Pakravan, « Ombres du vent : récit. [Tome I]. Lumière de mes yeux »

éd. Parallèles, McLean

éd. Pa­ral­lèles, McLean

Il s’agit des mé­moires en langue fran­çaise de Mme Fa­te­meh Pa­kra­van ra­con­tant en trois par­ties l’histoire de son père, in­ti­tu­lée « Lu­mière de mes yeux » ; celle de sa mère, in­ti­tu­lée « Le Vi­sage de ma mère » ; et avec « Le So­leil éclaté », celle de son mari M. le gé­né­ral Has­san Pa­kra­van. Is­sus de fa­milles per­sanes aux ori­gines mul­tiples, M. et Mme Pa­kra­van étaient des Ira­niens de pro­fonde culture fran­çaise, de­meu­rés ir­ré­duc­ti­ble­ment à la croi­sée de l’Orient et de l’Occident. Le fran­çais était leur langue de pré­di­lec­tion, et Pa­ris — une ville qui n’avait au­cun se­cret pour eux. L’un et l’autre furent ap­pe­lés à des fonc­tions émi­nentes en Iran : Mme Pa­kra­van fut di­rec­trice d’hôpital à Té­hé­ran, avant d’être nom­mée Se­cré­taire gé­né­rale au Tou­risme ; M. le gé­né­ral Pa­kra­van, fils de la ro­man­cière Emi­neh Pa­kra­van, élève des écoles d’artillerie de Poi­tiers et de Fon­tai­ne­bleau, en­sei­gna à l’Académie mi­li­taire de Té­hé­ran, où il eut comme élève le fu­tur schah d’Iran. Ce der­nier lui confia di­vers postes di­plo­ma­tiques, et sur­tout il le mit, à par­tir de 1961, à la tête de la SAVAK. M. le gé­né­ral Pa­kra­van ne tarda pas à ré­for­mer cette re­dou­table po­lice po­li­tique ira­nienne. Il se mon­tra phi­lo­sophe, hu­ma­niste, ou­vert sur le monde, là où ses pré­dé­ces­seurs avaient été am­bi­tieux, bru­taux, san­gui­naires. Son hon­nê­teté est res­tée dans les mé­moires : un « saint », de l’avis même des op­po­sants au schah. Res­pecté des in­tel­lec­tuels, il tenta de per­sua­der les meilleurs de tra­vailler pour lui ; il pro­mit aux autres de ne pas gê­ner leurs tra­vaux. Il contrô­lait en per­ma­nence l’intégrité de ses em­ployés : on ra­conte qu’un jour, alors qu’il vi­si­tait un lieu de dé­ten­tion, il en­ten­dit des gé­mis­se­ments. Il se di­ri­gea vers la cel­lule d’où pro­ve­naient les plaintes. Un pri­son­nier y était al­longé. « Que se passe-t-il ? », de­manda-t-il. « J’ai été frappé », ré­pon­dit le pri­son­nier en lui mon­trant ses che­villes en­flées. Aus­si­tôt M. le gé­né­ral Pa­kra­van fit ali­gner les geô­liers de­vant le pri­son­nier, qui d’un geste en dé­si­gna un. Et de­vant l’assistance mé­du­sée, le chef de la SAVAK gi­fla le res­pon­sable en lui di­sant : « Tu sais bien que j’ai in­ter­dit qu’on mal­traite les pri­son­niers ! Tu fe­ras dix jours d’arrêts de ri­gueur ! »1 Bon nombre d’opposants lui doivent la li­berté et la vie, dont en pre­mier lieu l’ayatollah Kho­meiny. On sait de quelle fa­çon scan­da­leuse ce der­nier le re­mer­cia : il le fit fu­siller peu après la chute du schah en 1979, comme il fit fu­siller un mil­lier d’autres gé­né­raux, of­fi­ciers et sous-of­fi­ciers. « Quand le corps de son père fut rendu à Ka­rim Pa­kra­van, [le ré­gime is­la­mique] eut cette phrase ter­rible : “Il était pour nous plus dan­ge­reux vi­vant que mort” », rap­porte un jour­na­liste2. « In­ter­dic­tion fut faite aux ci­me­tières ira­niens d’accepter le corps du mar­tyr, qui n’avait pas le droit à une sé­pul­ture dé­cente. Pen­dant trois jours et trois nuits, le fils pro­mena le corps de son père de vil­lage en bour­gade à la re­cherche d’un lieu d’enterrement. Fi­na­le­ment… aux portes du dé­sert, sous un arbre, le fils en­se­ve­lit son père. »

  1. Dans Chris­tian De­lan­noy, « SAVAK ». Haut
  1. M. Frei­doune Sa­heb­jam. Haut

Muqbal, « Hir et Ranjhan : légende du Penjab »

dans « Revue de l’Orient, de l’Algérie et des colonies », vol. 6, p. 113-148

dans « Re­vue de l’Orient, de l’Algérie et des co­lo­nies », vol. 6, p. 113-148

Il s’agit de l’« His­toire de Hîr et de Rân­jhâ » (« Qissa Hîr-Rân­jhâ »1, ou plus sim­ple­ment « Hîr-Rân­jhâ »2) dans la ver­sion de Mu­q­bal3. C’est pen­dant le siècle et demi entre la mort du der­nier grand Mo­ghol (en l’an 1707) et l’annexion du Pend­jab à la cou­ronne bri­tan­nique (en l’an 1849) que le poème nar­ra­tif pend­jabi a at­teint son apo­gée. L’on ap­pelle ce genre de poème « qissa » (« his­toire »). Ti­rée le plus sou­vent de quelque lé­gende amou­reuse et tra­gique, la « qissa » a ré­sulté de la ren­contre de deux tra­di­tions : l’une, celle pu­re­ment in­dienne des lé­gendes my­tho­lo­giques ; l’autre, celle des ro­mans en vers per­sans, dont l’influence sur la langue et la lit­té­ra­ture pend­ja­bis a été consi­dé­rable. De toutes les « qis­sas », la plus chère au cœur des Pend­ja­bis, c’est l’« His­toire de Hîr et de Rân­jhâ ». La ver­sion de Wa­ris Shah, qui se dis­tingue de celles de Da­mo­dar et de Mu­q­bal par ses nom­breuses pé­ri­pé­ties, peut être ré­su­mée ainsi : Il était une fois un chef de vil­lage qui avait huit fils, dont le ca­det, Rân­jhâ, était son pré­féré ; mais il n’avait pas en­core rendu son der­nier sou­pir, que ses fils s’arrangèrent pour dé­pouiller Rân­jhâ de l’héritage et lui faire quit­ter le pays, avec sa seule flûte sous le bras. Le jeune homme se mit en route, le cœur af­fligé, et ar­riva à la ri­vière Che­nab. Il y vit un bac et pria le pas­seur de bien vou­loir le faire tra­ver­ser. Sé­duites par sa beauté, les deux épouses du pas­seur convain­quirent ce der­nier de le lais­ser mon­ter à bord. Rân­jhâ y trouva un beau lit déjà fait, et s’étant cou­ché, il som­bra bien­tôt dans un pro­fond som­meil. Il en fut tiré par un grand tu­multe au­tour de lui : Hîr, la fille d’un riche pro­prié­taire, ar­ri­vée au bac avec ses soixante com­pagnes, était en train de ré­pri­man­der le nau­to­nier pour avoir laissé un étran­ger souiller son lit ; mais à peine Rân­jhâ eut-il ou­vert les yeux, que la co­lère de Hîr s’évanouit, et qu’elle s’éprit éper­du­ment de lui. Mal­gré l’interdiction du père de Hîr, les deux jeunes gens n’auront dé­sor­mais rien en eux qui ne soit consa­cré à l’amour. L’« His­toire de Hîr et de Rân­jhâ » conti­nue d’être po­pu­laire jusqu’à nos jours dans les cam­pagnes du Pend­jab, qui ont à peine changé de vi­sage. Les Mi­ra­sis ou les Bhats, races de col­por­teurs et de mu­si­ciens am­bu­lants, chantent tou­jours ce poème fa­mi­lier, comme les rhap­sodes de la Grèce chan­taient « L’Iliade » : « Lorsque les la­bou­reurs se ras­semblent sur la “dara” (la “place du vil­lage”) à la fin d’une longue jour­née de tra­vail, on est frappé de voir com­bien ils sont dé­si­reux d’entendre “Hîr et Rân­jhâ” pour apai­ser et dé­las­ser leur es­prit fa­ti­gué. Un homme qui sait bien ré­ci­ter cette his­toire est tou­jours très de­mandé. La po­pu­la­rité de ce poème ne se borne pas aux vil­lages. Les ci­ta­dins [l’]écoutent avec un égal ra­vis­se­ment à la ra­dio »4.

  1. En pend­jabi « ਕਿੱਸਾ ਹੀਰ ਰਾਂਝਾ ». Par­fois trans­crit « Kissa Hir-Ran­jha » ou « Quissa Heer-Ran­jah ». Haut
  2. En pend­jabi « ਹੀਰ ਰਾਂਝਾ ». Par­fois trans­crit « Hīr-Rāṃ­jhā », « Hir-Rand­jha », « Hîr-Rân­j­han », « Hir-Ra­jha » ou « Heer-Ran­jha ». Haut
  1. En pend­jabi ਮੁਕਬਲ. Par­fois trans­crit Mac­bûl, Ma­q­bul, Mak­bul ou Muk­bal. Haut
  2. Dans Ha­kim Mo­ham­med Said, « Hir et Ran­jha, les amants du Pend­jab », p. 32. Haut

Waris Shah, « Hīr : poème panjabi du XVIIIe siècle. Tome I »

éd. Institut français, coll. Publications de l’Institut français d’indologie, Pondichéry

éd. Ins­ti­tut fran­çais, coll. Pu­bli­ca­tions de l’Institut fran­çais d’indologie, Pon­di­chéry

Il s’agit de l’« His­toire de Hîr et de Rân­jhâ » (« Qissa Hîr-Rân­jhâ »1, ou plus sim­ple­ment « Hîr-Rân­jhâ »2) dans la ver­sion de Wa­ris Shah3. C’est pen­dant le siècle et demi entre la mort du der­nier grand Mo­ghol (en l’an 1707) et l’annexion du Pend­jab à la cou­ronne bri­tan­nique (en l’an 1849) que le poème nar­ra­tif pend­jabi a at­teint son apo­gée. L’on ap­pelle ce genre de poème « qissa » (« his­toire »). Ti­rée le plus sou­vent de quelque lé­gende amou­reuse et tra­gique, la « qissa » a ré­sulté de la ren­contre de deux tra­di­tions : l’une, celle pu­re­ment in­dienne des lé­gendes my­tho­lo­giques ; l’autre, celle des ro­mans en vers per­sans, dont l’influence sur la langue et la lit­té­ra­ture pend­ja­bis a été consi­dé­rable. De toutes les « qis­sas », la plus chère au cœur des Pend­ja­bis, c’est l’« His­toire de Hîr et de Rân­jhâ ». La ver­sion de Wa­ris Shah, qui se dis­tingue de celles de Da­mo­dar et de Mu­q­bal par ses nom­breuses pé­ri­pé­ties, peut être ré­su­mée ainsi : Il était une fois un chef de vil­lage qui avait huit fils, dont le ca­det, Rân­jhâ, était son pré­féré ; mais il n’avait pas en­core rendu son der­nier sou­pir, que ses fils s’arrangèrent pour dé­pouiller Rân­jhâ de l’héritage et lui faire quit­ter le pays, avec sa seule flûte sous le bras. Le jeune homme se mit en route, le cœur af­fligé, et ar­riva à la ri­vière Che­nab. Il y vit un bac et pria le pas­seur de bien vou­loir le faire tra­ver­ser. Sé­duites par sa beauté, les deux épouses du pas­seur convain­quirent ce der­nier de le lais­ser mon­ter à bord. Rân­jhâ y trouva un beau lit déjà fait, et s’étant cou­ché, il som­bra bien­tôt dans un pro­fond som­meil. Il en fut tiré par un grand tu­multe au­tour de lui : Hîr, la fille d’un riche pro­prié­taire, ar­ri­vée au bac avec ses soixante com­pagnes, était en train de ré­pri­man­der le nau­to­nier pour avoir laissé un étran­ger souiller son lit ; mais à peine Rân­jhâ eut-il ou­vert les yeux, que la co­lère de Hîr s’évanouit, et qu’elle s’éprit éper­du­ment de lui. Mal­gré l’interdiction du père de Hîr, les deux jeunes gens n’auront dé­sor­mais rien en eux qui ne soit consa­cré à l’amour. L’« His­toire de Hîr et de Rân­jhâ » conti­nue d’être po­pu­laire jusqu’à nos jours dans les cam­pagnes du Pend­jab, qui ont à peine changé de vi­sage. Les Mi­ra­sis ou les Bhats, races de col­por­teurs et de mu­si­ciens am­bu­lants, chantent tou­jours ce poème fa­mi­lier, comme les rhap­sodes de la Grèce chan­taient « L’Iliade » : « Lorsque les la­bou­reurs se ras­semblent sur la “dara” (la “place du vil­lage”) à la fin d’une longue jour­née de tra­vail, on est frappé de voir com­bien ils sont dé­si­reux d’entendre “Hîr et Rân­jhâ” pour apai­ser et dé­las­ser leur es­prit fa­ti­gué. Un homme qui sait bien ré­ci­ter cette his­toire est tou­jours très de­mandé. La po­pu­la­rité de ce poème ne se borne pas aux vil­lages. Les ci­ta­dins [l’]écoutent avec un égal ra­vis­se­ment à la ra­dio »4.

  1. En pend­jabi « ਕਿੱਸਾ ਹੀਰ ਰਾਂਝਾ ». Par­fois trans­crit « Kissa Hir-Ran­jha » ou « Quissa Heer-Ran­jah ». Haut
  2. En pend­jabi « ਹੀਰ ਰਾਂਝਾ ». Par­fois trans­crit « Hīr-Rāṃ­jhā », « Hir-Rand­jha », « Hîr-Rân­j­han », « Hir-Ra­jha » ou « Heer-Ran­jha ». Haut
  1. En pend­jabi ਵਾਰਿਸ ਸ਼ਾਹ. Par­fois trans­crit Wa­ris Schah ou Vā­ris̤ Śāh. Haut
  2. Dans Ha­kim Mo­ham­med Said, « Hir et Ran­jha, les amants du Pend­jab », p. 32. Haut

« Entretiens de Lin-tsi »

éd. Fayard, coll. Documents spirituels, Paris

éd. Fayard, coll. Do­cu­ments spi­ri­tuels, Pa­ris

Il s’agit des « En­tre­tiens de Linji » (« Linji yulu »1, ou plus sim­ple­ment « Linji lu »2). L’école de Linji Yixuan3, maître zen, est connue par ce re­cueil de pa­roles com­posé après la mort du maître. Re­belle à tout sa­voir, fa­rouche à toute vi­sion in­tel­lec­tuelle qu’elle dé­cri­vait comme une « taie sur l’œil » cette école de­vint cé­lèbre en Chine au IXe et Xe siècle apr. J.-C. avant de se ré­pandre au Ja­pon où elle per­siste jusqu’à nos jours sous le nom d’école Rin­zai. L’usage du bâ­ton (en chi­nois « bang », en ja­po­nais « bô »4) et de l’exclamation « khât ! » (en ja­po­nais « katsu ! »5) est ca­rac­té­ris­tique de Linji, le­quel frap­pait ses dis­ciples et leur criait, comme s’il dé­si­rait les faire par­ve­nir d’un coup à la réa­li­sa­tion su­bite. Dans des termes vi­ru­lents, qui al­laient jusqu’au blas­phème, il prê­chait le meurtre spi­ri­tuel et le ren­ver­se­ment de toutes les va­leurs : « Si vous ren­con­trez un Boud­dha, tuez le Boud­dha ! Si vous ren­con­trez un pa­triarche, tuez le pa­triarche ! »6 Et plus loin : « Je vous le dis : il n’y a pas de Boud­dha, il n’y a pas de Loi ; pas de pra­tiques à culti­ver, pas de fruits à éprou­ver. Que vou­lez-vous donc tant cher­cher au­près d’autrui ?… Qu’est-ce qui vous manque ? C’est vous, adeptes, qui êtes là de­vant mes yeux, c’est vous-mêmes qui ne dif­fé­rez en rien du Boud­dha-pa­triarche ! Mais vous n’avez pas confiance, et vous cher­chez au-de­hors »7. Lui de­man­dait-on quel était le bien le plus pré­cieux pour l’homme, Linji ré­pon­dait : « Se te­nir dans l’ordinaire et sans af­faires : chier et pis­ser, se vê­tir et man­ger »8. Et aussi : « Être sans af­faires et res­ter as­sis dans [son] mo­nas­tère, les pieds croi­sés au coin de [sa] ban­quette »9. À chaque page, cet idéal de l’homme sans af­faires se re­trouve, poussé jusqu’à la pué­ri­lité. J’avoue, pour ma part, qu’il ne me convainc pas. Car, même à sup­po­ser que l’homme qui se garde de rien faire soit le plus heu­reux, ne vaut-il pas mieux être hon­nête et utile, qu’heureux et sans af­faires ? L’homme de bien n’a-t-il pas droit, comme les autres, au noble tra­vail ? Ne peut-il pas se su­bor­don­ner à une grande cause so­ciale, au lieu de jouir dans son coin sans se sou­cier que ce soit aux dé­pens des autres ? La fin di­vine doit-elle donc être une fin égoïste ?

  1. En chi­nois « 臨濟語錄 ». Par­fois trans­crit « Lintsi yu­lou » ou « Lin-chi yü-lu ». Haut
  2. En chi­nois « 臨濟錄 ». Par­fois trans­crit « Lintsi lou » ou « Lin-chi lu ». Haut
  3. En chi­nois 臨濟義玄. Au­tre­fois trans­crit Lin-tsi Yi-hiuan ou Lin-chi I-hsüan. Haut
  4. . Haut
  5. . Haut
  1. sect. 20. Haut
  2. sect. 21. Haut
  3. sect. 13. Haut
  4. sect. 18. Haut

Proclus, « Les Commentaires sur le premier livre des “Éléments” d’Euclide »

éd. D. de Brouwer, coll. de travaux de l’Académie internationale d’histoire des sciences, Bruges

éd. D. de Brou­wer, coll. de tra­vaux de l’Académie in­ter­na­tio­nale d’histoire des sciences, Bruges

Il s’agit des « Com­men­taires sur les “Élé­ments” d’Euclide » par Pro­clus de Ly­cie1, l’un des der­niers chefs de l’École d’Athènes (Ve siècle apr. J.-C.). Le plus grand — pour ne pas dire l’unique — in­té­rêt de ces « Com­men­taires » ré­side dans le pro­logue de quatre-vingt-une pages par le­quel ils s’ouvrent, et qui consti­tue un ou­vrage à part. Pro­clus y ex­pose ses vues sur la place gé­né­rale des ma­thé­ma­tiques dans l’économie du sa­voir ; puis, il y pré­sente les ori­gines et les pro­grès de cette science, en pas­sant en re­vue les géo­mètres grecs qui se sont suc­cédé de Tha­lès jusqu’à Eu­clide. De ce fait, Pro­clus est notre prin­ci­pale source pour l’histoire des ma­thé­ma­tiques an­ciennes ; en de­hors de lui, nous n’avons qu’un pe­tit nombre de té­moi­gnages épars, qu’il nous se­rait im­pos­sible de co­or­don­ner sans le sien. Pour Pro­clus, comme pour Aris­tote qu’il cite, les ma­thé­ma­tiques ne dé­butent ni en Grèce ni en quelque en­droit pri­vi­lé­gié ; il se­rait étrange, en ef­fet, qu’un sa­voir aussi spé­ci­fi­que­ment hu­main fût la pro­priété ex­clu­sive d’un seul peuple : « Se­lon toute vrai­sem­blance », dit Aris­tote2, « les di­vers [sa­voirs] ont été dé­ve­lop­pés aussi loin que pos­sible, à plu­sieurs re­prises, et chaque fois per­dus ». Cela n’empêche pas Pro­clus de sa­luer l’apport spé­ci­fique des Grecs, qui est d’avoir posé les ma­thé­ma­tiques sur leur vrai plan, de les avoir har­di­ment dé­fi­nies comme abs­traites et pu­re­ment ra­tion­nelles, comme libres et dés­in­té­res­sées à l’égard de l’utilité pra­tique : « On ad­mi­rera », dit Pro­clus3, « les modes va­riés de rai­son­ne­ments [de notre pays] qui [convainquent] tan­tôt en par­tant des causes, tan­tôt en éma­nant de preuves ; mais qui sont tous in­con­tes­tables et ap­pro­priés à la science. On ad­mi­rera aussi ses pro­cé­dés dia­lec­tiques… Men­tion­nons fi­na­le­ment la conti­nuité des in­ven­tions, la ré­par­ti­tion et l’ordre des pré­misses, [et] le ta­lent avec le­quel cha­cune [des] ré­ci­proques est pré­sen­tée. D’ailleurs, ne sait-on pas qu’en leur ajou­tant ou en leur re­tran­chant quelque chose, on s’éloigne de la science et qu’on est en­clin à une er­reur contra­dic­toire et à l’ignorance ? » La ques­tion de sa­voir où Pro­clus a pris ses ren­sei­gne­ments his­to­riques offre un pro­blème in­té­res­sant à ré­soudre pour les spé­cia­listes. Ces der­niers pensent qu’il n’a pas consulté de pre­mière main les ou­vrages ma­thé­ma­tiques an­té­rieurs à Eu­clide et qu’il a em­prunté à peu près tout à l’« His­toire géo­mé­trique » d’Eudème de Rhodes (aujourd’hui per­due) et à la « Théo­rie des ma­thé­ma­tiques » de Gé­mi­nus (mal­heu­reu­se­ment per­due aussi).

  1. En grec Πρόκλος ὁ Λύκιος. Au­tre­fois trans­crit Pro­clos ou Prok­los. Haut
  2. « Mé­ta­phy­sique », 1074b 10-12. Haut
  1. p. 62-63. Haut

« Thalès et ses Emprunts à l’Égypte »

dans « Revue philosophique de la France et de l’étranger », vol. 5, nº 9, p. 299-318

dans « Re­vue phi­lo­so­phique de la France et de l’étranger », vol. 5, no 9, p. 299-318

Il s’agit de Tha­lès de Mi­let1 (VIIe-VIe siècle av. J.-C.), le pre­mier homme ayant reçu le titre de « sage » (« so­phos »2) en Grèce. Ce titre est sou­vent mal com­pris, et il est bon de pré­ci­ser sa si­gni­fi­ca­tion his­to­rique, avant d’aller plus avant. Le « sage » n’était pas né­ces­sai­re­ment « un homme pru­dent, cir­cons­pect », bien que ce mot ait été plus tard em­ployé dans ce sens. Aris­tote dit à ce pro­pos3 : « Tha­lès et les gens de cette sorte sont sages, et non pru­dents, car on voit qu’ils ignorent leur propre in­té­rêt ; en re­vanche, on [convient] qu’ils pos­sèdent des connais­sances sur­abon­dantes, mer­veilleuses, dif­fi­ciles à ac­qué­rir et di­vines, sans uti­lité im­mé­diate néan­moins, puisqu’ils ne re­cherchent pas les biens de ce monde ». Le « sage » était donc ce que nous ap­pe­lons « un éru­dit, un sa­vant ». Tha­lès, en par­ti­cu­lier, se fit ad­mi­rer pour ses connais­sances en ma­thé­ma­tiques. Ce fut lui qui trans­porta les prin­cipes de cette science de­puis les pays orien­taux jusqu’en Grèce. Pre­miè­re­ment, il était d’origine phé­ni­cienne ; or, la connais­sance exacte des nombres se trou­vait chez les Phé­ni­ciens, à cause du com­merce qui fut tou­jours leur af­faire. Deuxiè­me­ment, il alla s’instruire au­près des Égyp­tiens ; or, le sa­voir géo­mé­trique se trou­vait en Égypte, à cause de l’arpentage constant que sus­ci­tait le Nil, en brouillant les terres culti­vables dans les pé­riodes de crue et d’étiage. On dit qu’instruit ainsi par des étran­gers, Tha­lès prit bien­tôt l’essor au-des­sus de ses maîtres et qu’il fut le pre­mier à me­su­rer la hau­teur des py­ra­mides, par leur ombre et par celle d’un bâ­ton. De re­tour de ses voyages, il fit part à ses com­pa­triotes de ce qu’il avait ap­pris. Il pré­dit une éclipse de so­leil, et l’événement vé­ri­fia ses cal­culs. Sa fa­culté de faire des pré­dic­tions fut à l’origine de cette fable de l’astronome qui re­gar­dait le ciel sans voir le puits qui était à ses pieds : « On ra­conte de Tha­lès », dit Pla­ton4, « que tout oc­cupé de l’astronomie et re­gar­dant en haut, il tomba dans un puits, et qu’une ser­vante de Thrace d’un es­prit agréable et fa­cé­tieux se mo­qua de lui, di­sant qu’il vou­lait sa­voir ce qui se pas­sait au ciel, et qu’il ne voyait pas ce qui était de­vant lui ». L’on peut dire, pour fi­nir, que Tha­lès pro­fita de toutes les oc­ca­sions pour s’enquérir de ce qui lui sem­blait re­mar­quable ou cu­rieux, et pour le trans­mettre aux Grecs. Le même rôle fut pro­ba­ble­ment joué par d’autres voya­geurs de la même époque ; mais Tha­lès se ré­véla l’observateur le plus at­ten­tif et le plus ha­bile in­tro­duc­teur.

  1. En grec Θαλῆς ὁ Μιλήσιος. Haut
  2. En grec σοφός. Haut
  1. « Éthique à Ni­co­maque », liv. VI, ch. V (1141b 3-8). Haut
  2. « Théé­tète », 174a. Haut

Banârasî-dâs, « Histoire à demi : autobiographie d’un marchand jaïna du XVIIe siècle »

éd. Presses Sorbonne nouvelle, Paris

éd. Presses Sor­bonne nou­velle, Pa­ris

Il s’agit d’« His­toire à demi » (« Ardha-ka­thâ­naka »1), le pre­mier ré­cit au­to­bio­gra­phique de la lit­té­ra­ture hindi et de la lit­té­ra­ture in­dienne en gé­né­ral. Ce fut en 1641 apr. J.-C. qu’un mar­chand et poète nommé Ba­nâ­rasî-dâs2, âgé de cin­quante-cinq ans, ré­di­gea ce ré­cit en vers. Il l’intitula « His­toire à demi » en fai­sant al­lu­sion à la du­rée de vie idéale qui, se­lon la re­li­gion jaïna, est de cent dix ans. Les dé­bâcles com­mer­ciales et les échecs rythment vé­ri­ta­ble­ment la vie de cet homme qui, au fil de son ré­cit, se ré­vèle aussi mé­diocre mar­chand que pas­sable poète. Il dé­buta dans son mé­tier à l’âge de vingt-et-un ans. Son père ras­sem­bla les mar­chan­dises dont dis­po­sait la fa­mille — des pierres pré­cieuses, deux grandes gourdes d’huile, vingt me­sures de beurre cla­ri­fié, des châles de Jaun­pur — et après avoir fait ve­nir son fils Ba­nâ­rasî-dâs, il lui ex­pli­qua ses vues, di­sant : « Prends toutes ces af­faires. Va à Agra et vends les ar­ticles. Dé­sor­mais, le far­deau de la mai­son, c’est toi qui le prends sur les épaules. Il fau­dra que tu nour­risses toute la fa­mille »3. Ces mots durent pe­ser bien lourd sur les épaules d’un jeune homme tout juste re­penti d’avoir passé le plus clair de son temps dans l’amour des jeunes filles, où il avait « dé­laissé l’honneur fa­mi­lial et la pu­deur du monde »4. Ayant chargé les mar­chan­dises sur une char­rette, il se ren­dit non sans mal à Agra. Il tâ­cha de vendre tout, sans vrai­ment en connaître la va­leur, et se fit lar­ge­ment es­cro­quer par les ache­teurs. Il don­nait à qui of­frait, ne sa­chant pas dis­cer­ner « qui était hon­nête, qui était mal­hon­nête »5. Pire en­core, il avait at­ta­ché un étui de perles à la cein­ture de son pan­ta­lon : la cein­ture se cassa, et le pré­cieux étui fut perdu. Il avait aussi ca­ché des ru­bis dans la dou­blure de son pan­ta­lon : il le mit à sé­cher au so­leil ; des vo­leurs pas­sèrent et l’emportèrent. Il tomba dans la ban­que­route pour la pre­mière fois. Ce ne fut pas la der­nière. À chaque fois, il se consola, se consi­dé­rant heu­reux dans son mal­heur : « Le bon­heur et le mal­heur », dit-il6, « sont vus comme deux choses [dif­fé­rentes par] l’ignorant. Dans la for­tune et l’infortune, le sa­vant [au contraire] se tient d’une seule ma­nière. Il est comme un so­leil le­vant qui ne dé­lais­se­rait pas la nuit ; comme un so­leil cou­chant qui ne dé­lais­se­rait pas la splen­deur du jour ». Telle est sans doute la le­çon la plus utile de ce ré­cit.

  1. En hindi « अर्ध-कथानक ». Par­fois trans­crit « Ard­ha­ka­tha­nak ». Haut
  2. En hindi बनारसीदास. Par­fois trans­crit Banā­rasīdāsa. Haut
  3. p. 89. Haut
  1. p. 76. Haut
  2. p. 92. Haut
  3. p. 72. Haut

« Étude sur les arguments de Zénon d’Élée contre le mouvement »

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit de Zé­non d’Élée1, cé­lèbre au­teur de pa­ra­doxes (Ve siècle av. J.-C.). Il ne pa­raît pas avoir été ma­thé­ma­ti­cien, ni phy­si­cien ; mais ses fa­meux « Ar­gu­ments contraires » (« An­ti­lo­giai »2) ont fait au­tant pour les prin­cipes des ma­thé­ma­tiques et de la phy­sique que pour ceux de la phi­lo­so­phie. C’était un homme bien fait, d’une fi­gure agréable, un dis­ciple dé­voué de Par­mé­nide, et quelques écri­vains pré­tendent « qu’il de­vint le mi­gnon de son maître »3. Il ne quit­tait que très ra­re­ment son Élée na­tale, « cité mo­deste, tout juste bonne à pro­duire des hommes de va­leur »4. Plus tard, cette cité étant tom­bée, on ne sait com­ment, sous le joug d’un ty­ran ap­pelé Néarque, Zé­non en­tre­prit de la dé­li­vrer à l’aide de com­plices. La conspi­ra­tion ayant été dé­cou­verte, il fut em­pri­sonné et pé­rit dans d’horribles sup­plices, où il mon­tra un ca­rac­tère hé­roïque. Cette af­faire est rap­por­tée avec mille va­riantes par les écri­vains. Je n’en don­ne­rai qu’une : Tor­turé et in­ter­rogé sur ses com­plices, Zé­non nomma les amis du ty­ran pour pri­ver ce­lui-ci de tous ses ap­puis. Néarque, après les avoir fait mou­rir, l’interrogea sur les armes qu’il avait trans­por­tées dans une île voi­sine. Zé­non lui dit qu’il lui ré­pon­drait à l’oreille ; le ty­ran s’étant ap­pro­ché, Zé­non lui mor­dit l’oreille et ne re­lâ­cha pas sa prise avant d’être percé de coups et tué. Aujourd’hui, il ne reste des ou­vrages de Zé­non que les « Ar­gu­ments contraires » concer­nant le mou­ve­ment, trans­mis jusqu’à nous grâce à la ré­fu­ta­tion d’Aris­tote et aux ci­ta­tions de Sim­pli­cius. Ces « Ar­gu­ments » in­té­ressent au plus haut point l’histoire des sciences, en ceci qu’ils fixent pour la pre­mière fois l’attention sur le pro­blème de l’infinitésimal et sur les dif­fi­cul­tés lo­giques aux­quelles se heurtent les cal­culs qui jonglent avec l’infini. Le poète Paul Va­léry ré­su­mera les deux « Ar­gu­ments » les plus connus, « Achille et la Tor­tue » et « La Flèche qui vole », par ces vers : « Zé­non, cruel Zé­non !… M’as-tu percé de cette flèche ai­lée qui vibre, vole et qui ne vole pas !… Achille im­mo­bile à grands pas ! »

  1. En grec Ζήνων ὁ Ἐλεάτης. Éga­le­ment connu sous le nom de Zé­non le Par­mé­ni­dien. En grec Ζήνων ὁ Παρμενίδειος. À ne pas confondre avec Zé­non de Ci­tion, le fon­da­teur du stoï­cisme. Haut
  2. En grec « Ἀντιλογίαι ». Haut
  1. « λέγεσθαι αὐτὸν παιδικὰ τοῦ Παρμενίδου γεγονέναι » (Pla­ton). « γέγονεν αὐτοῦ παιδικά » (Dio­gène Laërce). Haut
  2. Dio­gène Laërce. Haut

Hô Chi Minh (Nguyên Ai Quôc), « Le Procès de la colonisation française et Autres Textes de jeunesse »

éd. Le Temps des cerises, Pantin

éd. Le Temps des ce­rises, Pan­tin

Il s’agit du « Pro­cès de la co­lo­ni­sa­tion fran­çaise », des « Re­ven­di­ca­tions du peuple an­na­mite » et autres textes de jeu­nesse d’Hô Chi Minh1. Ainsi que l’a re­mar­qué un bio­graphe d’Hô Chi Minh2, « tout ce qui touche à la vie du fu­tur pré­sident de la Ré­pu­blique dé­mo­cra­tique du Viêt-nam jusqu’en 1941 est frag­men­taire, ap­proxi­ma­tif, contro­versé ». À ce jour, au­cune étude sys­té­ma­tique n’a été en­tre­prise, au­cune pu­bli­ca­tion ex­haus­tive n’a été faite sur la pé­riode pa­ri­sienne du cé­lèbre ré­vo­lu­tion­naire viet­na­mien, pé­riode pour­tant dé­ci­sive en ce qui concerne sa for­ma­tion idéo­lo­gique — la vie dans un en­tre­sol de la rue du Mar­ché-des-Pa­triarches, la fré­quen­ta­tion as­si­due de la Bi­blio­thèque na­tio­nale, « où il s’installait de 10 à 17 heures, presque chaque jour »3, les mee­tings guet­tés par la po­lice, les ar­ticles pour « L’Humanité », « La Re­vue com­mu­niste », « Le Li­ber­taire », etc., en­fin, la fon­da­tion du « Pa­ria », jour­nal an­ti­co­lo­nia­liste, dont il fut à la fois le di­rec­teur et le plus fé­cond des contri­bu­teurs4. Les dates mêmes de cette pé­riode sont pleines d’obscurités, si étrange que cela puisse pa­raître, s’agissant d’une des per­son­na­li­tés les plus en vue de tout le XXe siècle. Re­joi­gnit-il Pa­ris en 1917, comme le sup­posent la plu­part de ses bio­graphes, ou en 1919, an­née de ses pre­miers ar­ticles si­gnés ? En tout cas, la pre­mière ré­vé­la­tion qu’il eut en ar­ri­vant, c’est qu’en France aussi il y avait des ou­vriers ex­ploi­tés — des gens qui pou­vaient prendre parti pour le peuple viet­na­mien. C’est là que lui vint à l’esprit cette image de la sang­sue ca­pi­ta­liste, si fa­meuse de­puis « Le Pro­cès » : « Le ca­pi­ta­lisme est une sang­sue ayant une ven­touse ap­pli­quée sur le pro­lé­ta­riat de la mé­tro­pole, et une autre sur le pro­lé­ta­riat des co­lo­nies. Si l’on veut tuer la bête, on doit cou­per les deux ven­touses à la fois ». Alors, il s’attacha aux pro­lé­taires fran­çais par le double lien de l’intérêt et de l’affection ; et le jour où, après de longues dé­cen­nies, la sé­pa­ra­tion fa­tale, in­évi­table, se fit entre les co­lo­ni­sa­teurs et les co­lo­ni­sés, la France per­dit en lui un su­jet, mais conserva un ami, un al­lié, un confrère. « En se ré­cla­mant de la pro­tec­tion du peuple fran­çais », dit Hô Chi Minh dans « Les Re­ven­di­ca­tions du peuple an­na­mite », « le peuple an­na­mite, bien loin de s’humilier, s’honore au contraire : car il sait que le peuple fran­çais re­pré­sente la li­berté et la jus­tice, et ne re­non­cera ja­mais à son su­blime idéal de fra­ter­nité uni­ver­selle. En consé­quence, en écou­tant la voix des op­pri­més, le peuple fran­çais fera son de­voir en­vers la France et en­vers l’humanité ».

  1. Éga­le­ment connu sous le sur­nom de Nguyên Ai Quôc. « Nguyên, c’est le pa­tro­nyme le plus ré­pandu en An­nam… ; “Ai”, le pré­fixe qui si­gni­fie l’affection ; “Quôc”, la pa­trie », dit M. Jean La­cou­ture. Au­tre­fois trans­crit Nguyen Ai Quac. Haut
  2. M. Jean La­cou­ture. Haut
  1. Louis Rou­baud, « Viêt-nam : la tra­gé­die in­do­chi­noise ; suivi d’autres écrits sur le co­lo­nia­lisme ». Haut
  2. Les contri­bu­teurs du « Pa­ria » se com­po­saient en­tiè­re­ment de mi­li­tants ori­gi­naires des co­lo­nies, qui ve­naient, bé­né­vo­le­ment, après leurs heures de tra­vail. Haut

Euclide, « Les Éléments. Tome II »

éd. Presses universitaires de France, coll. Bibliothèque d’histoire des sciences, Paris

éd. Presses uni­ver­si­taires de France, coll. Bi­blio­thèque d’histoire des sciences, Pa­ris

Il s’agit des « Élé­ments » (« Ta Stoi­cheia »1) ou « En­sei­gne­ment élé­men­taire » (« Hê Stoi­cheiô­sis »2) d’Euclide d’Alexandrie3, cé­lèbre sa­vant grec, dont le nom est pour la géo­mé­trie ce qu’est le nom d’Einstein pour la phy­sique. La science grecque est es­sen­tiel­le­ment dé­duc­tive. C’est avec elle que l’esprit hu­main conçoit, pour la pre­mière fois, la pos­si­bi­lité de po­ser un pe­tit nombre de prin­cipes et d’en dé­duire un en­semble de vé­ri­tés qui en soient la consé­quence né­ces­saire. Les « Élé­ments » d’Euclide passent pour le mo­dèle du genre. Ils dé­butent par une liste d’« axiomes » (c’est-à-dire de prin­cipes que l’on de­mande au lec­teur d’admettre sans dé­mons­tra­tion), énon­cés de telle sorte qu’ils peuvent être ac­cep­tés par cha­cun ; tout en étant aussi peu nom­breux que pos­sible (en­vi­ron une di­zaine), ils suf­fisent à as­su­rer la construc­tion de tout l’édifice ma­thé­ma­tique. Dans une pre­mière lec­ture, l’on se­rait tenté de croire qu’Euclide est l’inventeur de ce genre de construc­tion. Il ne cite au­cun nom de pré­dé­ces­seur ; des pro­po­si­tions que nous dé­si­gnons sous les noms de « théo­rème de Py­tha­gore » ou « de Tha­lès » prennent place dans ses « Élé­ments » sans que soient rap­pe­lés ceux qui les ont énon­cées en pre­mier. Ce­pen­dant, Eu­clide a beau ne pas ci­ter ses sources, son œuvre dé­cèle une di­ver­sité d’inspirations qui ne trompe pas ; elle n’est pas et ne sau­rait être l’œuvre d’une seule in­tel­li­gence. Des géo­mètres plus an­ciens — Hip­po­crate de Chios4, Her­mo­time de Co­lo­phon5, Eu­doxe de Cnide6, Théé­tète d’Athènes7, Theu­dios de Ma­gné­sie8 — avaient écrit des « Élé­ments ». Le mé­rite d’Euclide est d’avoir réuni leurs dé­mons­tra­tions et sur­tout d’avoir com­posé un tout qui, par un en­chaî­ne­ment plus exact, fit ou­blier les ou­vrages écrits avant le sien, qui de­vint le plus im­por­tant sur cette ma­tière. Voici ce qu’en dit Pro­clus dans ses « Com­men­taires aux “Élé­ments” » : « En ras­sem­blant des “Élé­ments”, Eu­clide en a co­or­donné beau­coup d’Eudoxe, per­fec­tionné beau­coup de Théé­tète et évo­qué dans d’irréfutables dé­mons­tra­tions ceux que ses pré­dé­ces­seurs avaient mon­trés d’une ma­nière re­lâ­chée »

  1. En grec « Τὰ Στοιχεῖα ». Haut
  2. En grec « Ἡ Στοιχείωσις ». Haut
  3. En grec Εὐκλείδης. Au­tre­fois trans­crit Eu­clides. On l’a long­temps confondu avec Eu­clide de Mé­gare, phi­lo­sophe, « bien qu’ils n’aient pas été contem­po­rains et qu’ils aient dif­féré l’un de l’autre au­tant par leur genre d’esprit… que par la na­ture de leurs tra­vaux » (Louis Fi­guier). Haut
  4. En grec Ἱπποκράτης ὁ Χῖος. Par­fois trans­crit Hip­po­crate de Chio. À ne pas confondre avec Hip­po­crate de Cos, le cé­lèbre mé­de­cin, qui vé­cut à la même époque. Haut
  1. En grec Ἑρμότιμος ὁ Κολοφώνιος. Haut
  2. En grec Εὔδοξος ὁ Κνίδιος. Haut
  3. En grec Θεαίτητος ὁ Ἀθηναῖος. Haut
  4. En grec Θεύδιος ὁ Μάγνης. Haut

Euclide, « Les Éléments. Tome I »

éd. Presses universitaires de France, coll. Bibliothèque d’histoire des sciences, Paris

éd. Presses uni­ver­si­taires de France, coll. Bi­blio­thèque d’histoire des sciences, Pa­ris

Il s’agit des « Élé­ments » (« Ta Stoi­cheia »1) ou « En­sei­gne­ment élé­men­taire » (« Hê Stoi­cheiô­sis »2) d’Euclide d’Alexandrie3, cé­lèbre sa­vant grec, dont le nom est pour la géo­mé­trie ce qu’est le nom d’Einstein pour la phy­sique. La science grecque est es­sen­tiel­le­ment dé­duc­tive. C’est avec elle que l’esprit hu­main conçoit, pour la pre­mière fois, la pos­si­bi­lité de po­ser un pe­tit nombre de prin­cipes et d’en dé­duire un en­semble de vé­ri­tés qui en soient la consé­quence né­ces­saire. Les « Élé­ments » d’Euclide passent pour le mo­dèle du genre. Ils dé­butent par une liste d’« axiomes » (c’est-à-dire de prin­cipes que l’on de­mande au lec­teur d’admettre sans dé­mons­tra­tion), énon­cés de telle sorte qu’ils peuvent être ac­cep­tés par cha­cun ; tout en étant aussi peu nom­breux que pos­sible (en­vi­ron une di­zaine), ils suf­fisent à as­su­rer la construc­tion de tout l’édifice ma­thé­ma­tique. Dans une pre­mière lec­ture, l’on se­rait tenté de croire qu’Euclide est l’inventeur de ce genre de construc­tion. Il ne cite au­cun nom de pré­dé­ces­seur ; des pro­po­si­tions que nous dé­si­gnons sous les noms de « théo­rème de Py­tha­gore » ou « de Tha­lès » prennent place dans ses « Élé­ments » sans que soient rap­pe­lés ceux qui les ont énon­cées en pre­mier. Ce­pen­dant, Eu­clide a beau ne pas ci­ter ses sources, son œuvre dé­cèle une di­ver­sité d’inspirations qui ne trompe pas ; elle n’est pas et ne sau­rait être l’œuvre d’une seule in­tel­li­gence. Des géo­mètres plus an­ciens — Hip­po­crate de Chios4, Her­mo­time de Co­lo­phon5, Eu­doxe de Cnide6, Théé­tète d’Athènes7, Theu­dios de Ma­gné­sie8 — avaient écrit des « Élé­ments ». Le mé­rite d’Euclide est d’avoir réuni leurs dé­mons­tra­tions et sur­tout d’avoir com­posé un tout qui, par un en­chaî­ne­ment plus exact, fit ou­blier les ou­vrages écrits avant le sien, qui de­vint le plus im­por­tant sur cette ma­tière. Voici ce qu’en dit Pro­clus dans ses « Com­men­taires aux “Élé­ments” » : « En ras­sem­blant des “Élé­ments”, Eu­clide en a co­or­donné beau­coup d’Eudoxe, per­fec­tionné beau­coup de Théé­tète et évo­qué dans d’irréfutables dé­mons­tra­tions ceux que ses pré­dé­ces­seurs avaient mon­trés d’une ma­nière re­lâ­chée »

  1. En grec « Τὰ Στοιχεῖα ». Haut
  2. En grec « Ἡ Στοιχείωσις ». Haut
  3. En grec Εὐκλείδης. Au­tre­fois trans­crit Eu­clides. On l’a long­temps confondu avec Eu­clide de Mé­gare, phi­lo­sophe, « bien qu’ils n’aient pas été contem­po­rains et qu’ils aient dif­féré l’un de l’autre au­tant par leur genre d’esprit… que par la na­ture de leurs tra­vaux » (Louis Fi­guier). Haut
  4. En grec Ἱπποκράτης ὁ Χῖος. Par­fois trans­crit Hip­po­crate de Chio. À ne pas confondre avec Hip­po­crate de Cos, le cé­lèbre mé­de­cin, qui vé­cut à la même époque. Haut
  1. En grec Ἑρμότιμος ὁ Κολοφώνιος. Haut
  2. En grec Εὔδοξος ὁ Κνίδιος. Haut
  3. En grec Θεαίτητος ὁ Ἀθηναῖος. Haut
  4. En grec Θεύδιος ὁ Μάγνης. Haut

« De cent poètes un poème : poèmes »

éd. Publications orientalistes de France, Aurillac

éd. Pu­bli­ca­tions orien­ta­listes de France, Au­rillac

Il s’agit de l’anthologie « Ogura Hya­ku­nin Is­shu »1, plus connue sous le titre abrégé de « Hya­ku­nin Is­shu »2 (« De cent poètes un poème »3). Peu de re­cueils ont joui et jouissent tou­jours au Ja­pon d’une vogue égale à celle de l’anthologie « Hya­ku­nin Is­shu ». On en at­tri­bue la pa­ter­nité à l’aristocrate Fu­ji­wara no Teika. Dans un jour­nal qu’il a tenu tout au long de sa vie, le « Mei­getsu-ki »4 (« Jour­nal de la lune claire »5), en date du 27 mai 1235, Teika dit avoir cal­li­gra­phié cent mor­ceaux sur des pa­piers de cou­leur pour en dé­co­rer les cloi­sons mo­biles d’une mai­son de cam­pagne à Ogura. Le plus éton­nant est que ces cent poèmes ont fini par de­ve­nir le re­cueil fa­mi­lier de chaque mai­son ja­po­naise. Dès la fin du XVIIe siècle, en ef­fet, nous les voyons em­ployés comme livre pour édu­quer les jeunes filles, en même temps que comme jeu pour amu­ser la fa­mille en gé­né­ral. Ce jeu de « cartes poé­tiques » (« uta-ga­ruta »6) consiste à de­vi­ner la fin d’un poème que ré­cite un me­neur : « On prend pour cela un pa­quet de deux cents cartes [ti­rées du] “Hya­ku­nin Is­shu”. Cent de ces cartes portent, cha­cune, un poème dif­fé­rent — ce sont des “waka”, odes de trente et une syl­labes com­po­sées par des poètes et des poé­tesses cé­lèbres d’autrefois — et, en gé­né­ral, le por­trait de l’auteur : elles servent à la lec­ture à haute voix. Les cent autres cartes ne portent que les deux der­niers vers de chaque poème : elles servent au jeu pro­pre­ment dit. L’un des joueurs lit un “waka”, et les autres se penchent sur les cartes ran­gées à même le ta­tami ou natte de paille, en scru­tant le tas pour s’emparer ra­pi­de­ment de celle qui cor­res­pond au poème qu’on vient de lire », ex­plique M. Shi­geo Ki­mura

  1. En ja­po­nais « 小倉百人一首 ». Haut
  2. En ja­po­nais « 百人一首 ». Au­tre­fois trans­crit « Hya­kou-nin-is-syou » ou « Hya­kou­ninn-is­shou ». Haut
  3. Par­fois tra­duit « Cent poé­sies par cent poètes », « De cent hommes une poé­sie », « De cent hommes cha­cun un poème » ou « Col­lec­tion des cent poètes ». Haut
  1. En ja­po­nais « 明月記 », in­édit en fran­çais. Au­tre­fois trans­crit « Méig­hét­sou-ki ». Haut
  2. Par­fois tra­duit « Notes (jour­na­lières) de la claire lune ». Haut
  3. En ja­po­nais 歌がるた. Haut

« Kabir : une expérience mystique au-delà des religions »

éd. A. Michel, coll. Spiritualités vivantes, Paris

éd. A. Mi­chel, coll. Spi­ri­tua­li­tés vi­vantes, Pa­ris

Il s’agit de Ka­bîr1, sur­nommé « le tis­se­rand de Bé­na­rès », l’un des poètes les plus po­pu­laires de l’Inde, et l’un des fon­da­teurs de la lit­té­ra­ture hindi, bien qu’il n’ait peut-être ja­mais rien écrit (XVe-XVIe siècle apr. J.-C.). Non seule­ment il a em­ployé le hindi, mais il a in­sisté sur l’avantage de se ser­vir de cette langue orale, en s’élevant contre l’emploi du sans­crit et de toute autre langue sa­vante. Car, comme So­crate, Ka­bîr se mé­fiait de l’écriture, qui était pour lui une lettre morte, un si­mu­lacre, et ne ju­geait vraie que la pa­role in­té­rieure de l’âme : « Je n’ai ja­mais tou­ché », dit-il2, « ni encre, ni pa­pier. Ma main ja­mais n’a tenu de plume. La gran­deur des quatre âges, Ka­bîr la fait naître des pa­roles de sa bouche ». Sa re­nom­mée re­pose sur les cinq cents cou­plets (« do­hâs »3) et les cent stances (« pa­das »4) trans­crits par ses dis­ciples, et dont des mor­ceaux choi­sis fi­gurent dans le « Gou­rou Granth Sa­hib », le livre saint des si­khs. Ils se dis­tinguent par leur va­leur poé­tique, par leur conci­sion et in­ten­sité, mais aussi et sur­tout par la ren­contre des deux tra­di­tions is­la­mique et hin­doue. Fils illé­gi­time d’une veuve brah­mane, adopté par un tis­se­rand mu­sul­man, Ka­bîr rê­vait d’amalgamer hin­douisme et is­lam en une seule et même re­li­gion mys­tique. Lui-même se di­sait « l’enfant d’Allah et de Râma » et es­ti­mait que les deux tra­di­tions, mal­gré leurs noms dif­fé­rents, étaient des « pots de la même ar­gile »5. On ra­conte que lorsqu’il fut sur le point de mou­rir, les hin­douistes dé­cla­rèrent qu’il fal­lait le brû­ler ; les mu­sul­mans — qu’il fal­lait l’enterrer. Il s’éteignit re­cou­vert par son drap. Les deux par­tis, après d’interminables que­relles, fi­nirent par s’approcher du ca­davre et sou­le­vèrent le lin­ceul ; mais ils virent qu’il n’y avait que des fleurs, et pas de corps. Les hin­douistes prirent la moi­tié des fleurs, les brû­lèrent et éle­vèrent en cet en­droit un mau­so­lée. Les mu­sul­mans prirent l’autre moi­tié et construi­sirent un sanc­tuaire pour les y mettre. « Il y a donc aujourd’hui à Ma­ghar6 deux mo­nu­ments dé­diés à Ka­bîr », dit Mme Char­lotte Vau­de­ville7. « Dres­sés l’un à côté de l’autre, ils té­moignent de l’irréductible contra­dic­tion que le gé­nie même du ré­for­ma­teur de­vait être fi­na­le­ment im­puis­sant à ré­soudre. Tra­gique des­tin de ce pro­phète de l’unité ! »

  1. En hindi कबीर. Au­tre­fois trans­crit Ca­bir. Haut
  2. « Ka­bir : une ex­pé­rience mys­tique au-delà des re­li­gions », p. 151. Haut
  3. En hindi दोहा. Haut
  4. En hindi पद. Haut
  1. « Ka­bir : une ex­pé­rience mys­tique au-delà des re­li­gions », p. 95 & 11. Haut
  2. En hindi मगहर. Par­fois trans­crit Ma­ga­har. Ville si­tuée dans le dis­trict ac­tuel de Sant Ka­bîr Na­gar. Haut
  3. « Pré­face à “Au ca­ba­ret de l’amour : pa­roles de Ka­bîr” », p. 16. Haut