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Macrobe, « Commentaire au “Songe de Scipion”. Tome I »

éd. Les Belles Lettres, coll. des universités de France, Paris

éd. Les Belles Lettres, coll. des universités de France, Paris

Il s’agit du « Commentaire au “Songe de Scipion” » (« In “Somnium Scipionis” ») de Macrobe*, érudit et compilateur latin, le dernier en date des grands représentants du paganisme. Il vécut à la fin du IVe siècle et au commencement du Ve siècle apr. J.-C. Ce fut un des hommes les plus distingués de l’Empire romain, comme l’atteste le double titre de « clarissimus » et d’« illustris » que lui attribuent un certain nombre de manuscrits. En effet, si « clarissimus » n’indique que l’appartenance à l’ordre sénatorial, « illustris », lui, était réservé à une poignée de hauts fonctionnaires, exerçant de grandes charges. Tous ces emplois divers n’empêchèrent pas Macrobe de s’appliquer aux belles-lettres avec un soin extraordinaire. D’ailleurs, bien qu’à cette époque les beaux-arts et les sciences fussent déjà dans leur décadence, ils avaient encore néanmoins l’avantage d’être cultivés, plus que jamais, par les personnes les plus considérables de l’Empire — les consuls, les préfets, les préteurs, les gouverneurs des provinces et les principaux chefs des armées —, qui se faisaient gloire d’être les seuls refuges, les seuls remparts de la civilisation face au christianisme envahissant. Tels furent les Flavianus, les Albinus, les Symmaque, les Prétextatus, et autres païens convaincus, dont Macrobe faisait partie, et qu’il mettait en scène dans son œuvre en qualité d’interlocuteurs. L’un d’eux déclare : « Pour le passé, nous devons toujours avoir de la vénération, si nous avons quelque sagesse ; car ce sont ces générations qui ont fait naître notre Empire au prix de leur sang et de leur sueur — Empire que seule une profusion de vertus a pu bâtir »**. Voilà une profession de foi qui peut servir d’exergue à toute l’œuvre de Macrobe. Celle-ci est un compendium de la science et de la sagesse du passé, « un miel élaboré de sucs divers »***. On y trouve ce qu’on veut : des spéculations philosophiques, des notions grammaticales, une mine de bons mots et de traits d’esprit, une astronomie et une géographie abrégées. Il est vrai qu’on a reproché à Macrobe de n’y avoir mis que fort peu du sien ; de s’être contenté de rapporter les mots mêmes employés par les anciens auteurs. « Seul le vêtement lui appartient », dit un critique****, « tandis que le contenu est la propriété d’autrui ». C’est pour cela qu’Érasme l’appelle « la corneille d’Ésope, qui pastiche en se parant des plumes des autres oiseaux » (« Æsopicam corniculam, ex aliorum pannis suos contexuit centones ») ; et que Marc Antoine Muret lui applique spirituellement ce vers de Térence, dans un sens tout différent de celui qu’on a l’habitude de lui donner : « Je suis homme : en cette qualité, je crois avoir droit sur les biens de tous les autres hommes ».

* En latin Flavius Macrobius Ambrosius Theodosius. Haut

** « Saturnales », liv. III, ch. XIV, sect. 2. Haut

*** « Saturnales », liv. I, préf., sect. 5. Haut

**** Martin Schanz. Haut

Macrobe, « Les Saturnales »

éd. Les Belles Lettres, coll. La Roue à livres, Paris

éd. Les Belles Lettres, coll. La Roue à livres, Paris

Il s’agit des « Saturnales » (« Saturnalia ») de Macrobe*, érudit et compilateur latin, le dernier en date des grands représentants du paganisme. Il vécut à la fin du IVe siècle et au commencement du Ve siècle apr. J.-C. Ce fut un des hommes les plus distingués de l’Empire romain, comme l’atteste le double titre de « clarissimus » et d’« illustris » que lui attribuent un certain nombre de manuscrits. En effet, si « clarissimus » n’indique que l’appartenance à l’ordre sénatorial, « illustris », lui, était réservé à une poignée de hauts fonctionnaires, exerçant de grandes charges. Ces différents emplois n’empêchèrent pas Macrobe de s’appliquer aux belles-lettres avec un soin extraordinaire. D’ailleurs, bien qu’à cette époque les sciences et les arts fussent déjà dans leur décadence, ils avaient encore néanmoins l’avantage d’être cultivés, plus que jamais, par les personnes les plus considérables de l’Empire — les consuls, les préfets, les préteurs, les gouverneurs des provinces et les principaux chefs des armées —, qui se faisaient gloire d’être les seuls refuges, les seuls remparts de la civilisation face au christianisme envahissant. Tels furent les Flavianus, les Albinus, les Symmaque, les Prétextatus et autres païens convaincus, dont Macrobe faisait partie, et qu’il mettait en scène dans son œuvre en qualité d’interlocuteurs. L’un d’eux déclare : « Pour le passé, nous devons toujours avoir de la vénération, si nous avons quelque sagesse ; car ce sont ces générations qui ont fait naître notre Empire au prix de leur sang et de leur sueur — Empire que seule une profusion de vertus a pu bâtir »**. Voilà une profession de foi qui peut servir d’exergue à toute l’œuvre de Macrobe. Celle-ci est un compendium de la science et de la sagesse du passé, « un miel élaboré de sucs divers »***. On y trouve ce qu’on veut : des spéculations philosophiques, des notions grammaticales, une mine de bons mots et de traits d’esprit, une astronomie et une géographie abrégées. Il est vrai qu’on a reproché à Macrobe de n’y avoir mis que fort peu du sien ; de s’être contenté de rapporter les mots mêmes employés par les anciens auteurs. « Seul le vêtement lui appartient », dit un critique****, « tandis que le contenu est la propriété d’autrui ». C’est pour cela qu’Érasme l’appelle « la corneille d’Ésope, qui pastiche en se parant des plumes des autres oiseaux » (« Æsopicam corniculam, ex aliorum pannis suos contexuit centones ») ; et que Marc Antoine Muret lui applique spirituellement ce vers de Térence, dans un sens tout différent de celui qu’on a l’habitude de lui donner : « Je suis homme : en cette qualité, je crois avoir droit sur les biens de tous les autres hommes ».

* En latin Flavius Macrobius Ambrosius Theodosius. Haut

** « Saturnales », liv. III, ch. XIV, sect. 2. Haut

*** « Saturnales », liv. I, préf., sect. 5. Haut

**** Martin Schanz. Haut

« Sentences de Publius Syrus »

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit des « Sentences du mime Publilius Syrus » (« Publilii Syri mimi Sententiæ »). J’imagine que beaucoup de lecteurs, même parmi les amateurs des lettres latines, n’ont jamais entendu parler de Publilius Syrus*. Et pourtant, le nom de cet auteur de comédies bouffonnes nous est venu escorté des éloges de la postérité ; car quatre siècles après sa mort, on le faisait lire encore dans les écoles publiques, pour initier la jeunesse aux beautés de la langue latine. Au dire de saint Jérôme, Publilius « régna sur la scène de Rome » (« Romæ scenam tenet ») de César à Auguste, et sa renommée fut loin de périr avec lui. Sénèque lui fait plusieurs emprunts et revient souvent sur ses qualités : c’est, dit-il**, « un poète plus vigoureux que les tragiques et les comiques, quand il renonce aux plates bouffonneries du mime et aux mots faits pour le public des [derniers] gradins ». « Combien de vers », écrit-il ailleurs***, « d’une frappe admirable, enfouis dans la collection de nos mimes ! Que de pensées de Publilius qui devraient avoir pour interprètes non des pitres déchaussés, mais des tragédiens en cothurnes ! » (Les acteurs de comédies bouffonnes jouaient pieds nus.) Macrobe et Aulu-Gelle, qui ont le plus contribué, avec Sénèque, à nous conserver ces « Sentences », ne les vantent pas moins que lui. Pétrone, qui en admire l’auteur jusqu’à le mettre en parallèle avec Cicéron, n’accorde à ce dernier que la supériorité de l’éloquence : « Je crois », dit-il, « que Publilius était plus honnête » (« honestiorem fuisse »). Enfin, La Bruyère a semé dans ses « Caractères », qui sont sans contredit l’un des plus beaux ouvrages que nous ayons en langue française, la meilleure partie de ces « Sentences » : il en a traduit quelques-unes, il a donné aux autres un peu plus d’étendue, en les présentant sous plusieurs angles différents. Je n’en rapporterai ici que deux exemples. 1o Publilius : « La crainte de la mort est plus cruelle que la mort elle-même » (« Mortem timere crudelius est quam mori »). La Bruyère : « Il est plus dur d’appréhender la mort que de la souffrir ». 2o Publilius : « La vie, par elle-même, est courte, mais les malheurs la rendent bien longue » (« Brevis ipsa vita est, sed malis fit longior »). La Bruyère : « La vie est courte, si elle ne mérite ce nom que lorsqu’elle est agréable ».

* On rencontre aussi les graphies Publius Syrus, Publilius Lochius et Publianus, dit Publian. Haut

** « Entretiens », liv. IX, ch. 11, sect. 8. Haut

*** « Lettres à Lucilius », lettre VIII, sect. 8. Haut

le marquis de Ville, « Les Mémoires du voyage au Levant, ou l’Histoire curieuse du siège de Candie. Tome II »

XVIIᵉ siècle

XVIIe siècle

Il s’agit d’une relation italienne de la guerre de Candie (XVIIe siècle). Durant ses vingt-deux ans de siège, le destin de la principale cité de Crète, Candie — attaquée, d’un côté, avec une fureur extrême par les Ottomans et défendue, de l’autre, avec une constance égale par la République de Venise — fixa l’attention de l’Europe et du monde entier, comme en témoignent les abondantes productions imprimées relatives à l’événement. « À l’instar du siège de Vienne… cette guerre sut réveiller quelque vieux rêve de chrétienté, au cœur même d’États pourtant attelés principalement à la défense de leurs intérêts. »* Une aventure singulière, et qui tient presque du roman, attira les armes sur Candie. En 1644, six galères de Malte s’étaient emparées d’un grand vaisseau turc et étaient venues, avec leur prise, mouiller dans un petit port crétois où les autorités vénitiennes eurent l’imprudence de les recevoir. Ce vaisseau turc emmenait, à destination de la Mecque, des pèlerins, des négociants, des soldats, des hommes d’équipage et trente femmes, dont une vieille nourrice du sultan. Ce dernier, apprenant la nouvelle, ne voulut rien moins que faire jeter dans la mer le rocher de Malte. Ses vizirs, plus sages, lui rappelèrent que ce rocher inaccessible avait été l’écueil où s’étaient brisées les ambitions de ses prédécesseurs. Alors, le sultan fit tomber sa colère sur les Vénitiens ; il leur reprocha d’avoir, malgré les traités de paix, reçu dans leur port la prise faite par les Maltais. Il fit faire à sa flotte des préparatifs immenses ; et au mois de mai 1645, 416 navires portant une armée de 50 000 hommes abordèrent en Crète. « De m’imaginer qu’un empire qui est composé de plusieurs empires et de plusieurs royaumes… n’[ait] pour principal objet que [de] recouvrer une vieille nourrice qui, même dans sa jeunesse, ne fut jamais belle (car j’ai vu un homme qui l’a vue depuis huit jours), c’est ce que je trouve… grotesque », s’exclame Madeleine de Scudéry en rapportant cette histoire

* Özkan Bardakçı et François Pugnière, « La Dernière Croisade ». Haut

le marquis de Ville, « Les Mémoires du voyage au Levant, ou l’Histoire curieuse du siège de Candie. [Tome I] »

XVIIᵉ siècle

XVIIe siècle

Il s’agit d’une relation italienne de la guerre de Candie (XVIIe siècle). Durant ses vingt-deux ans de siège, le destin de la principale cité de Crète, Candie — attaquée, d’un côté, avec une fureur extrême par les Ottomans et défendue, de l’autre, avec une constance égale par la République de Venise — fixa l’attention de l’Europe et du monde entier, comme en témoignent les abondantes productions imprimées relatives à l’événement. « À l’instar du siège de Vienne… cette guerre sut réveiller quelque vieux rêve de chrétienté, au cœur même d’États pourtant attelés principalement à la défense de leurs intérêts. »* Une aventure singulière, et qui tient presque du roman, attira les armes sur Candie. En 1644, six galères de Malte s’étaient emparées d’un grand vaisseau turc et étaient venues, avec leur prise, mouiller dans un petit port crétois où les autorités vénitiennes eurent l’imprudence de les recevoir. Ce vaisseau turc emmenait, à destination de la Mecque, des pèlerins, des négociants, des soldats, des hommes d’équipage et trente femmes, dont une vieille nourrice du sultan. Ce dernier, apprenant la nouvelle, ne voulut rien moins que faire jeter dans la mer le rocher de Malte. Ses vizirs, plus sages, lui rappelèrent que ce rocher inaccessible avait été l’écueil où s’étaient brisées les ambitions de ses prédécesseurs. Alors, le sultan fit tomber sa colère sur les Vénitiens ; il leur reprocha d’avoir, malgré les traités de paix, reçu dans leur port la prise faite par les Maltais. Il fit faire à sa flotte des préparatifs immenses ; et au mois de mai 1645, 416 navires portant une armée de 50 000 hommes abordèrent en Crète. « De m’imaginer qu’un empire qui est composé de plusieurs empires et de plusieurs royaumes… n’[ait] pour principal objet que [de] recouvrer une vieille nourrice qui, même dans sa jeunesse, ne fut jamais belle (car j’ai vu un homme qui l’a vue depuis huit jours), c’est ce que je trouve… grotesque », s’exclame Madeleine de Scudéry en rapportant cette histoire

* Özkan Bardakçı et François Pugnière, « La Dernière Croisade ». Haut

Marc Aurèle, « Pensées »

éd. Les Belles Lettres, coll. des universités de France, Paris

éd. Les Belles Lettres, coll. des universités de France, Paris

Il s’agit des « Pensées » de Marc Aurèle* (IIe siècle apr. J.-C.). Nul empereur romain n’eut plus à cœur le bien public que Marc Aurèle ; nul prince italien n’apporta plus d’ardeur et plus d’application à l’accomplissement de ses devoirs. Sa vie bienfaisante se passa tout entière dans de cruelles épreuves. Il eut à apaiser, à l’intérieur, des révoltes sans cesse renaissantes ; il vit la peste dévaster les provinces les plus florissantes de l’Italie ; il épuisa ses forces à lutter contre les Germains dans des campagnes sans victoire décisive ; il mourut avec le funeste pressentiment de l’inévitable catastrophe dont les peuples barbares menaçaient l’Empire. À mesure qu’il s’avança en âge, et que son corps s’affaissa sous les responsabilités, il ressentit de plus en plus le besoin de s’interroger dans sa conscience et en lui-même ; de méditer au jour le jour sous l’impression directe des événements ou des souvenirs ; de se fortifier en reprenant contact avec les quatre ou cinq principes où se concentraient ses convictions. « Comme les médecins ont toujours sous la main leurs appareils et leurs trousses pour les soins à donner d’urgence, de même [je] tiens toujours prêts les principes grâce auxquels [je] pourrai connaître les choses divines et humaines », dit-il dans un passage admirable**. Ce fut au cours de ses toutes dernières expéditions que, campé sur les bords sauvages du Danube, profitant de quelques heures de loisir, il rédigea en grec, en soliloque avec lui-même, les pages immortelles des « Pensées » qui ont révélé sa belle âme, sa vertu austère, sa profonde mélancolie. « À soi-même » (« Ta eis heauton »***) : tel est le véritable titre de son ouvrage. « Jamais on n’écrivit plus simplement pour soi, à seule fin de décharger son cœur, sans autre témoin que Dieu. Pas une ombre de système. Marc Aurèle, à proprement parler, n’a pas de philosophie ; quoiqu’il doive presque tout au stoïcisme transformé par l’esprit romain, il n’est d’aucune école », dit Ernest Renan****. En effet, la philosophie de Marc Aurèle ne repose sur autre chose que sur la raison. Elle résulte du simple fait d’une conscience morale aussi vaste, aussi étendue que l’Empire auquel elle commande. Son thème fondamental, c’est le rattachement de l’homme, si chancelant et si passager, à l’univers perpétuel et divin, à la « chère cité de Zeus » (« polis philê Dios »*****) — rattachement qui lui révèle le devoir de la vertu et qui l’associe à l’œuvre magnifiquement belle, souverainement juste de la création : « Je m’accommode de tout ce qui peut t’accommoder, ô monde !… Tout est fruit pour moi de ce que produisent tes saisons, ô nature ! Tout vient de toi, tout est en toi, tout rentre en toi »******. Et plus loin : « Ma cité et ma patrie, en tant qu’Antonin, c’est Rome ; en tant qu’homme, c’est le monde »*******. Comme Hamlet devant le crâne, Marc Aurèle se demande ce que la nature a fait des os d’Alexandre et de son muletier. Il a des images et des trivialités shakespeariennes pour peindre l’inanité des choses : « Dans un instant, tu ne seras plus que cendre ou squelette, et un nom — ou plus même un nom… un vain bruit, un écho ! Ce dont on fait tant de cas dans la vie, c’est du vide, pourriture, mesquineries, chiens qui s’entre-mordent »********.

* En latin Marcus Aurelius Antoninus. Autrefois transcrit Marc Antonin. Haut

** liv. III, ch. 11. Haut

*** En grec « Τὰ εἰς ἑαυτόν ». Haut

**** « Marc-Aurèle et la Fin du monde antique », p. 262. Haut

***** En grec « πόλις φίλη Διός ». Haut

****** liv. IV, ch. 23. Haut

******* liv. VI, ch. 44. Haut

******** liv. V, ch. 33. Haut

Térence, « Les Comédies »

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit des « Comédies »* de Térence**, dramaturge latin, qui naquit dans la condition la plus vile et la plus détestable — celle d’esclave. Sans famille et sans nom, il était désigné sous le surnom d’Afer (« l’Africain »), ce qui permet de supposer qu’il était Carthaginois de naissance. Cependant, la pureté de son langage — pureté admirée par ses contemporains — prouve que, s’il n’est pas né à Rome, il y fut amené dès sa plus tendre enfance. Acheté ou reçu en présent par un riche sénateur, Terentius Lucanus, il fut élevé par ce dernier avec un grand soin et affranchi de bonne heure. Cet acte généreux porta bonheur à Terentius Lucanus. Le nom du jeune affranchi, Térence, rendit immortel celui du vieux maître. C’était le IIe siècle av. J.-C. — le siècle où, selon le mot d’Horace, « la Grèce, vaincue par les armes, triomphait de ses vainqueurs par ses charmes et portait les arts dans la sauvage Italie »***. La culture grecque était plus que jamais à l’honneur. Térence y fut initié, comme tous les brillants aristocrates qui fréquentaient la maison sénatoriale. Ce sont eux sans doute qui l’encouragèrent vers la carrière littéraire, où ses goûts et ses talents l’entraînaient. Il se tourna donc vers le genre de la comédie athénienne, et surtout de la comédie nouvelle, appelée la « palliata ». Ses six pièces sont toutes imitées de Ménandre et d’Apollodore de Caryste ; elles sont grecques par l’intrigue, par la pensée, par le caractère des personnages, par le titre même. Après les avoir données sur le théâtre de Rome, Térence partit pour la Grèce afin d’étudier d’encore plus près les mœurs de cette contrée dont il reproduisait l’esprit sur la scène. Combien de temps dura ce voyage ? Térence parvint-il à Athènes ? On l’ignore. Ce qu’il y a de certain, c’est qu’il ne revint jamais. Et comme on veut toujours donner quelque cause extraordinaire à la disparition d’un grand personnage, on n’a pas manqué d’attribuer celle de Térence au chagrin que lui aurait causé la perte de cent huit manuscrits lors d’un naufrage : recueilli par de pauvres gens, le rescapé serait tombé malade, et le chagrin aurait hâté sa dernière heure.

* En latin « Comœdiæ ». Haut

** En latin Publius Terentius Afer. Autrefois transcrit Thérence. Haut

*** « Épîtres », liv. II, poème 1, v. 156-157. Haut

Catulle, « Les Poésies »

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit de Catulle*, poète latin (Ie siècle av. J.-C.), qui s’est essayé dans tous les genres, devançant Virgile dans l’épopée, Horace dans l’ode, Ovide, Tibulle, Properce dans l’élégie amoureuse, Martial dans l’épigramme et ce que nous appelons la poésie légère. Sous un air de simplicité extrême, et ne formant pas cent pages, son petit livre, ce « nouvel enfant d’une muse badine » comme il l’appelle**, est une annonce complète, une sorte de prélude à toute la poésie du siècle d’Auguste. On se figure généralement que les Romains de cette époque étaient le peuple le plus policé de l’Antiquité ; c’est une erreur grave, que les poésies de Catulle suffiraient au besoin pour démentir. Enrichis tout à coup par les dépouilles des peuples qu’ils avaient conquis, les Romains passèrent, sans transition, de la discipline sévère des camps aux dérèglements des débauches, des festins, de toutes les dépenses, et aux excès les plus crapuleux. Salluste écrit*** : « Dès que les richesses eurent commencé à être honorées… la vertu perdit son influence, la pauvreté devint un opprobre, et l’antique simplicité fut regardée comme une affectation malveillante. Par les richesses, on a vu se répandre parmi notre jeunesse, avec l’orgueil, la débauche et la cupidité ; puis… la prodigalité de son patrimoine, la convoitise de la fortune d’autrui, l’entier mépris de l’honneur, de la pudicité, des choses divines et humaines… Les hommes se prostituaient comme des femmes, et les femmes affichaient leur impudicité ». C’est au milieu de cette société mi-barbare, mi-civilisée que vécut notre poète. Ami de tous les plaisirs et de la bonne chère, joyeux viveur de la grande ville. amant volage de ces beautés vénales pour lesquelles se ruinait la jeunesse d’alors, il se vit obligé de mettre en gage ses biens pour s’adonner aux charmes dangereux de la passion amoureuse. Dans un morceau célèbre, tout à coup il s’interrompt et se reproche le mauvais usage qu’il fait de ses loisirs. Il se dit à lui-même : « Prends-y garde, Catulle, [tes loisirs] te seront funestes. Ils ont pris trop d’empire sur ton âme. N’oublie pas qu’ils ont perdu les rois et les empires »

* En latin Gaius Valerius Catullus. Haut

** p. 3. Haut

*** « Conjuration de Catilina », ch. 12. Haut

« Commentaire sur la “Loi des douze tables”. Tome II »

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit des « Lois des douze tables » (« Leges duodecim tabularum »), un des monuments les plus curieux du droit romain (Ve siècle av. J.-C.). Les Romains furent naturellement des législateurs. Leur génie politique, leur souci de la règle, les particularités de leur histoire intérieure les poussèrent à ce rôle qu’ils remplirent admirablement. Les « Lois des douze tables » furent chez eux leurs premières lois. On les connaît aussi sous le nom de « Lois décemvirales » (« Leges decemvirales »), parce que la compilation en avait été faite par les soins et l’autorité de dix magistrats appelés « décemvirs ». Voici comment cela arriva. Il se trouva à Rome un certain Hermodore d’Éphèse*, ami d’Héraclite. Il persuada les Romains de traduire les lois de Solon et de les adapter à l’usage de la République. Pour cela, le peuple romain créa les « décemvirs » ; et un an après être entrés en fonction, ils firent graver lesdites lois sur dix tables, qu’on exposa dans le Forum. L’année suivante, comme il y manquait quelque chose pour une jurisprudence achevée, de nouveaux « décemvirs » en firent deux autres qui, ajoutées aux dix premières, formèrent la législation des « Lois des douze tables ». Telle fut l’origine de ce monument primitif du droit romain ; de ces lois fondamentales nommées, par excellence, la « Loi » (« Lex ») ; de cette « leçon indispensable » (« carmen necessarium »**) qu’on faisait apprendre par cœur aux enfants, et dans laquelle plusieurs auteurs sérieux — Tite-Live, Cicéron, Denys d’Halicarnasse, Diodore de Sicile — crurent voir un chef-d’œuvre.

* En grec Ἑρμόδωρος. Haut

** Cicéron, « Traité des lois » (« De legibus »), liv. II, sect. 59. Haut

« Commentaire sur la “Loi des douze tables”. Tome I »

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit des « Lois des douze tables » (« Leges duodecim tabularum »), un des monuments les plus curieux du droit romain (Ve siècle av. J.-C.). Les Romains furent naturellement des législateurs. Leur génie politique, leur souci de la règle, les particularités de leur histoire intérieure les poussèrent à ce rôle qu’ils remplirent admirablement. Les « Lois des douze tables » furent chez eux leurs premières lois. On les connaît aussi sous le nom de « Lois décemvirales » (« Leges decemvirales »), parce que la compilation en avait été faite par les soins et l’autorité de dix magistrats appelés « décemvirs ». Voici comment cela arriva. Il se trouva à Rome un certain Hermodore d’Éphèse*, ami d’Héraclite. Il persuada les Romains de traduire les lois de Solon et de les adapter à l’usage de la République. Pour cela, le peuple romain créa les « décemvirs » ; et un an après être entrés en fonction, ils firent graver lesdites lois sur dix tables, qu’on exposa dans le Forum. L’année suivante, comme il y manquait quelque chose pour une jurisprudence achevée, de nouveaux « décemvirs » en firent deux autres qui, ajoutées aux dix premières, formèrent la législation des « Lois des douze tables ». Telle fut l’origine de ce monument primitif du droit romain ; de ces lois fondamentales nommées, par excellence, la « Loi » (« Lex ») ; de cette « leçon indispensable » (« carmen necessarium »**) qu’on faisait apprendre par cœur aux enfants, et dans laquelle plusieurs auteurs sérieux — Tite-Live, Cicéron, Denys d’Halicarnasse, Diodore de Sicile — crurent voir un chef-d’œuvre.

* En grec Ἑρμόδωρος. Haut

** Cicéron, « Traité des lois » (« De legibus »), liv. II, sect. 59. Haut

Lucrèce, « Œuvres complètes. De la Nature des choses »

XIXe siècle

Il s’agit du « De rerum Natura » (« De la Nature des choses ») de Lucrèce*, poète latin qui avait l’ambition de pénétrer dans les secrets de l’Univers et de nous y faire pénétrer avec lui ; de fouiller dans cette immensité pour faire voir que tout ce qui s’accomplit autour de nous, tout phénomène physique est la conséquence de lois simples, parfaitement immuables ; d’établir, enfin, d’une puissante façon les atomes comme premiers principes de la nature, en faisant table rase des fictions religieuses et des superstitions (Ier siècle av. J.-C.). Ni le titre, ni le sujet du « De rerum Natura » ne sont de Lucrèce ; ils appartiennent proprement à Épicure. Lucrèce, tout charmé par les découvertes que ce savant grec avait faites dans son « Peri physeôs »** (« De la Nature »), a joint aux systèmes de ce penseur l’agrément et la force des expressions ; il a enduit, comme il dit, la vérité amère des connaissances avec « la jaune liqueur du doux miel » de la poésie : « Et certes, je ne me cache pas », ajoute-t-il***, « qu’il est difficile de rendre claires, dans des vers latins, les obscures découvertes des Grecs — surtout maintenant qu’il va falloir créer tant de termes nouveaux, à cause de l’indigence de notre langue et de la nouveauté du sujet. Mais ton mérite et le plaisir que me promet une amitié si tendre, me persuadent d’entreprendre le plus pénible travail et m’engagent à veiller dans le calme des nuits, cherchant par quelles paroles, par quels vers enfin je pourrai faire luire à tes yeux une vive lumière qui t’aide à voir sous toutes leurs faces nos mystérieux problèmes ».

* En latin Titus Lucretius Carus. Haut

** En grec « Περὶ φύσεως ». Haut

*** p. 65. Haut

Ovide, « Les Élégies d’Ovide, pendant son exil. Tome II »

XVIIIᵉ siècle

XVIIIe siècle

Il s’agit des « Pontiques »* d’Ovide**. En l’an 8 apr. J.-C., alors que sa carrière paraissait plus assurée et plus confortable que jamais, Ovide fut exilé à Tomes***, sur la mer Noire, à l’extrême limite de l’Empire. Quelle fut la cause de son exil, et quelle raison eut l’Empereur Auguste de priver Rome et sa Cour d’un si grand poète, pour le confiner dans les terres barbares ? C’est ce que l’on ignore, et ce qu’apparemment on ignorera toujours. « Sa faute capitale fut d’avoir été témoin de quelque action secrète qui intéressait la réputation de l’Empereur, ou plutôt de quelque personne qui lui était bien chère : c’est… sur quoi nos savants… qui veulent à quelque prix que ce soit deviner une énigme de dix-sept siècles, se trouvent fort partagés », explique le père Jean-Marin de Kervillars****. Mais laissons de côté les hypothèses innombrables et inutiles. Il suffit de savoir que, dans ses malheurs, Ovide ne trouva pas d’autre ressource que sa poésie, et qu’il l’employa tout entière à fléchir la colère de l’Empereur : « On ne peut manquer d’avoir de l’indulgence pour mes écrits », écrit notre poète*****, « quand on saura que c’est précisément dans le temps de mon exil et au milieu de la barbarie qu’ils ont été faits. L’on s’étonnera même que, parmi tant d’adversités, j’aie pu tracer un seul vers de ma main… Je n’ai point ici de livres qui puissent ranimer ma verve et me nourrir au travail : au lieu de livres, je ne vois que des arcs toujours bandés ; et je n’entends que le bruit des armes qui retentit de toutes parts… Ô Prince le plus doux et le plus humain qui soit au monde… ! Sans le malheur qui m’est arrivé sur la fin de mes jours, l’honneur de votre estime m’aurait mis à couvert de tous les mauvais bruits. Oui, c’est la fin de ma vie qui m’a perdu ; une seule bourrasque a submergé ma barque échappée tant de fois du naufrage. Et ce n’est pas seulement quelques gouttes d’eau qui ont rejailli sur moi ; tous les flots de la mer et l’océan tout entier sont venus fondre sur une seule tête et m’ont englouti ». Il est étonnant que les critiques n’aient pas fait de ces pages poignantes le cas qu’elles méritent. Aux prières adressées à un pouvoir implacable, Ovide mêle la lamentation d’un homme perdu loin des siens, loin d’une civilisation dont il était naguère le plus brillant représentant. Itinéraire du souvenir, de la nostalgie, des heures vides, son cheminement touchera tous ceux que l’effet de la fortune ou les vicissitudes de la guerre auront arrachés à leur patrie.

* En latin « Epistulæ ex Ponto » ou « Ponticæ Epistolæ ». Haut

** En latin Publius Ovidius Naso. Haut

*** Aujourd’hui Constanța, en Roumanie. Haut

**** « Tome I », p. X. Haut

***** id. p. 273-275 & 107 & 115. Haut

Quinte-Curce, « Œuvres complètes »

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit de l’« Histoire d’Alexandre le Grand » (« Historia Alexandri Magni »)*, l’unique œuvre de Quinte-Curce** (Ier siècle apr. J.-C.). On dit que la lecture de « L’Iliade » charmait si fort Alexandre le Grand, qu’à peine arrivé en Asie Mineure, il s’arrêta sur la tombe d’Achille et s’écria : « Heureux jeune homme qui as trouvé un Homère pour chanter ta valeur ! »*** Le célèbre conquérant peut toutefois se consoler de n’avoir pas eu, comme Achille, un Homère pour chantre de ses exploits, puisqu’il a trouvé, parmi les Latins, un historien de sa vie tel que Quinte-Curce. Ce biographe a l’avantage d’être un auteur de premier rang qui, indépendamment des multiples détails qu’il a puisés à des sources plus anciennes, nous montre une beauté de coloris, une inspiration d’ensemble, un relief que n’ont pas les autres historiens de la latinité : « Une page de Quinte-Curce vaut mieux que trente de Tacite », dit un critique****. « J’en puis juger, car je l’ai autant manié qu’[un] homme de France ; j’en ai là-dedans un [exemplaire] où il n’y a ligne que je n’aie marquée… Quinte-Curce est le premier de la latinité : si poli, si… clair et intelligible. » J’ajouterai que Quinte-Curce est inégalable dans toutes les harangues et allocutions qu’il a prêtées aux héros de son ouvrage. À peine peut-on s’imaginer qu’elles sont de sa propre invention, et nous les trouvons si ajustées aux personnes qui les prononcent, qu’elles passent dans notre esprit pour une copie exécutée sur le véritable original de Callisthènes, d’Onésicrite, de Néarque ou de quelque autre parmi les chroniqueurs compagnons d’Alexandre. Celle-ci, par exemple :

« Alexandre fait asseoir ses amis tout près de lui, pour éviter de rouvrir, par quelque effort de voix, sa blessure à peine cicatrisée. Dans sa tente étaient Héphestion, Cratère et Érigyius, avec ses gardes… “Si nous passons le Tanaïs”, leur dit-il, “si… nous montrons que partout nous sommes invincibles, qui doutera alors que l’Europe même soit ouverte à nos conquêtes ? Ce serait se tromper que de mesurer la gloire qui nous attend, à l’espace que nous avons à franchir. Ce n’est qu’un fleuve ; mais si nous le passons, nous portons nos armes en Europe. Et de quel prix n’est-il pas pour nous, pendant que nous conquérons l’Asie… de réunir entre elles tout d’un coup, par une seule victoire, des contrées que la nature semble avoir séparées par de si lointains espaces ?” »

* Également connu sous le titre de « De la vie et des actions d’Alexandre le Grand » (« De rebus gestis Alexandri Magni »). Haut

** En latin Quintus Curtius Rufus. Parfois transcrit Quinte Curse. Haut

*** Dans Cicéron, « Plaidoyer pour Archias » (« Pro Archia »), sect. 24. Haut

**** Le cardinal Jacques Davy du Perron. Haut