Comptes rendus sur la littérature ancienne et moderne de toutes les nations

CatégorieOuvrages peu soignés ou mal finis

« La Femme vietnamienne d’autrefois à travers les chansons populaires »

éd. Thanh-Long, Bruxelles

éd. Thanh-Long, Bruxelles

Il s’agit d’une anthologie de la littérature populaire du Viêt-nam. Longtemps dédaignée par les lettrés, parce qu’elle ne menait pas aux carrières mandarinales, cette littérature avait toujours été cultivée par l’effort anonyme du peuple. Ainsi donc, à côté de la littérature officielle, qui chantait en vers savants les hommes et les choses de la Chine, il existait une littérature populaire, en grande partie orale, qui exprimait sous une forme tantôt naïve et simple, tantôt narquoise et volontiers humoristique, l’âme populaire du Viêt-nam. « Tandis que les lettrés s’enfermaient dans leur tour d’ivoire et se plaisaient à composer des vers chinois qui, ici, ressemblent bien aux vers latins, ou à commenter les vieux classiques, le peuple travaillait à former la langue et à produire cette riche littérature populaire composée de dictons, de proverbes, de sentences, de distiques, de phrases, locutions et expressions plus ou moins assonancées portant des allusions aux faits du passé ou aux coutumes locales, et surtout de chansons, de ces belles et douces chansons qui s’élèvent les nuits d’été du fond des paillotes ou de l’immensité des rizières et des étangs et semblent se répercuter dans l’espace jusqu’à la cime frissonnante des bambous. Lisez la suite›

mère de Fujiwara no Michitsuna, « Mémoires d’une éphémère (954-974) »

éd. Collège de France-Institut des hautes études japonaises, coll. Bibliothèque de l’Institut des hautes études japonaises, Paris

éd. Collège de France-Institut des hautes études japonaises, coll. Bibliothèque de l’Institut des hautes études japonaises, Paris

Il s’agit du « Journal d’une éphémère ». Ce genre d’écrits intimes qui tient tant de place dans la littérature féminine du Japon, je veux dire le « nikki » (« journal »), fut inauguré (chose étrange !) par un homme, Ki no Tsurayuki *, poète et critique, qui venait d’exercer, pendant cinq ans, les fonctions de préfet de la province de Tosa. Dans son « Tosa nikki » ** (« Journal de Tosa »), rédigé en 935 apr. J.-C., il racontait dans une prose exquise, entremêlée de poésies, son voyage de retour à la capitale. Mais le principal intérêt de son journal était ailleurs : tout le secret en était, en effet, dans la première phrase, où l’auteur faisait le choix de l’écriture japonaise, qu’on appelait communément « onnade » *** (« main de femme »), par opposition à l’écriture chinoise, qu’on appelait communément « otokode » **** (« main d’homme »). C’est non seulement en « onnade » qu’il écrivit son journal, mais aussi dans la langue même que pratiquaient les femmes, démontrant de la sorte que cette langue parvenait à exprimer parfaitement, sinon les concepts abstraits de l’écriture chinoise, du moins les mouvements délicats du cœur, communs à toute l’humanité : « [D’un pays à l’autre], le langage certes diffère », dit le « Journal de Tosa » *****, « mais puisque pareil à coup sûr est le clair de lune, pourquoi n’en serait-il de même du cœur humain ? » Les dames de la Cour japonaise ne tardèrent pas à entendre cette leçon, et cloîtrées comme elles étaient dans leurs chambres, où elles avaient assez de loisir pour lire et pour songer à leurs malheurs, elles se mirent à noter leurs tristes pensées sous forme de journal. La violence des émotions dont elles étaient suffoquées, et qu’elles ne pouvaient pas dire à haute voix, éclata bientôt en un feu d’artifice comme on n’en vit jamais de semblable dans la littérature universelle. Se suivirent à quelques années d’intervalle : le « Kagerô (no) nikki » ****** (« Journal d’une éphémère ») ; le « Murasaki-shikibu nikki » ******* (« Journal de Murasaki-shikibu ») ; l’« Izumi-shikibu nikki » ******** (« Journal d’Izumi-shikibu ») ; le « Sarashina nikki » ********* (« Journal de Sarashina ») ; le « Jôjin-ajari (no) haha no shû » ********** (« Journal de la mère du révérend Jôjin ») ; enfin le « Sanuki no suke (no) nikki » *********** (« Journal de la dame d’honneur Sanuki »). Lisez la suite›

* En japonais 紀貫之. Autrefois transcrit Tsourayouki.

** En japonais « 土佐日記 ». Autrefois transcrit « Toça nikki » ou « Tossa nikki ».

*** En japonais 女手. Parfois transcrit « wonnade ».

**** En japonais 男手. Parfois transcrit « wotokode » ou « wotoko no te ».

***** p. 36-37.

****** En japonais « 蜻蛉日記 ». Autrefois transcrit « Kagherô nikki ».

******* En japonais « 紫式部日記 ». Autrefois transcrit « Mouraçaki Shikibou niki » ou « Mourasaki Shikibou nikki ».

******** En japonais « 和泉式部日記 ». Autrefois transcrit « Izoumi-shikibou nikki ».

********* En japonais « 更級日記 ».

********** En japonais « 成尋阿闍梨母集 ».

*********** En japonais « 讃岐典侍日記 », inédit en français. Autrefois transcrit « Sanouki no souké no nikki ».

mère du révérend Jôjin, « Un Malheur absolu »

éd. Le Promeneur-Gallimard, coll. Le Cabinet des lettrés, Paris

éd. Le Promeneur-Gallimard, coll. Le Cabinet des lettrés, Paris

Il s’agit du « Journal de la mère du révérend Jôjin ». Ce genre d’écrits intimes qui tient tant de place dans la littérature féminine du Japon, je veux dire le « nikki » (« journal »), fut inauguré (chose étrange !) par un homme, Ki no Tsurayuki *, poète et critique, qui venait d’exercer, pendant cinq ans, les fonctions de préfet de la province de Tosa. Dans son « Tosa nikki » ** (« Journal de Tosa »), rédigé en 935 apr. J.-C., il racontait dans une prose exquise, entremêlée de poésies, son voyage de retour à la capitale. Mais le principal intérêt de son journal était ailleurs : tout le secret en était, en effet, dans la première phrase, où l’auteur faisait le choix de l’écriture japonaise, qu’on appelait communément « onnade » *** (« main de femme »), par opposition à l’écriture chinoise, qu’on appelait communément « otokode » **** (« main d’homme »). C’est non seulement en « onnade » qu’il écrivit son journal, mais aussi dans la langue même que pratiquaient les femmes, démontrant de la sorte que cette langue parvenait à exprimer parfaitement, sinon les concepts abstraits de l’écriture chinoise, du moins les mouvements délicats du cœur, communs à toute l’humanité : « [D’un pays à l’autre], le langage certes diffère », dit le « Journal de Tosa » *****, « mais puisque pareil à coup sûr est le clair de lune, pourquoi n’en serait-il de même du cœur humain ? » Les dames de la Cour japonaise ne tardèrent pas à entendre cette leçon, et cloîtrées comme elles étaient dans leurs chambres, où elles avaient assez de loisir pour lire et pour songer à leurs malheurs, elles se mirent à noter leurs tristes pensées sous forme de journal. La violence des émotions dont elles étaient suffoquées, et qu’elles ne pouvaient pas dire à haute voix, éclata bientôt en un feu d’artifice comme on n’en vit jamais de semblable dans la littérature universelle. Se suivirent à quelques années d’intervalle : le « Kagerô (no) nikki » ****** (« Journal d’une éphémère ») ; le « Murasaki-shikibu nikki » ******* (« Journal de Murasaki-shikibu ») ; l’« Izumi-shikibu nikki » ******** (« Journal d’Izumi-shikibu ») ; le « Sarashina nikki » ********* (« Journal de Sarashina ») ; le « Jôjin-ajari (no) haha no shû » ********** (« Journal de la mère du révérend Jôjin ») ; enfin le « Sanuki no suke (no) nikki » *********** (« Journal de la dame d’honneur Sanuki »). Lisez la suite›

* En japonais 紀貫之. Autrefois transcrit Tsourayouki.

** En japonais « 土佐日記 ». Autrefois transcrit « Toça nikki » ou « Tossa nikki ».

*** En japonais 女手. Parfois transcrit « wonnade ».

**** En japonais 男手. Parfois transcrit « wotokode » ou « wotoko no te ».

***** p. 36-37.

****** En japonais « 蜻蛉日記 ». Autrefois transcrit « Kagherô nikki ».

******* En japonais « 紫式部日記 ». Autrefois transcrit « Mouraçaki Shikibou niki » ou « Mourasaki Shikibou nikki ».

******** En japonais « 和泉式部日記 ». Autrefois transcrit « Izoumi-shikibou nikki ».

********* En japonais « 更級日記 ».

********** En japonais « 成尋阿闍梨母集 ».

*********** En japonais « 讃岐典侍日記 », inédit en français. Autrefois transcrit « Sanouki no souké no nikki ».

Murasaki-shikibu, « Journal »

éd. Publications orientalistes de France, coll. Les Journaux poétiques de l’époque de Héian, Paris

éd. Publications orientalistes de France, coll. Les Journaux poétiques de l’époque de Héian, Paris

Il s’agit du « Journal de Murasaki-shikibu ». Ce genre d’écrits intimes qui tient tant de place dans la littérature féminine du Japon, je veux dire le « nikki » (« journal »), fut inauguré (chose étrange !) par un homme, Ki no Tsurayuki *, poète et critique, qui venait d’exercer, pendant cinq ans, les fonctions de préfet de la province de Tosa. Dans son « Tosa nikki » ** (« Journal de Tosa »), rédigé en 935 apr. J.-C., il racontait dans une prose exquise, entremêlée de poésies, son voyage de retour à la capitale. Mais le principal intérêt de son journal était ailleurs : tout le secret en était, en effet, dans la première phrase, où l’auteur faisait le choix de l’écriture japonaise, qu’on appelait communément « onnade » *** (« main de femme »), par opposition à l’écriture chinoise, qu’on appelait communément « otokode » **** (« main d’homme »). C’est non seulement en « onnade » qu’il écrivit son journal, mais aussi dans la langue même que pratiquaient les femmes, démontrant de la sorte que cette langue parvenait à exprimer parfaitement, sinon les concepts abstraits de l’écriture chinoise, du moins les mouvements délicats du cœur, communs à toute l’humanité : « [D’un pays à l’autre], le langage certes diffère », dit le « Journal de Tosa » *****, « mais puisque pareil à coup sûr est le clair de lune, pourquoi n’en serait-il de même du cœur humain ? » Les dames de la Cour japonaise ne tardèrent pas à entendre cette leçon, et cloîtrées comme elles étaient dans leurs chambres, où elles avaient assez de loisir pour lire et pour songer à leurs malheurs, elles se mirent à noter leurs tristes pensées sous forme de journal. La violence des émotions dont elles étaient suffoquées, et qu’elles ne pouvaient pas dire à haute voix, éclata bientôt en un feu d’artifice comme on n’en vit jamais de semblable dans la littérature universelle. Se suivirent à quelques années d’intervalle : le « Kagerô (no) nikki » ****** (« Journal d’une éphémère ») ; le « Murasaki-shikibu nikki » ******* (« Journal de Murasaki-shikibu ») ; l’« Izumi-shikibu nikki » ******** (« Journal d’Izumi-shikibu ») ; le « Sarashina nikki » ********* (« Journal de Sarashina ») ; le « Jôjin-ajari (no) haha no shû » ********** (« Journal de la mère du révérend Jôjin ») ; enfin le « Sanuki no suke (no) nikki » *********** (« Journal de la dame d’honneur Sanuki »). Lisez la suite›

* En japonais 紀貫之. Autrefois transcrit Tsourayouki.

** En japonais « 土佐日記 ». Autrefois transcrit « Toça nikki » ou « Tossa nikki ».

*** En japonais 女手. Parfois transcrit « wonnade ».

**** En japonais 男手. Parfois transcrit « wotokode » ou « wotoko no te ».

***** p. 36-37.

****** En japonais « 蜻蛉日記 ». Autrefois transcrit « Kagherô nikki ».

******* En japonais « 紫式部日記 ». Autrefois transcrit « Mouraçaki Shikibou niki » ou « Mourasaki Shikibou nikki ».

******** En japonais « 和泉式部日記 ». Autrefois transcrit « Izoumi-shikibou nikki ».

********* En japonais « 更級日記 ».

********** En japonais « 成尋阿闍梨母集 ».

*********** En japonais « 讃岐典侍日記 », inédit en français. Autrefois transcrit « Sanouki no souké no nikki ».

Izumi-shikibu, « Journal »

éd. Publications orientalistes de France, coll. Poètes du Japon-Les Œuvres capitales de la littérature japonaise, Paris

éd. Publications orientalistes de France, coll. Poètes du Japon-Les Œuvres capitales de la littérature japonaise, Paris

Il s’agit du « Journal d’Izumi-shikibu ». Ce genre d’écrits intimes qui tient tant de place dans la littérature féminine du Japon, je veux dire le « nikki » (« journal »), fut inauguré (chose étrange !) par un homme, Ki no Tsurayuki *, poète et critique, qui venait d’exercer, pendant cinq ans, les fonctions de préfet de la province de Tosa. Dans son « Tosa nikki » ** (« Journal de Tosa »), rédigé en 935 apr. J.-C., il racontait dans une prose exquise, entremêlée de poésies, son voyage de retour à la capitale. Mais le principal intérêt de son journal était ailleurs : tout le secret en était, en effet, dans la première phrase, où l’auteur faisait le choix de l’écriture japonaise, qu’on appelait communément « onnade » *** (« main de femme »), par opposition à l’écriture chinoise, qu’on appelait communément « otokode » **** (« main d’homme »). C’est non seulement en « onnade » qu’il écrivit son journal, mais aussi dans la langue même que pratiquaient les femmes, démontrant de la sorte que cette langue parvenait à exprimer parfaitement, sinon les concepts abstraits de l’écriture chinoise, du moins les mouvements délicats du cœur, communs à toute l’humanité : « [D’un pays à l’autre], le langage certes diffère », dit le « Journal de Tosa » *****, « mais puisque pareil à coup sûr est le clair de lune, pourquoi n’en serait-il de même du cœur humain ? » Les dames de la Cour japonaise ne tardèrent pas à entendre cette leçon, et cloîtrées comme elles étaient dans leurs chambres, où elles avaient assez de loisir pour lire et pour songer à leurs malheurs, elles se mirent à noter leurs tristes pensées sous forme de journal. La violence des émotions dont elles étaient suffoquées, et qu’elles ne pouvaient pas dire à haute voix, éclata bientôt en un feu d’artifice comme on n’en vit jamais de semblable dans la littérature universelle. Se suivirent à quelques années d’intervalle : le « Kagerô (no) nikki » ****** (« Journal d’une éphémère ») ; le « Murasaki-shikibu nikki » ******* (« Journal de Murasaki-shikibu ») ; l’« Izumi-shikibu nikki » ******** (« Journal d’Izumi-shikibu ») ; le « Sarashina nikki » ********* (« Journal de Sarashina ») ; le « Jôjin-ajari (no) haha no shû » ********** (« Journal de la mère du révérend Jôjin ») ; enfin le « Sanuki no suke (no) nikki » *********** (« Journal de la dame d’honneur Sanuki »). Lisez la suite›

* En japonais 紀貫之. Autrefois transcrit Tsourayouki.

** En japonais « 土佐日記 ». Autrefois transcrit « Toça nikki » ou « Tossa nikki ».

*** En japonais 女手. Parfois transcrit « wonnade ».

**** En japonais 男手. Parfois transcrit « wotokode » ou « wotoko no te ».

***** p. 36-37.

****** En japonais « 蜻蛉日記 ». Autrefois transcrit « Kagherô nikki ».

******* En japonais « 紫式部日記 ». Autrefois transcrit « Mouraçaki Shikibou niki » ou « Mourasaki Shikibou nikki ».

******** En japonais « 和泉式部日記 ». Autrefois transcrit « Izoumi-shikibou nikki ».

********* En japonais « 更級日記 ».

********** En japonais « 成尋阿闍梨母集 ».

*********** En japonais « 讃岐典侍日記 », inédit en français. Autrefois transcrit « Sanouki no souké no nikki ».

Vigny, « Œuvres complètes. Tome II. Cinq-Mars, part. 1 »

éd. Ch. Delagrave, Paris

Il s’agit de « Cinq-Mars » d’Alfred de Vigny, poète français à la destinée assez triste. Seul — ou presque seul — de tous les romantiques, il n’a pas fait école. On ne l’a pas suivi dans ses démarches littéraires. On l’a remarqué sans en rien dire à personne, sans qu’au surplus il s’en plaignît lui-même. Il était né cinq ans avant Victor Hugo, sept ans après Lamartine. Mais tandis que les noms de ces deux géants remplissaient toutes les bouches, ce n’étaient pas ses « Poésies », mais un assez mauvais drame — « Chatterton » en 1835 — qui tirait ce poète, pour quelques jours à peine, de sa retraite un peu mystérieuse, de sa sainte solitude où il rentrait aussitôt. À quoi cela tient-il ? À ses défauts d’abord, dont il faut convenir. Souvent, ses productions manquent de forte couleur et de relief. Aucune n’est avortée, mais presque toutes sont languissantes et maladives. Leur étiolement, comme celui de toutes les générations difficiles en vase clos, vient de ce que qu’elles ont séjourné trop longtemps dans l’esprit de leur auteur. Il ne les a créées qu’en s’isolant de sa nation et en les jetant du haut d’une tour inaccessible : « [Ses] poésies sont nées, non comme naissent les belles choses vivantes — par une chaude génération, mais comme naissent les… choses précieuses et froides, les perles, les coraux… avec lesquels elles ont de l’affinité — par agglutination, cohésion lente, invisible condensation », déclare un critique *. « L’exécution de Vigny souvent brillante et toujours élégante n’a pas moins quelque chose d’habituellement pénible et de laborieux… Et d’une manière générale, jusque dans ses plus belles pièces, jusque dans “Éloa”, jusque dans “La Maison du berger”, sa liberté de poète est perpétuellement entravée par je ne sais quelle hésitation ou quelle impuissance d’artiste », ajoute un autre critique **. Cependant, cette hésitation est le fait d’un homme qui se posait les questions supérieures et qui éprouvait la vie. Et quelle que fût la portée — ou médiocre ou élevée — de son esprit, cet esprit vivait au moins dans les hautes régions de la pensée : « Pauvres faibles que nous sommes, perdus par le torrent des pensées et nous accrochant à toutes les branches pour prendre quelques points [d’appui] dans le vide qui nous enveloppe ! », dit Vigny Lisez la suite›

* Émile Montégut.

** Ferdinand Brunetière.

« Vie des pères du Jura »

éd. du Cerf, coll. Sources chrétiennes-Textes monastiques d’Occident, Paris

éd. du Cerf, coll. Sources chrétiennes-Textes monastiques d’Occident, Paris

Il s’agit de la « Vie et Règle des saints pères Romain, Lupicin et Oyend, abbés des monastères du Jura » (« Vita vel Regula sanctorum patrum Romani, Lupicini et Eugendi, monasteriorum Jurensium abbatum »). L’Antiquité ne nous apprend rien de particulier sur l’auteur de cette « Vie », et nous ignorons jusqu’à son nom. Mais nous voyons, par les pages que nous possédons de lui, que c’était un moine laborieux et grave ; qu’à défaut de talent comme orateur et comme écrivain, il avait de la piété, beaucoup de bonne foi et un grand fonds de modestie. Ces qualités jointes à celle d’auteur contemporain, qui ne rapporte que ce qui s’est passé sous ses propres yeux ou presque, donnent du prix à son ouvrage et le rendent digne de créance. C’était, en effet, un disciple de saint Oyend de Condat * et il se trouva présent lorsque ce saint quitta la terre pour aller au ciel (510 apr. J.-C.). Il ne tarda pas, après cette mort, à mettre la main à son ouvrage, et pour le rédiger avec méthode, il fit précéder la vie de saint Oyend par celles de saint Romain et de saint Lupicin ; de sorte que le tout peut passer pour une histoire originale, quoiqu’abrégée, des monastères du Jura, en France, depuis leur premier établissement (435 apr. J.-C.). Voici le récit de cet établissement : « C’est dans sa trente-cinquième année environ qu’attiré par les retraites du désert, après avoir quitté sa mère, sa sœur et son frère, saint Romain pénétra dans les forêts du Jura proches de son domaine. Lisez la suite›

* Parfois transcrit Eugende, Eugend, Héand, Oyand, Oyant, Oyan, Ouyan, Ouyen, Oyent ou Oyen.

Rim Kin, « Samapheavi »

dans « Péninsule », vol. 43, p. 25-102

dans « Péninsule », vol. 43, p. 25-102

Il s’agit du « Samapheavi » de M. Rim Kin *, instituteur et romancier d’expression khmère et française, ancêtre des lettres modernes du Cambodge, président de l’Association des écrivains khmers. M. Rim Kin naquit en 1911 dans une famille « khmère krom », c’est-à-dire originaire du Viêt-nam. Son nom véritable était Kim Kin, mais à la suite d’une faute d’écriture du chef de la commune, Kim se transforma en Rim. M. Rim Kin, donc, joignit très tôt à ses talents d’écrivain une grande expérience du théâtre : en tant que comédien, il obtint un succès considérable dans les « Fourberies de Scapin » et le « Médecin volant », joués en français, et le « Médecin malgré lui », joué en khmer. Il traduisit, par ailleurs, dans cette langue « Le Cid » de Corneille et « Sans famille » d’Hector Malot. Ce fut, sans doute, dans sa longue fréquentation du français que M. Rim Kin trouva le secret de ses phrases simples et élégantes, de sa langue dépouillée et claire. Dans sa dizaine de romans, il prêcha l’effort, la ténacité, l’aide donnée à son prochain comme sources de richesse immédiate et de promotion sociale. Car il croyait au travail et en faisait la base de sa foi : « Il est bien vrai que les divinités secourent les humains », dit-il **, « mais il faut aussi que les humains sachent se secourir eux-mêmes : se secourir, c’est s’appliquer constamment au travail, endurer courageusement l’adversité et la misère ». Lisez la suite›

* En khmer រឹម គីន. Parfois transcrit Rīm Gīn.

** « ក្លាហាន » (« Le Courageux »), inédit en français.

Rim Kin, « Sophat, ou les Surprises du destin »

éd. L’Harmattan, coll. Lettres asiatiques, Paris

éd. L’Harmattan, coll. Lettres asiatiques, Paris

Il s’agit du « Sùphàt » * de M. Rim Kin **, instituteur et romancier d’expression khmère et française, ancêtre des lettres modernes du Cambodge, président de l’Association des écrivains khmers. M. Rim Kin naquit en 1911 dans une famille « khmère krom », c’est-à-dire originaire du Viêt-nam. Son nom véritable était Kim Kin, mais à la suite d’une faute d’écriture du chef de la commune, Kim se transforma en Rim. M. Rim Kin, donc, joignit très tôt à ses talents d’écrivain une grande expérience du théâtre : en tant que comédien, il obtint un succès considérable dans les « Fourberies de Scapin » et le « Médecin volant », joués en français, et le « Médecin malgré lui », joué en khmer. Il traduisit, par ailleurs, dans cette langue « Le Cid » de Corneille et « Sans famille » d’Hector Malot. Ce fut, sans doute, dans sa longue fréquentation du français que M. Rim Kin trouva le secret de ses phrases simples et élégantes, de sa langue dépouillée et claire. Dans sa dizaine de romans, il prêcha l’effort, la ténacité, l’aide donnée à son prochain comme sources de richesse immédiate et de promotion sociale. Car il croyait au travail et en faisait la base de sa foi : « Il est bien vrai que les divinités secourent les humains », dit-il ***, « mais il faut aussi que les humains sachent se secourir eux-mêmes : se secourir, c’est s’appliquer constamment au travail, endurer courageusement l’adversité et la misère ». Lisez la suite›

* En khmer « សូផាត ». Parfois transcrit « Sophat ».

** En khmer រឹម គីន. Parfois transcrit Rīm Gīn.

*** « ក្លាហាន » (« Le Courageux »), inédit en français.

Nhok Thèm, « La Rose de Païlin »

éd. L’Harmattan, coll. Lettres asiatiques, Paris

éd. L’Harmattan, coll. Lettres asiatiques, Paris

Il s’agit du « Kùlàp Pailin » * (« La Rose de Païlin ») de M. Nhok Thèm **, romancier cambodgien, traducteur de « jâtakas » (« récits de faits auxquels le Bouddha a été mêlé »), fondateur de l’Association des écrivains khmers. « Grand lettré traditionnel et grand romancier de son temps, ses travaux culturels et religieux et ses romans eurent une profonde influence sur la culture littéraire dans le Cambodge contemporain », dit un critique ***. Né en 1903 au village de Svay Po, M. Nhok Thèm fit ses études religieuses et morales dans les écoles de pagode au Cambodge et en Thaïlande. À l’âge de quinze ans, il entra dans l’ordre bouddhique en tant que novice et il ne le quitta, vingt ans plus tard, que pour mieux participer aux publications de l’Institut bouddhique, qui venait d’ouvrir ses portes à Phnom Penh. Outre ces publications spéciales, M. Nhok Thèm laissa deux romans dont l’un, le « Pisàc snehà » **** (« L’Amour diabolique ») fut publié en 1942, et dont l’autre, le « Kùlàp Pailin », fut inscrit au programme de l’enseignement secondaire en 1958. Rompant avec le cadre traditionnel des récits en vers, ces romans se différenciaient par leur modernité : ils étaient écrits exclusivement en prose, dans un langage ordinaire et courant, accessible à tout le monde, et ils mettaient en scène — non plus de jeunes princes ou des êtres surnaturels, comme la littérature classique — mais des personnages bien contemporains, faisant partie des diverses couches de la société : paysans, mineurs, petits fonctionnaires, avec leurs aspirations, leurs préoccupations et leurs difficultés quotidiennes. « Ils se caractérisent par un canevas assez simple, dont le noyau principal est souvent axé sur les destinées de deux jeunes gens qui ont à faire face à des obstacles de différents ordres avant de voir se réaliser — ou sombrer — leur amour et leur mariage », dit un autre critique *****. Lisez la suite›

* En khmer « កុលាបប៉ៃលិន ». Parfois transcrit « Kolap Pailin » ou « Kolab Pailin ».

** En khmer ញ៉ុក ថែម. Parfois transcrit Gnok Thaém, Nok Thaem ou Ñuk Thèm.

*** M. Khing Hoc Dy.

**** En khmer « បិសាចស្នេហា », inédit en français. Parfois transcrit « Beisach sneha ».

***** M. Mak Phoeun.

« Abou ṭ-Ṭayyib al-Motanabbî, un poète arabe du Xe siècle : essai d’histoire littéraire »

éd. Librairie d’Amérique et d’Orient A. Maisonneuve, Paris

éd. Librairie d’Amérique et d’Orient A. Maisonneuve, Paris

Il s’agit d’Abou’ltayyib *, surnommé Moténabbi **, orgueilleux poète de Cour, rendu célèbre en servant différents princes arabes, en chantant leurs hauts faits et leurs bienfaits, en se brouillant avec eux, en se vengeant par des satires des louanges qu’il leur avait données auparavant. Ses poèmes ont quelquefois de la beauté dans leur éloquence ; mais, plus souvent encore, ils ne brillent que par ce singulier mélange d’insolence et de politesse, de bassesse et d’orgueil qui distingue les courtisans ; cet art de plaire aux grands en se moquant d’eux. Si l’on en croit ses rivaux, ce poète était le fils d’un simple porteur d’eau dans la ville de Koufa (en Irak), quoiqu’il se vantât beaucoup de sa noblesse. Dès sa jeunesse, il fut tourmenté par une ambition incommensurable, réconfortée par les succès de sa poésie, qui était payée très chèrement par les princes auxquels il s’attachait. Bientôt, la tête lui tourna, et il crut pouvoir passer à un aussi juste titre pour prophète en vers, que Mahomet l’avait été en prose ; cela lui valut le surnom de Moténabbi (« celui qui se prétend prophète »). Mais, enfin, quand il se vit dans l’impossibilité de réaliser cet idéal ; quand le temps et les occasions le détrompèrent en le rappelant à une vie si brève, si ordinaire, si fatalement humaine ; quand il songea que des pans entiers de son ambitieuse nature resteraient à jamais ensevelis dans l’ombre, ce fut un débordement d’une amertume sans pareille. « De là, cet amour-propre qui, au lieu de rechercher à bien faire pour gagner l’estime d’autrui et devenir altruisme, se transforme en égoïsme haineux et malveillant à l’égard des autres [ou en] joie quand ils ont échoué », dit M. Joseph Daher ***. Témoin les vers suivants où il dit aux hommes tout le mépris et toute la haine qu’ils lui inspirent : « Je critique les petites gens de ce siècle, car le plus docte d’entre eux est un crétin, le plus énergique un lâche, le plus noble un chien, le plus clairvoyant un aveugle, le plus vigilant un loir, et le plus courageux un singe ». Lisez la suite›

* En arabe أبو الطيب. Parfois transcrit Abou’l Tayib, Abou ṭ-Ṭayyib, Aboul Thaïeb ou Abū al-Ṭaiyib.

** En arabe المتنبي. Parfois transcrit Motanabbî, Motanabby, Moténabby, Motenabi, Motenebbi, Moutanabbi, Moutanabi, Mutanabi ou Mutanabbī.

*** « Essai sur le pessimisme chez le poète arabe al-Mutanabbī », p. 54.

« L’Engoulevent blanc »

dans « Le Roman classique lao », éd. École française d’Extrême-Orient, coll. Publications de l’École française d’Extrême-Orient, Paris

dans « Le Roman classique lao », éd. École française d’Extrême-Orient, coll. Publications de l’École française d’Extrême-Orient, Paris

Il s’agit du « dāv2 nŏk kaḥpā phœ̄eak » * (« L’Engoulevent blanc »), un des romans épiques du Laos. Les Laotiens ont une prédilection marquée pour les longs récits en vers, imprégnés de bouddhisme, et relevés par la fantaisie et par l’agencement des aventures. Ils les appellent « bœ̄n2 vănnaḥgaḥtī » ** (« textes littéraires »). Ils les lisent dans les réunions ; ils les récitent pendant la nuit aux jeunes femmes récemment accouchées, pour les empêcher de succomber au sommeil et de devenir ainsi une proie facile pour les mauvais esprits. Certains de ces romans épiques sont d’une longueur accablante : le « dāv2 kālaḥket » ***, par exemple, compte à peu près dix mille vers, et le « cāṃPā sī1 Tŏn2 » **** — environ quatorze mille. « Il faut croire que les péripéties qui forment la trame du récit en font tolérer la longueur », dit Louis Finot *****. « Pourtant ni les acteurs ni les incidents du drame ne brillent par la variété : les mêmes figures et les mêmes scènes se représentent sans cesse avec une monotonie qui lasserait le lecteur le plus intrépide, mais qui ne paraît pas déplaire aux âmes simples pour lesquelles des bardes anonymes ont composé ces enfantines rhapsodies. » Je l’avoue : ces romans épiques, en général fort maladroits, tracés pour la plupart par des mains laborieuses, m’ont touché. Je les ai ouverts souvent avec dédain, et presque jamais je ne les ai fermés sans être ému. La forme, à très peu d’exceptions près, en est défectueuse, mais cela par rudesse plutôt que par mauvais goût. Ils respirent tant de sincérité, de sympathie, de bonne volonté ; on y trouve des sentiments si respectables dans leur naïveté, que moi, qui étais décidé à en rire, j’ai toujours fini par m’y plaire. Jamais je n’accueillerai par la raillerie cette confession honnête d’un poète :

« Moi, qui ai composé ce récit versifié,
Je me suis enfui au loin, tout comme la petite [héroïne dont je vous parle] !
Car moi, votre serviteur, couche en solitaire ;
Je suis bien seul, dans ma chambre, les bras pendant dans le vide…
Depuis que j’ai quitté ma maison pour aller chez les Thaï où je n’ai pas d’amis,
Je m’efforce d’écrire des vers pour me réchauffer le cœur.
Tout au fond de mon être… je me dis que je finirai par rentrer chez moi.
Ils sont évidemment bien éloignés l’un de l’autre, la cité d’or et le pays natal !
 » Lisez la suite›

* En laotien « ທ້າວນົກກະບາເຜືອກ ». Parfois transcrit « Thao Nok Kaba Phueak » ou « Thao Nok Kaba Phüak ».

** En laotien ພື້ນວັນນະຄະດີ.

*** En laotien « ທ້າວກາລະເກດ », inédit en français.

**** En laotien « ຈໍາປາສີ່ຕົ້ນ », inédit en français.

***** « Recherches sur la littérature laotienne », p. 116.

Pangkham, « Sinsay : chef-d’œuvre de la littérature lao »

éd. Liang Ziang Chong Chareon, Bangkok

éd. Liang Ziang Chong Chareon, Bangkok

Il s’agit du « sin jai » *, un des romans épiques du Laos. Les Laotiens ont une prédilection marquée pour les longs récits en vers, imprégnés de bouddhisme, et relevés par la fantaisie et par l’agencement des aventures. Ils les appellent « bœ̄n2 vănnaḥgaḥtī » ** (« textes littéraires »). Ils les lisent dans les réunions ; ils les récitent pendant la nuit aux jeunes femmes récemment accouchées, pour les empêcher de succomber au sommeil et de devenir ainsi une proie facile pour les mauvais esprits. Certains de ces romans épiques sont d’une longueur accablante : le « dāv2 kālaḥket » ***, par exemple, compte à peu près dix mille vers, et le « cāṃPā sī1 Tŏn2 » **** — environ quatorze mille. « Il faut croire que les péripéties qui forment la trame du récit en font tolérer la longueur », dit Louis Finot *****. « Pourtant ni les acteurs ni les incidents du drame ne brillent par la variété : les mêmes figures et les mêmes scènes se représentent sans cesse avec une monotonie qui lasserait le lecteur le plus intrépide, mais qui ne paraît pas déplaire aux âmes simples pour lesquelles des bardes anonymes ont composé ces enfantines rhapsodies. » Je l’avoue : ces romans épiques, en général fort maladroits, tracés pour la plupart par des mains laborieuses, m’ont touché. Je les ai ouverts souvent avec dédain, et presque jamais je ne les ai fermés sans être ému. La forme, à très peu d’exceptions près, en est défectueuse, mais cela par rudesse plutôt que par mauvais goût. Ils respirent tant de sincérité, de sympathie, de bonne volonté ; on y trouve des sentiments si respectables dans leur naïveté, que moi, qui étais décidé à en rire, j’ai toujours fini par m’y plaire. Jamais je n’accueillerai par la raillerie cette confession honnête d’un poète :

« Moi, qui ai composé ce récit versifié,
Je me suis enfui au loin, tout comme la petite [héroïne dont je vous parle] !
Car moi, votre serviteur, couche en solitaire ;
Je suis bien seul, dans ma chambre, les bras pendant dans le vide…
Depuis que j’ai quitté ma maison pour aller chez les Thaï où je n’ai pas d’amis,
Je m’efforce d’écrire des vers pour me réchauffer le cœur.
Tout au fond de mon être… je me dis que je finirai par rentrer chez moi.
Ils sont évidemment bien éloignés l’un de l’autre, la cité d’or et le pays natal !
 » Lisez la suite›

* En laotien « ສິນໄຊ ». Parfois transcrit « Sinsay », « Sinsai », « Sin Xay » ou « Sine Xay ». Outre cette appellation communément employée, le « sin jai » porte encore divers titres, selon les éditions, tels que : « săṅkh silP jăy » (« ສັງຂສິລປຊັຍ ») ou « săṅ sin jai » (« ສັງສິນໄຊ »). Parfois transcrit « Sang Sinxaï ».

** En laotien ພື້ນວັນນະຄະດີ.

*** En laotien « ທ້າວກາລະເກດ », inédit en français.

**** En laotien « ຈໍາປາສີ່ຕົ້ນ », inédit en français.

***** « Recherches sur la littérature laotienne », p. 116.

« Mohammad Iqbal »

éd. Seghers, coll. Poètes d’aujourd’hui, Paris

éd. Seghers, coll. Poètes d’aujourd’hui, Paris

Il s’agit de Mohammad Iqbal *, chef spirituel de l’Inde musulmane, penseur et protagoniste d’un islam rénové. Son génie très divers s’exerça aussi bien dans la poésie que dans la philosophie, et s’exprima avec une égale maîtrise en prose et en vers, en ourdou et en persan. On peut juger de l’étendue de son influence d’après le grand nombre d’études consacrées à son sujet. Cette influence, qui se concentre principalement au Pakistan, dont il favorisa la création, et où il jouit d’un extraordinaire prestige, déborde cependant sur tout le monde islamique. Rabindranath Tagore connut fort bien ce compatriote indien, porte-parole de la modernité, sur qui, au lendemain de sa mort, il publia le message suivant : « La mort de M. Mohammad Iqbal creuse dans la littérature un vide qui, comme une blessure profonde, mettra longtemps à guérir. L’Inde, dont la place dans le monde est trop étroite, peut difficilement se passer d’un poète dont la poésie a une valeur aussi universelle ». Quelle était la situation quand Iqbal, sa thèse de doctorat « La Métaphysique en Perse » ** tout juste terminée, commença à approfondir et tenta de résoudre les problèmes des États gouvernés par l’islam, qui le tourmentaient depuis quelques années déjà ? Les habitants de ces États, oublieux de leur gloire passée, se trouvaient plongés dans une sorte de somnolence morne, faite de lassitude et de découragement :

« La musique qui réchauffait le cœur de l’assemblée
S’est tue, et le luth s’est brisé…
Le musulman se lamente sous le porche de la mosquée
 » Lisez la suite›

* En ourdou محمد اقبال. Parfois transcrit Mohammed Eqbâl, Mohamad Eghbal, Mouhammad Iqbâl ou Muhammad Ikbal.

** En anglais « The Development of Metaphysics in Persia ».

Parny, « Œuvres complètes. Tome I. La Guerre des dieux • Les Déguisements de Vénus »

éd. L’Harmattan, coll. Les Introuvables, Paris

Il s’agit d’Évariste-Désiré, chevalier de Parny, poète et créole qui doit la meilleure partie de sa renommée à ses « Élégies » érotiques et ses « Chansons madécasses » (XVIIIe siècle). Chateaubriand les savait par cœur, et il écrivit à l’homme dont les vers faisaient ses délices pour lui demander la permission de le voir : « Parny me répondit poliment ; je me rendis chez lui, rue de Cléry. Je trouvai un homme assez jeune encore, de très bon ton, grand, maigre, le visage marqué de petite vérole. Il me rendit ma visite ; je le présentai à mes sœurs. Il aimait peu la société et il en fut bientôt chassé par la politique… Je n’ai point connu d’écrivain qui fût plus semblable à ses ouvrages : poète et créole, il ne lui fallait que le ciel de l’Inde, une fontaine, un palmier et une femme. Il redoutait le bruit, cherchait à glisser dans la vie sans être aperçu… et n’était trahi dans son obscurité que par… sa lyre » *. Mais le premier trait distinctif du « seul poète élégiaque que la France ait encore produit », comme l’appelait Chateaubriand **, était sa bonté et sa sympathie. Sensible partout aux malheurs de l’humanité, Parny déplorait le sort de l’Inde affamée, ravagée par la politique de l’Angleterre, et celui des Noirs dans les colonies de la France dont la nourriture était « saine et assez abondante », mais qui avaient la pioche à la main depuis quatre heures du matin jusqu’au coucher du soleil : « Non, je ne saurais me plaire », écrivait-il *** de l’île de la Réunion, qui était son île natale — « non, je ne saurais me plaire dans un pays où mes regards ne peuvent tomber que sur le spectacle de la servitude, où le bruit des fouets et des chaînes étourdit mon oreille et retentit dans mon cœur. Je ne vois que des tyrans et des esclaves, et je ne vois pas mon semblable. On troque tous les jours un homme contre un cheval : il est impossible que je m’accoutume à une bizarrerie si révoltante ». Lisez la suite›

* « Mémoires d’outre-tombe », liv. IV, ch. 12.

** « Essai historique sur les révolutions », liv. I, part. 1, ch. 22.

*** « Tome IV », p. 130.

« Le Dit des Heiké : le cycle épique des Taïra et des Minamoto »

éd. Publications orientalistes de France, coll. Les Œuvres capitales de la littérature japonaise, Paris

éd. Publications orientalistes de France, coll. Les Œuvres capitales de la littérature japonaise, Paris

Il s’agit du « Dit des Heiké » (« Heike monogatari » *). Au XIIe siècle apr. J.-C., le Japon fut le théâtre de luttes intestines et de guerres acharnées qui culminèrent avec la bataille d’Ichi-no-Tani **, dans laquelle les Taira, protecteurs du jeune Empereur et maîtres de Kyôto et du Japon de l’Ouest, furent vaincus par les Minamoto, tenants du Japon oriental. L’incidence de ce branle-bas fut sensible dans le domaine littéraire. Alors que l’époque précédente, relativement paisible, avait vu se développer le genre des dits courtois, ce furent les dits guerriers ou « gunki monogatari » *** qui vinrent à éclosion dans ces années troublées. Rédigés d’après des traditions orales, ces dits guerriers furent récités sur les marchés et les places publiques, aux abords des ponts, aux croisements des chemins par des « biwa-hôshi » **** — des aveugles qui portaient l’habit des moines (« hôshi ») et qui jouaient d’un luth à quatre cordes (« biwa » *****). Ces aveugles portaient la robe monacale, parce qu’ils étaient sans doute sous la protection des temples et des grandes bonzeries. Du reste, la chronique qu’ils récitaient avait pour but, non pas tant de conserver le souvenir des héros, comme l’épopée européenne, mais d’exprimer la vanité des splendeurs terrestres et le néant de la gloire ; et au lieu de chanter « les armes et l’homme », elle rappelait dès la première ligne « l’impermanence de toutes choses ». « [Cette chronique a] pu jouer une fonction rituelle, celle d’apaiser les âmes [de ceux] ayant péri dans les combats. Mais il s’agit aussi de chercher un sens aux événements chaotiques qui ont mis fin à l’ordre ancien », disent des orientalistes ******.

« chercher un sens aux événements chaotiques qui ont mis fin à l’ordre ancien »

Je regrette que des dits guerriers aussi illustres n’aient pas trouvé un poète également illustre, qui les eût fixés à jamais ; qu’ils aient manqué un Homère, qui leur eût donné une beauté, une noblesse éternellement admirée. J’avoue que j’ai peu d’estime pour les versions conservées. Leurs auteurs se contentent de suivre le cours de l’histoire réelle et la surchargent de milliers de détails très fastidieux. Les héros d’Homère ont souvent des gaietés ou des faiblesses étranges qui nous font toucher du doigt leur humanité ; ceux de ces auteurs ne cessent jamais d’être conventionnels et froids. Si le naïf conteur grec laisse souvent percer un vague et fin sourire derrière les mots, ces graves rhapsodes ne quittent jamais leur sérieux presque dévot et leur espèce de prosaïsme. On peut cependant faire une exception. Dans quelques rares passages du « Dit des Heiké » qui forment, à eux tous, une partie absolument minime de la chronique, on trouve quelque chose qui ressemble à cette alternance de phrases de cinq et sept syllabes qui constitue la métrique japonaise, tandis que les idées et les expressions semblent faire croire à une tentative pour traiter le sujet d’une manière poétique. Lisez la suite›

* En japonais « 平家物語 ».

** En japonais 一ノ谷の戦い.

*** En japonais 軍記物語.

**** En japonais 琵琶法師.

***** « Né dans le royaume de Perse et ses régions limitrophes, le “biwa” s’est diffusé en Asie orientale le long de la Route de la soie. Perfectionné en Chine, il est parvenu dans l’archipel japonais vers le VIIIe siècle apr. J.-C. », dit M. Hyôdô Hiromi (dans « De l’épopée au Japon », p. 55-56).

****** MM. Daniel Struve et Jean-Jacques Tschudin.

« Le Dit de Hôgen • Le Dit de Heiji : le cycle épique des Taïra et des Minamoto »

éd. Publications orientalistes de France, coll. Les Œuvres capitales de la littérature japonaise, Paris

éd. Publications orientalistes de France, coll. Les Œuvres capitales de la littérature japonaise, Paris

Il s’agit du « Dit de Hôgen » (« Hôgen monogatari » *) et du « Dit de Heiji » (« Heiji monogatari » **). Au XIIe siècle apr. J.-C., le Japon fut le théâtre de luttes intestines et de guerres acharnées qui culminèrent avec la bataille d’Ichi-no-Tani ***, dans laquelle les Taira, protecteurs du jeune Empereur et maîtres de Kyôto et du Japon de l’Ouest, furent vaincus par les Minamoto, tenants du Japon oriental. L’incidence de ce branle-bas fut sensible dans le domaine littéraire. Alors que l’époque précédente, relativement paisible, avait vu se développer le genre des dits courtois, ce furent les dits guerriers ou « gunki monogatari » **** qui vinrent à éclosion dans ces années troublées. Rédigés d’après des traditions orales, ces dits guerriers furent récités sur les marchés et les places publiques, aux abords des ponts, aux croisements des chemins par des « biwa-hôshi » ***** — des aveugles qui portaient l’habit des moines (« hôshi ») et qui jouaient d’un luth à quatre cordes (« biwa » ******). Ces aveugles portaient la robe monacale, parce qu’ils étaient sans doute sous la protection des temples et des grandes bonzeries. Du reste, la chronique qu’ils récitaient avait pour but, non pas tant de conserver le souvenir des héros, comme l’épopée européenne, mais d’exprimer la vanité des splendeurs terrestres et le néant de la gloire ; et au lieu de chanter « les armes et l’homme », elle rappelait dès la première ligne « l’impermanence de toutes choses ». « [Cette chronique a] pu jouer une fonction rituelle, celle d’apaiser les âmes [de ceux] ayant péri dans les combats. Mais il s’agit aussi de chercher un sens aux événements chaotiques qui ont mis fin à l’ordre ancien », disent des orientalistes *******.

« chercher un sens aux événements chaotiques qui ont mis fin à l’ordre ancien »

Je regrette que des dits guerriers aussi illustres n’aient pas trouvé un poète également illustre, qui les eût fixés à jamais ; qu’ils aient manqué un Homère, qui leur eût donné une beauté, une noblesse éternellement admirée. J’avoue que j’ai peu d’estime pour les versions conservées. Leurs auteurs se contentent de suivre le cours de l’histoire réelle et la surchargent de milliers de détails très fastidieux. Les héros d’Homère ont souvent des gaietés ou des faiblesses étranges qui nous font toucher du doigt leur humanité ; ceux de ces auteurs ne cessent jamais d’être conventionnels et froids. Si le naïf conteur grec laisse souvent percer un vague et fin sourire derrière les mots, ces graves rhapsodes ne quittent jamais leur sérieux presque dévot et leur espèce de prosaïsme. On peut cependant faire une exception. Dans quelques rares passages du « Dit des Heiké » qui forment, à eux tous, une partie absolument minime de la chronique, on trouve quelque chose qui ressemble à cette alternance de phrases de cinq et sept syllabes qui constitue la métrique japonaise, tandis que les idées et les expressions semblent faire croire à une tentative pour traiter le sujet d’une manière poétique. Lisez la suite›

* En japonais « 保元物語 ». Autrefois transcrit « Hôghenn monogatari ».

** En japonais « 平治物語 ». Autrefois transcrit « Heïdji monogatari ».

*** En japonais 一ノ谷の戦い.

**** En japonais 軍記物語.

***** En japonais 琵琶法師.

****** « Né dans le royaume de Perse et ses régions limitrophes, le “biwa” s’est diffusé en Asie orientale le long de la Route de la soie. Perfectionné en Chine, il est parvenu dans l’archipel japonais vers le VIIIe siècle apr. J.-C. », dit M. Hyôdô Hiromi (dans « De l’épopée au Japon », p. 55-56).

******* MM. Daniel Struve et Jean-Jacques Tschudin.

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