­ment connus pour que Bos­suet l’ait ap­pe­lée « la Thé­rèse de nos jours et du Nou­veau Monde »2. « Au Ca­nada, ses œuvres sont un tré­sor de fa­mille », ex­plique dom Al­bert Ja­met. « Mais les Fran­çais de l’ancienne France doivent sa­voir que ses œuvres sont toutes leurs aussi, et au même titre. Peut-être s’en sont-ils trop dés­in­té­res­sés. “En France”, no­tait Sainte-Beuve3, “nous ne nous mon­trons pas tou­jours as­sez soi­gneux ou fiers de nos ri­chesses.” À Tours, où elle na­quit en 1599, Ma­rie de l’Incarnation fut éle­vée aux su­blimes états d’oraison qui la font al­ler de pair avec les plus hauts contem­pla­tifs de tous les temps et de tous les pays. À Qué­bec, où elle ar­riva en 1639, c’est une œuvre fran­çaise qu’elle fit du­rant les trente-deux an­nées qui lui res­taient en­core à vivre. Par là, ses écrits sont le bien et l’honneur in­di­vis des deux France. »

  1. À ne pas confondre avec Barbe Aca­rie, née Barbe Avrillot, qui en­tra éga­le­ment en re­li­gion sous le nom de Ma­rie de l’Incarnation. Elle vé­cut un siècle plus tôt. Haut
  2. « Ins­truc­tion sur les états d’oraison », liv. IX. Bos­suet a écrit ailleurs à une cor­res­pon­dante : « J’ai vu, de­puis peu, la vie de la mère Ma­rie de l’Incarnation… Tout y est ad­mi­rable, et je vous ren­ver­rai bien­tôt [des] ex­traits pour vous en ser­vir » (« Lettres à la sœur Cor­nuau », lettre CIII). Haut
  1. « Port-Royal », liv. I. Haut

Marie de l’Incarnation, « Écrits spirituels et historiques. Tome I »

éd. D. de Brouwer-L’Action sociale, Paris-Québec

éd. D. de Brouwer-L’Action so­ciale, Pa­ris-Qué­bec

Il s’agit de la « Re­la­tion de 1633 » et autres écrits de la mère Ma­rie de l’Incarnation1, la pre­mière en date, comme la pre­mière en gé­nie, parmi les femmes mis­sion­naires ve­nues évan­gé­li­ser le Ca­nada (XVIIe siècle apr. J.-C.). Certes, ses écrits furent com­po­sés sans souci d’agrément lit­té­raire. Mais ils viennent d’une femme de ca­rac­tère qui était, en vé­rité, une na­ture d’exception et qui, en as­so­ciant son âme di­rec­te­ment à Dieu, fit l’économie d’une dé­pen­dance par rap­port aux hommes. Sa piété cou­ra­geuse et son saint en­thou­siasme étaient suf­fi­sam­ment connus pour que Bos­suet l’ait ap­pe­lée « la Thé­rèse de nos jours et du Nou­veau Monde »2. « Au Ca­nada, ses œuvres sont un tré­sor de fa­mille », ex­plique dom Al­bert Ja­met. « Mais les Fran­çais de l’ancienne France doivent sa­voir que ses œuvres sont toutes leurs aussi, et au même titre. Peut-être s’en sont-ils trop dés­in­té­res­sés. “En France”, no­tait Sainte-Beuve3, “nous ne nous mon­trons pas tou­jours as­sez soi­gneux ou fiers de nos ri­chesses.” À Tours, où elle na­quit en 1599, Ma­rie de l’Incarnation fut éle­vée aux su­blimes états d’oraison qui la font al­ler de pair avec les plus hauts contem­pla­tifs de tous les temps et de tous les pays. À Qué­bec, où elle ar­riva en 1639, c’est une œuvre fran­çaise qu’elle fit du­rant les trente-deux an­nées qui lui res­taient en­core à vivre. Par là, ses écrits sont le bien et l’honneur in­di­vis des deux France. »

  1. À ne pas confondre avec Barbe Aca­rie, née Barbe Avrillot, qui en­tra éga­le­ment en re­li­gion sous le nom de Ma­rie de l’Incarnation. Elle vé­cut un siècle plus tôt. Haut
  2. « Ins­truc­tion sur les états d’oraison », liv. IX. Bos­suet a écrit ailleurs à une cor­res­pon­dante : « J’ai vu, de­puis peu, la vie de la mère Ma­rie de l’Incarnation… Tout y est ad­mi­rable, et je vous ren­ver­rai bien­tôt [des] ex­traits pour vous en ser­vir » (« Lettres à la sœur Cor­nuau », lettre CIII). Haut
  1. « Port-Royal », liv. I. Haut

Kenkô, « Les Heures oisives, “Tsurezure-gusa” »

éd. Gallimard-UNESCO, coll. Connaissance de l’Orient, Paris

éd. Gal­li­mard-UNESCO, coll. Connais­sance de l’Orient, Pa­ris

Il s’agit du chef-d’œuvre de la lit­té­ra­ture d’ermitage du Ja­pon : le « Ca­hier des heures oi­sives » (« Tsu­re­zure-gusa »1) du moine Yo­shida Kenkô ou Urabe Kenkô2. Ce « Ca­hier » d’une forme très libre (Kenkô pré­tend qu’il s’agit de « ba­ga­telles » écrites « au gré de ses heures oi­sives »3, d’où le titre) consti­tue un en­semble d’anecdotes cu­rieuses et édi­fiantes, em­prun­tées tant aux clas­siques chi­nois et ja­po­nais, qu’au vécu de l’auteur ; d’impressions no­tées au ca­price de la plume ; de ré­flexions de tout ordre sur l’instabilité de la vie, sur l’homme et la femme, sur la re­li­gion et la foi, sur l’amitié et l’amour ; de règles sur le cé­ré­mo­nial et l’étiquette (XIIIe-XIVe siècle). Kenkô ne se rasa la tête qu’à qua­rante-deux ans, peu après la mort de l’Empereur Go Uda4, au­quel il était at­ta­ché. Cela peut ex­pli­quer cer­taines anec­dotes amou­reuses de son œuvre, qu’il se­rait dif­fi­cile de conce­voir comme étant les pa­roles d’un re­li­gieux. S’il avait été moine dès son en­fance, il n’aurait pu écrire d’une ma­nière si vi­vante sur toutes les contin­gences de la vie hu­maine. Le mé­rite et le charme de Kenkô tiennent à sa pro­fonde culture, à son style simple et na­tu­rel, à son goût sûr et dé­li­cat, toutes qua­li­tés qui le rap­prochent de Mon­taigne. Je le tiens pour le plus grand mo­ra­liste, l’esprit le plus har­mo­nieux et le plus com­plet du Ja­pon. « Ses es­sais », dit un orien­ta­liste5, « res­semblent à la conver­sa­tion po­lie d’un homme du monde et ont cet air de sim­pli­cité et cette ai­sance d’expression qui sont en réa­lité le fait d’un art consommé. On ne peut, pour com­men­cer l’étude de l’ancienne lit­té­ra­ture ja­po­naise, faire de meilleur choix que ce­lui du “Ca­hier des heures oi­sives” ». À exa­mi­ner ce « Ca­hier » riche de confi­dences sin­cères, il sem­ble­rait y avoir chez Kenkô deux per­son­na­li­tés : l’homme du monde, adroit et poli, qui même dans la vertu conserva un cer­tain cy­nisme ; et le bonze qui ne re­nonça au monde que pour échap­per à l’attention de ses contem­po­rains. Ces deux élé­ments de son ca­rac­tère se com­binent pour for­mer un type de vieux gar­çon ave­nant, et qui le de­vient plus en­core lorsqu’on mé­dite à loi­sir toutes les choses sen­sibles qu’il a dites, ou toutes celles qu’il a sen­ties sans les dire ou­ver­te­ment. « Le “Ca­hier des heures oi­sives” est un de ces écrits ori­gi­naux, si rares dans toutes les lit­té­ra­tures, qui mé­ritent une étude plus at­ten­tive que maints gros ou­vrages pré­ten­tieux », dit Mi­chel Re­von.

  1. En ja­po­nais « 徒然草 ». Au­tre­fois trans­crit « Tsouré-zouré-gouça », « Tsouré-dzouré-gousa » ou « Tsu­red­zure Gusa ». Haut
  2. En ja­po­nais 吉田兼好 ou 卜部兼好. En réa­lité, Kenkô est la lec­ture à la chi­noise des ca­rac­tères 兼好 qui se lisent Ka­neyo­shi à la ja­po­naise. Haut
  3. p. 45. Haut
  1. En ja­po­nais 後宇多. Au­tre­fois trans­crit Go-ouda. Haut
  2. William George As­ton. Haut