Mot-clefouvrages pour la jeunesse

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Viṣṇuśarmâ (Bidpaï), « Les Cinq Livres de la sagesse, “Pañcatantra” »

éd. Ph. Picquier, Arles

éd. Ph. Picquier, Arles

Il s’agit du « Pañcatantra »* (« Les Cinq Livres »), ensemble de contes, où les ruses les plus habiles et les pensées les plus délicates sont l’apanage des animaux. « Dans un pays [comme l’Inde] où parmi les croyances se trouve le dogme de la métempsychose — où l’on attribue aux animaux une âme semblable à celle de l’homme — il était naturel de leur prêter les idées et les passions de l’espèce humaine et de leur en supposer le langage », dit un indianiste**. On ne peut, en effet, refuser d’admettre que les Hindous jouissent dans la fable animalière d’une supériorité par la physionomie toute particulière qu’ils ont donnée à ce genre. Chez eux, au lieu d’être un récit isolé, employé comme simple exemple, la fable est un traité complet de politique et de morale, où les récits s’entrelacent les uns dans les autres, de sorte qu’un récit commencé donne lieu, avant qu’il ne soit fini, à un second récit, bientôt interrompu lui-même par un troisième, et celui-ci par un quatrième ; le tout en prose et en vers. Parmi les traités en sanscrit de cette sorte, le « Pañcatantra » est le plus remarquable qui soit parvenu jusqu’à nous. Cet ouvrage, que les Persans ont traduit dès le VIe siècle apr. J.-C. sous le titre de « Kalila et Dimna », est dû à un sage de l’Inde dénommé Viṣṇuśarmâ***, lequel est représenté à la fois comme narrateur des contes et comme auteur du livre. Les Persans l’ont surnommé Bidpaï ou Pilpaï (Pilpay chez La Fontaine), surnom fort obscur, car tous les essais pour le ramener à quelque forme sanscrite n’ont abouti qu’à des conjectures.

* En sanscrit « पञ्चतन्त्र ». Autrefois transcrit « Pantcha-tantra », « Panchatantra » ou « Pantschatantra ». Haut

** Auguste Loiseleur-Deslongchamps. Haut

*** En sanscrit विष्णुशर्मा. Parfois transcrit Wichnou-sarma, Vichnou Sçarma, Visnu Sharma ou Vishnusharma. On rencontre aussi la graphie विष्णुशर्मन् (Viṣṇuśarman). Parfois transcrit Vishnou-Charman. Haut

Malot, « Un Beau-frère »

XIXe siècle

Il s’agit d’« Un Beau-frère » d’Hector Malot, romancier français (XIXe siècle), dont la grande malchance fut d’avoir surgi entre Balzac et Zola, deux génies qui firent de l’ombre au sien. « Mais par la puissance de son observation, par sa compréhension de la vie, ses lumineuses et fécondes idées d’équité, de vérité et d’humanité, par l’habile enchaînement de ses récits… il est leur égal à tous deux », dit une journaliste*, « et la postérité — si elle est juste et si elle en a le loisir — le mettra à sa véritable place, sur le même sommet qu’occupent l’historien de la “Comédie humaine” et celui des “Rougon-Macquart”. Et puis, quel ferme et superbe caractère que Malot ! Quel désintéressement ! » Malot naquit en 1830 près de Rouen. Son père, qui était notaire, le destinait à la même carrière. C’est miracle que les manuels de jurisprudence qu’il faisait avaler à son fils ne l’aient pas à jamais dégoûté de la lecture. Heureusement, dans un grenier de la maison, jetés en tas, se trouvaient de vieux classiques, qu’avait relégués là leur couverture usée : le « Roland furieux » de l’Arioste ; le « Gil Blas » de Lesage ; un Molière complet ; un tome de Racine. Et ceux-là, un jour que Malot en avait ouvert un au hasard, l’empêchèrent de croire que tous les livres étaient des manuels de jurisprudence. « Combien d’heures », dit-il**, « ils m’ont fait passer sous l’ardoise surchauffée ou glacée, charmé, ravi, l’esprit éveillé, l’imagination allumée par une étincelle qui ne s’est pas éteinte ! Sans eux, aurais-je jamais fait des romans ? Je n’en sais rien. Mais ce que je sais bien, c’est qu’ils m’ont donné l’idée d’en écrire pour ceux qui pouvaient souffrir, comme je l’avais souffert moi-même, le supplice des livres ennuyeux. »

* Séverine (pseudonyme de Caroline Rémy) dans Cim, « Le Dîner des gens de lettres », p. 23. Haut

** « Le Roman de mes romans », p. 24-25. Haut

Rosny, « Nell Horn de l’Armée du Salut »

éd. Classiques Garnier, coll. Bibliothèque de littérature du XXe siècle, Paris

Il s’agit de « Nell Horn de l’Armée du Salut » de Joseph-Henri Rosny. Sous le pseudonyme de Rosny se masque la collaboration littéraire entre deux frères : Joseph-Henri-Honoré Boëx et Séraphin-Justin-François Boëx. Ils naquirent, l’aîné en 1856, le jeune en 1859, d’une famille française, hollandaise et espagnole installée en Belgique. Ces origines diverses, leur instinct de curiosité, un âpre amour de la lutte — les Rosny étaient d’une rare vigueur musculaire —, leur hantise de la préhistoire, et jusque la fascination qu’exerçaient sur eux les terres inhospitalières et sauvages, firent naître chez eux le rêve de rejoindre les tribus indiennes qui hantaient encore les étendues lointaines du Canada. Londres d’abord et Paris ensuite n’étaient dans leur tête qu’une escale ; mais le destin les y fixa pour la vie et fit d’eux des prisonniers de ces villes titanesques que les Rosny allaient fouiller en profondeur, avec toute la passion que suscitent des contrées inconnues, des contrées humaines et brutales. Ils pénétrèrent dans les faubourgs sordides ; ils connurent les fournaises, les usines, les fabriques farouches et repoussantes, crachant leurs noires fumées dans le ciel, les dépotoirs à perte de vue, autour desquels grouillaient des hommes de fer et de feu. Cette vision exaltait les Rosny jusqu’aux larmes : « Le front contre sa vitre, il contemplait le faubourg sinistre, les hautes cheminées d’usine, avec l’impression d’une tuerie lente et invincible. Aurait-on le temps de sauver les hommes ?… De vastes espérances ba­layaient cette crainte »*. À jamais égarés des tribus indiennes, les regrettant de tout cœur, les Rosny se consolèrent en créant une poétique des villes, à laquelle on doit leurs meilleures pages. L’impression qu’un autre tire d’une forêt vierge, d’une savane, d’une jungle, d’un abîme d’herbes, de ramures et de fauves, ils la tirèrent, aussi vierge, du remous de la civilisation industrielle. Le sifflement des sirènes, le retentissement des enclumes, la rumeur des foules devint pour eux un bruit aussi religieux que l’appel des cloches. L’aspect féroce, puissant des travailleurs, à la sortie des ateliers, leur évoqua les temps primitifs où les premiers hommes se débattaient dans des combats violents contre les forces élémentaires de la nature. Dans leurs romans sociaux, qui rejoignent d’ailleurs leurs récits préhistoriques, puisqu’ils étudient la base de notre humanité — « tout l’antique mystère »** des devenirs de la vie — dans leurs romans sociaux, dis-je, les Rosny font voir que « la forêt vierge et les grandes industries ne sont pas des choses opposées, ce sont des choses analogues » ; qu’un « morceau de Paris, où s’entasse la grandeur de nos semblables, doit faire palpiter les artistes autant que la chute du Rhin à Schaffhouse »*** ; que l’œuvre des hommes est non moins belle et monstrueuse que celle de la nature — ou plutôt il est impossible de séparer l’une de l’autre.

* « La Vague rouge ». Haut

** « L’Aube du futur ». Haut

*** « La Vague rouge ». Haut

Creangă, « Œuvres choisies. Souvenirs d’enfance • Contes • Récits »

éd. Le Livre, Bucarest

éd. Le Livre, Bucarest

Il s’agit de « La Petite Bourse aux deux liards » (« Punguța cu doi bani ») et autres œuvres de Ion Creangă*, conteur roumain d’inspiration populaire, génie oral chez lequel il y avait une sagesse paysanne tirée de tout autre part que des livres, une sorte d’humanisme non intellectuel, une émotion pouvant toucher les cœurs (XIXe siècle). Fils d’un commerçant de vêtements grossiers dans le village de Humulești, au pied des montagnes de Moldavie, Creangă semblait destiné, par ses modestes origines, à carder la laine et à porter la bure au foulon, comme ses ancêtres. Son père — homme, par ailleurs, bon et indulgent — n’avait reçu aucune instruction et disait à l’enfant : « Plutôt qu’en ville le dernier, sois au village le premier »**. L’ambition de sa mère changea tout. Smaranda Creangă, femme d’une intelligence supérieure à la moyenne des paysans, voulait à tout prix faire de lui un prêtre et lui évitait toute besogne autre que les travaux intellectuels. Mais jetant sa soutane aux orties, ce fut finalement non comme prêtre, mais comme instituteur primaire que Creangă se fixa dans une « masure » (« bojdeuca ») des faubourgs de Iași***, d’où il partait chaque matin, d’un pas pesant, en s’appuyant sur sa canne noueuse, rejoindre son école. Il passait la plupart de son temps au milieu de ses élèves, auxquels il racontait parfois, avant même de les écrire, ses inoubliables contes. Parfois aussi, il descendait à la Bolta Rece, une taverne achalandée par les petits auteurs et honorée de la prédilection des vauriens de la ville. Ce fut là qu’il fit la rencontre, en 1875, du poète Mihai Eminescu, pour lequel il avait une cordiale sympathie. Bientôt, une amitié profonde lia ces deux grandes âmes qui devinrent inséparables. Toutes les fois qu’ils avaient quelques heures de liberté, ils allaient se retrouver sur les bancs des jardins publics ou se régaler de porc à l’ail dans quelque modeste auberge de village. Là, ils faisaient d’interminables conversations et se plaisaient à évoquer la littérature populaire, connue de l’un depuis son enfance et imitée par l’autre dans ses compositions poétiques. Mais le départ, deux ans plus tard, d’Eminescu pour Bucarest mit fin à cette époque, la plus tranquille et la plus heureuse de leur vie. En 1872, Creangă ressentit les premières atteintes du mal incurable qui devait l’emporter prématurément : l’épilepsie. En 1887, trop souffrant pour assurer ses classes, il fut contraint d’abandonner son poste d’instituteur.

* Autrefois transcrit Ioan Creanga. Haut

** « Souvenirs d’enfance ». Haut

*** Autrefois transcrit Jassy ou Iassy. Haut

« Autour de Nasreddin Hoca : textes et commentaires »

dans « Oriens », vol. 16, p. 194-223

dans « Oriens », vol. 16, p. 194-223

Il s’agit des plaisanteries de Nasreddin Hodja*, productions légères de la littérature turque qui tiennent une place qui ne leur est disputée par aucun autre ouvrage. On peut même dire qu’elles constituent, à elles seules, un genre spécial : le genre plaisant. L’immense popularité accordée, dans sa patrie, au Hodja et à ses bouffonneries extravagantes permet de voir en lui la personnification même de cette belle humeur joviale, souvent un peu gaillarde, parfois grosse d’enseignements, qui fait la base de la conversation turque. Ici, point de ces métaphores ambitieuses dont les lettrés orientaux peuvent seuls apprécier le mérite ; point de ces longues périodes où la sophistication et la recherche des expressions font perdre à l’auteur le fil de son raisonnement. Au lieu de ces ornements qui troublent le commun des lecteurs, on trouve de la bonne et franche gaieté ; un style simple, concis et naturel ; une verve naïve dont les éclairs inattendus commandent le rire aux gens les plus savants comme aux plus ignorants, trop heureux de dérider leurs fronts soucieux, de distraire la monotonie de leurs réflexions, de tromper l’ennui de leurs veilles. « Il est peu probable de trouver dans le monde entier », dit un critique**, « un héros du folklore poétique qui jouisse d’un tel intérêt ou qui attire d’une telle force l’attention d’auteurs et de lecteurs que Nasreddin Hodja… La forme serrée qui enveloppe l’idée des [anecdotes] aide à les retenir facilement dans la mémoire et à les diffuser… Il faut ajouter également que le personnage de Nasreddin Hodja marche sur les chemins poussiéreux de l’Anatolie, dans les steppes de l’Azerbaïdjan et du Tadjikistan et dans les villages de [la péninsule balkanique] avec un défaut inné, ayant troublé plusieurs fois les orientalistes et les folkloristes : il s’agit du caractère contradictoire du héros qui est représenté tantôt comme un sot en trois lettres peu perspicace et imprévoyant, tantôt comme un sage prévoyant et juste ; en tant que juge, il rend des sentences équitables ; en tant que défenseur des accusés, il tranche des procès embrouillés que les juges officiels ne sont pas capables de juger. » Alors, Nasreddin est-il un véritable idiot ? Ou bien fait-il semblant de l’être pour tromper ceux qu’il rencontre sur son chemin ? Ou bien encore se sert-il de son idiotie pour montrer aux gens qu’en réalité ce sont eux les idiots ? Il est tout cela en même temps. Naïf et rusé, savant et ignorant, bon et cruel, ce fou sage nous apprend la vie en nous faisant rire de lui, de nous et de tout.

* En turc Nasreddin Hoca. Parfois transcrit Nasrettin Hoca, Nasreddin Hodža, Nastradin Hoxha, Nasreddin Hodscha, Nasruddin Khoja, Nazr-ed-din Hoja ou Nastratin Hogea. Haut

** Vélitchko Valtchev. Haut

« Les Contes populaires de l’Égypte ancienne »

éd. E. Guilmoto, Paris

éd. E. Guilmoto, Paris

Il s’agit des « Deux Frères » et autres contes de l’Égypte ancienne. « Il y avait une fois deux frères d’une seule mère et d’un seul père* : Anubis était le nom du grand, tandis que Bata était le nom du cadet… » Ainsi débute, à la manière d’un conte de Perrault, le conte des « Deux Frères », récit populaire transcrit par les scribes Inéna, Qagabou, Hori et Méremopê pour amuser l’enfance du prince Séthy-Mérenptah, le futur pharaon Séthy II (XIIe siècle av. J.-C.). Le manuscrit hiératique sur papyrus qu’en possède le British Museum est l’exemplaire même qui a appartenu au prince ; on y lit au recto et au verso, en caractères extrêmement usés, cette suscription : « le flabellifère à la droite du roi… le général en chef, le fils du roi, Séthy-Mérenptah »**. Le texte relate l’histoire de deux frères dont le plus jeune, en repoussant les avances de la femme de l’autre, est accusé faussement par celle-ci et contraint à la fuite. Cette idée d’une séduction tentée par une femme adultère, qui ensuite se venge de celui qu’elle n’a pu corrompre, est une idée suffisamment naturelle pour s’être présentée plus d’une fois à l’esprit des poètes et des conteurs : rappelons, dans la Bible hébraïque, Joseph et la femme de Putiphar ; dans la mythologie grecque, Hippolyte et Phèdre ; dans « Le Livre des rois » de Firdousi, Siawusch et Soudabeh. Mais un point que personne de nos jours ne conteste, c’est que la version égyptienne est plus ancienne que celle des autres peuples, et que les mœurs et coutumes qu’elle dépeint ont la tournure particulière à celles des bords du Nil : « Tout y est égyptien du commencement jusqu’à la fin », dit Gaston Maspero***, « et les détails mêmes qu’on a indiqués comme étant de provenance étrangère nous apparaissent purement indigènes, quand on les examine de près… Je conclus, de ces faits, qu’il faut considérer l’Égypte, sinon comme un des pays d’origine des contes populaires, au moins comme un de ceux où ils se sont naturalisés le plus anciennement et où ils ont pris le plus tôt une forme vraiment littéraire ».

* La polygamie existant en Égypte dès l’époque pharaonique, il n’était pas inutile de préciser, en nommant deux frères, qu’ils étaient « d’une seule mère et d’un seul père ». Haut

** Traduction de M. Frédéric Servajean. Haut

*** p. LXXV-LXXVI. Haut

Malot, « La Petite Sœur »

XIXe siècle

Il s’agit de « La Petite Sœur » d’Hector Malot, romancier français (XIXe siècle), dont la grande malchance fut d’avoir surgi entre Balzac et Zola, deux génies qui firent de l’ombre au sien. « Mais par la puissance de son observation, par sa compréhension de la vie, ses lumineuses et fécondes idées d’équité, de vérité et d’humanité, par l’habile enchaînement de ses récits… il est leur égal à tous deux », dit une journaliste*, « et la postérité — si elle est juste et si elle en a le loisir — le mettra à sa véritable place, sur le même sommet qu’occupent l’historien de la “Comédie humaine” et celui des “Rougon-Macquart”. Et puis, quel ferme et superbe caractère que Malot ! Quel désintéressement ! » Malot naquit en 1830 près de Rouen. Son père, qui était notaire, le destinait à la même carrière. C’est miracle que les manuels de jurisprudence qu’il faisait avaler à son fils ne l’aient pas à jamais dégoûté de la lecture. Heureusement, dans un grenier de la maison, jetés en tas, se trouvaient de vieux classiques, qu’avait relégués là leur couverture usée : le « Roland furieux » de l’Arioste ; le « Gil Blas » de Lesage ; un Molière complet ; un tome de Racine. Et ceux-là, un jour que Malot en avait ouvert un au hasard, l’empêchèrent de croire que tous les livres étaient des manuels de jurisprudence. « Combien d’heures », dit-il**, « ils m’ont fait passer sous l’ardoise surchauffée ou glacée, charmé, ravi, l’esprit éveillé, l’imagination allumée par une étincelle qui ne s’est pas éteinte ! Sans eux, aurais-je jamais fait des romans ? Je n’en sais rien. Mais ce que je sais bien, c’est qu’ils m’ont donné l’idée d’en écrire pour ceux qui pouvaient souffrir, comme je l’avais souffert moi-même, le supplice des livres ennuyeux. »

* Séverine (pseudonyme de Caroline Rémy) dans Cim, « Le Dîner des gens de lettres », p. 23. Haut

** « Le Roman de mes romans », p. 24-25. Haut

Malot, « Un Curé de province »

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit d’« Un Curé de province » d’Hector Malot, romancier français (XIXe siècle), dont la grande malchance fut d’avoir surgi entre Balzac et Zola, deux génies qui firent de l’ombre au sien. « Mais par la puissance de son observation, par sa compréhension de la vie, ses lumineuses et fécondes idées d’équité, de vérité et d’humanité, par l’habile enchaînement de ses récits… il est leur égal à tous deux », dit une journaliste*, « et la postérité — si elle est juste et si elle en a le loisir — le mettra à sa véritable place, sur le même sommet qu’occupent l’historien de la “Comédie humaine” et celui des “Rougon-Macquart”. Et puis, quel ferme et superbe caractère que Malot ! Quel désintéressement ! » Malot naquit en 1830 près de Rouen. Son père, qui était notaire, le destinait à la même carrière. C’est miracle que les manuels de jurisprudence qu’il faisait avaler à son fils ne l’aient pas à jamais dégoûté de la lecture. Heureusement, dans un grenier de la maison, jetés en tas, se trouvaient de vieux classiques, qu’avait relégués là leur couverture usée : le « Roland furieux » de l’Arioste ; le « Gil Blas » de Lesage ; un Molière complet ; un tome de Racine. Et ceux-là, un jour que Malot en avait ouvert un au hasard, l’empêchèrent de croire que tous les livres étaient des manuels de jurisprudence. « Combien d’heures », dit-il**, « ils m’ont fait passer sous l’ardoise surchauffée ou glacée, charmé, ravi, l’esprit éveillé, l’imagination allumée par une étincelle qui ne s’est pas éteinte ! Sans eux, aurais-je jamais fait des romans ? Je n’en sais rien. Mais ce que je sais bien, c’est qu’ils m’ont donné l’idée d’en écrire pour ceux qui pouvaient souffrir, comme je l’avais souffert moi-même, le supplice des livres ennuyeux. »

* Séverine (pseudonyme de Caroline Rémy) dans Cim, « Le Dîner des gens de lettres », p. 23. Haut

** « Le Roman de mes romans », p. 24-25. Haut

Lindgren, « Les Frères Cœur-de-lion »

éd. Le Livre de poche jeunesse, Paris

éd. Le Livre de poche jeunesse, Paris

Il s’agit des « Frères Cœur-de-lion » (« Bröderna Lejonhjärta ») de Mme Astrid Lindgren, la grande dame de la littérature pour enfants, la créatrice de la gamine la plus effrontée sortie de l’imagination suédoise : Fifi Brindacier. Aucun auteur suédois n’a été traduit en autant de langues que Mme Lindgren. On raconte que M. Boris Pankine*, ambassadeur d’U.R.S.S. à Stockholm, confia un jour à l’écrivaine que presque tous les foyers soviétiques comptaient deux livres : son « Karlsson sur le toit » et la Bible ; ce à quoi elle répliqua : « Comme c’est étrange ! J’ignorais totalement que la Bible était si populaire ! »** C’est en 1940 ou 1941 que Fifi Brindacier vit le jour comme personnage de fiction, au moment où l’Allemagne faisait main basse sur l’Europe, semblable à « un monstre maléfique qui, à intervalles réguliers, sort de son trou pour se précipiter sur une nouvelle victime »***. Le sang coulait, les gens revenaient mutilés, tout n’était que malheur et désespoir. Et malgré les mille raisons d’être découragée face à l’avenir de notre humanité, Mme Lindgren ne pouvait s’empêcher d’éprouver un certain optimisme quand elle voyait les personnes de demain : les enfants, les gamins. Ils étaient « joyeux, sincères et sûrs d’eux, et ce, comme aucune génération précédente ne l’a été »****. Mme Lindgren comprit, alors, que l’avenir du monde dormait dans les chambres des enfants. C’est là que tout se jouait pour que les hommes et les femmes de demain deviennent des esprits sains et bienveillants, qui voient le monde tel qu’il est, qui en connaissent la beauté. Le succès de Mme Lindgren tient à cette foi. L’amour qu’elle porte aux faibles et aux opprimés lui vaut également le respect des petits et des grands. Beaucoup de ses récits ont pour cadre des bourgades ressemblant à sa bourgade natale. Mais il ne s’agit là que du cadre. Car l’essence de ses récits réside dans l’imagination débordante de l’enfant solitaire — ce territoire intérieur où nul ne peut plus être traqué, où la liberté seule est possible. « Je veux écrire pour des lecteurs qui savent créer des miracles. Les enfants savent créer des miracles en lisant », dit-elle*****. De même que toute perfection, dans n’importe quel genre, dépasse les limites de ce genre et devient quelque chose d’incomparable ; de même, les ouvrages de Mme Lindgren dépassent les limites étroites de la littérature pour la jeunesse. Ce sont des leçons de liberté pour tous les âges et tous les siècles : « : Liberté ! Car sans liberté, la fleur du poème fanera où qu’elle pousse »******.

* En russe Борис Дмитриевич Панкин. Haut

** Dans « Dossier : Astrid Lindgren ». Haut

*** Dans Jens Andersen, « Astrid Lindgren ». Haut

**** id. Haut

***** Dans « Dossier : Astrid Lindgren ». Haut

****** Dans Jens Andersen, « Astrid Lindgren ». Haut

Lindgren, « Mio, mon Mio »

éd. Le Livre de poche jeunesse, Paris

éd. Le Livre de poche jeunesse, Paris

Il s’agit de « Mio, mon Mio » (« Mio, min Mio ») de Mme Astrid Lindgren, la grande dame de la littérature pour enfants, la créatrice de la gamine la plus effrontée sortie de l’imagination suédoise : Fifi Brindacier. Aucun auteur suédois n’a été traduit en autant de langues que Mme Lindgren. On raconte que M. Boris Pankine*, ambassadeur d’U.R.S.S. à Stockholm, confia un jour à l’écrivaine que presque tous les foyers soviétiques comptaient deux livres : son « Karlsson sur le toit » et la Bible ; ce à quoi elle répliqua : « Comme c’est étrange ! J’ignorais totalement que la Bible était si populaire ! »** C’est en 1940 ou 1941 que Fifi Brindacier vit le jour comme personnage de fiction, au moment où l’Allemagne faisait main basse sur l’Europe, semblable à « un monstre maléfique qui, à intervalles réguliers, sort de son trou pour se précipiter sur une nouvelle victime »***. Le sang coulait, les gens revenaient mutilés, tout n’était que malheur et désespoir. Et malgré les mille raisons d’être découragée face à l’avenir de notre humanité, Mme Lindgren ne pouvait s’empêcher d’éprouver un certain optimisme quand elle voyait les personnes de demain : les enfants, les gamins. Ils étaient « joyeux, sincères et sûrs d’eux, et ce, comme aucune génération précédente ne l’a été »****. Mme Lindgren comprit, alors, que l’avenir du monde dormait dans les chambres des enfants. C’est là que tout se jouait pour que les hommes et les femmes de demain deviennent des esprits sains et bienveillants, qui voient le monde tel qu’il est, qui en connaissent la beauté. Le succès de Mme Lindgren tient à cette foi. L’amour qu’elle porte aux faibles et aux opprimés lui vaut également le respect des petits et des grands. Beaucoup de ses récits ont pour cadre des bourgades ressemblant à sa bourgade natale. Mais il ne s’agit là que du cadre. Car l’essence de ses récits réside dans l’imagination débordante de l’enfant solitaire — ce territoire intérieur où nul ne peut plus être traqué, où la liberté seule est possible. « Je veux écrire pour des lecteurs qui savent créer des miracles. Les enfants savent créer des miracles en lisant », dit-elle*****. De même que toute perfection, dans n’importe quel genre, dépasse les limites de ce genre et devient quelque chose d’incomparable ; de même, les ouvrages de Mme Lindgren dépassent les limites étroites de la littérature pour la jeunesse. Ce sont des leçons de liberté pour tous les âges et tous les siècles : « : Liberté ! Car sans liberté, la fleur du poème fanera où qu’elle pousse »******.

* En russe Борис Дмитриевич Панкин. Haut

** Dans « Dossier : Astrid Lindgren ». Haut

*** Dans Jens Andersen, « Astrid Lindgren ». Haut

**** id. Haut

***** Dans « Dossier : Astrid Lindgren ». Haut

****** Dans Jens Andersen, « Astrid Lindgren ». Haut

Lindgren, « Ronya, fille de brigand »

éd. Hachette jeunesse, Paris

éd. Hachette jeunesse, Paris

Il s’agit de « Ronya, fille de brigand » (« Ronja Rövardotter ») de Mme Astrid Lindgren, la grande dame de la littérature pour enfants, la créatrice de la gamine la plus effrontée sortie de l’imagination suédoise : Fifi Brindacier. Aucun auteur suédois n’a été traduit en autant de langues que Mme Lindgren. On raconte que M. Boris Pankine*, ambassadeur d’U.R.S.S. à Stockholm, confia un jour à l’écrivaine que presque tous les foyers soviétiques comptaient deux livres : son « Karlsson sur le toit » et la Bible ; ce à quoi elle répliqua : « Comme c’est étrange ! J’ignorais totalement que la Bible était si populaire ! »** C’est en 1940 ou 1941 que Fifi Brindacier vit le jour comme personnage de fiction, au moment où l’Allemagne faisait main basse sur l’Europe, semblable à « un monstre maléfique qui, à intervalles réguliers, sort de son trou pour se précipiter sur une nouvelle victime »***. Le sang coulait, les gens revenaient mutilés, tout n’était que malheur et désespoir. Et malgré les mille raisons d’être découragée face à l’avenir de notre humanité, Mme Lindgren ne pouvait s’empêcher d’éprouver un certain optimisme quand elle voyait les personnes de demain : les enfants, les gamins. Ils étaient « joyeux, sincères et sûrs d’eux, et ce, comme aucune génération précédente ne l’a été »****. Mme Lindgren comprit, alors, que l’avenir du monde dormait dans les chambres des enfants. C’est là que tout se jouait pour que les hommes et les femmes de demain deviennent des esprits sains et bienveillants, qui voient le monde tel qu’il est, qui en connaissent la beauté. Le succès de Mme Lindgren tient à cette foi. L’amour qu’elle porte aux faibles et aux opprimés lui vaut également le respect des petits et des grands. Beaucoup de ses récits ont pour cadre des bourgades ressemblant à sa bourgade natale. Mais il ne s’agit là que du cadre. Car l’essence de ses récits réside dans l’imagination débordante de l’enfant solitaire — ce territoire intérieur où nul ne peut plus être traqué, où la liberté seule est possible. « Je veux écrire pour des lecteurs qui savent créer des miracles. Les enfants savent créer des miracles en lisant », dit-elle*****. De même que toute perfection, dans n’importe quel genre, dépasse les limites de ce genre et devient quelque chose d’incomparable ; de même, les ouvrages de Mme Lindgren dépassent les limites étroites de la littérature pour la jeunesse. Ce sont des leçons de liberté pour tous les âges et tous les siècles : « : Liberté ! Car sans liberté, la fleur du poème fanera où qu’elle pousse »******.

* En russe Борис Дмитриевич Панкин. Haut

** Dans « Dossier : Astrid Lindgren ». Haut

*** Dans Jens Andersen, « Astrid Lindgren ». Haut

**** id. Haut

***** Dans « Dossier : Astrid Lindgren ». Haut

****** Dans Jens Andersen, « Astrid Lindgren ». Haut

Lindgren, « Rasmus et le Vagabond »

éd. Nathan, coll. Poche Nathan, Paris

éd. Nathan, coll. Poche Nathan, Paris

Il s’agit de « Rasmus et le Vagabond » (« Rasmus på luffen ») de Mme Astrid Lindgren, la grande dame de la littérature pour enfants, la créatrice de la gamine la plus effrontée sortie de l’imagination suédoise : Fifi Brindacier. Aucun auteur suédois n’a été traduit en autant de langues que Mme Lindgren. On raconte que M. Boris Pankine*, ambassadeur d’U.R.S.S. à Stockholm, confia un jour à l’écrivaine que presque tous les foyers soviétiques comptaient deux livres : son « Karlsson sur le toit » et la Bible ; ce à quoi elle répliqua : « Comme c’est étrange ! J’ignorais totalement que la Bible était si populaire ! »** C’est en 1940 ou 1941 que Fifi Brindacier vit le jour comme personnage de fiction, au moment où l’Allemagne faisait main basse sur l’Europe, semblable à « un monstre maléfique qui, à intervalles réguliers, sort de son trou pour se précipiter sur une nouvelle victime »***. Le sang coulait, les gens revenaient mutilés, tout n’était que malheur et désespoir. Et malgré les mille raisons d’être découragée face à l’avenir de notre humanité, Mme Lindgren ne pouvait s’empêcher d’éprouver un certain optimisme quand elle voyait les personnes de demain : les enfants, les gamins. Ils étaient « joyeux, sincères et sûrs d’eux, et ce, comme aucune génération précédente ne l’a été »****. Mme Lindgren comprit, alors, que l’avenir du monde dormait dans les chambres des enfants. C’est là que tout se jouait pour que les hommes et les femmes de demain deviennent des esprits sains et bienveillants, qui voient le monde tel qu’il est, qui en connaissent la beauté. Le succès de Mme Lindgren tient à cette foi. L’amour qu’elle porte aux faibles et aux opprimés lui vaut également le respect des petits et des grands. Beaucoup de ses récits ont pour cadre des bourgades ressemblant à sa bourgade natale. Mais il ne s’agit là que du cadre. Car l’essence de ses récits réside dans l’imagination débordante de l’enfant solitaire — ce territoire intérieur où nul ne peut plus être traqué, où la liberté seule est possible. « Je veux écrire pour des lecteurs qui savent créer des miracles. Les enfants savent créer des miracles en lisant », dit-elle*****. De même que toute perfection, dans n’importe quel genre, dépasse les limites de ce genre et devient quelque chose d’incomparable ; de même, les ouvrages de Mme Lindgren dépassent les limites étroites de la littérature pour la jeunesse. Ce sont des leçons de liberté pour tous les âges et tous les siècles : « : Liberté ! Car sans liberté, la fleur du poème fanera où qu’elle pousse »******.

* En russe Борис Дмитриевич Панкин. Haut

** Dans « Dossier : Astrid Lindgren ». Haut

*** Dans Jens Andersen, « Astrid Lindgren ». Haut

**** id. Haut

***** Dans « Dossier : Astrid Lindgren ». Haut

****** Dans Jens Andersen, « Astrid Lindgren ». Haut

« Le Conte du coupeur de bambous »

dans « Bulletin de la Maison franco-japonaise », sér. 2, vol. 2, p. 123-199

dans « Bulletin de la Maison franco-japonaise », sér. 2, vol. 2, p. 123-199

Il s’agit du « Conte du coupeur de bambous »* (« Takétori monogatari »**), considéré comme le plus ancien des « monogatari » (IXe siècle apr. J.-C.). Ce nom générique de « monogatari », que l’on traduit souvent par « roman », doit être pris ici dans le sens primitif de « chose contée ». En l’occurrence, il s’agit d’un véritable conte de fées, même s’il préfigure, par endroits, cette finesse de cœur et cette douce mélancolie qui caractériseront la littérature romanesque du Japon. Le « Conte du coupeur de bambous » occupe une cinquantaine de pages et apparaît comme une juxtaposition, assez habilement réalisée, de plusieurs récits dont chacun pourrait être considéré comme complet en soi, si ne les reliait la présence de la même figure centrale de Kaguya-himé (« Claire princesse »). Chaque Japonais connaît les péripéties de cette minuscule fillette, haute comme la main, qu’un vieillard trouve dans le creux d’un bambou qu’il vient de couper. Il l’adopte et il l’élève avec soin, et en seulement trois mois, elle devient une jeune femme dont la beauté attire tous les regards. Il lui donne le nom de Kaguya-himé en raison de la lumière mystérieuse qu’elle répand autour d’elle. Tous les hommes du pays, à force d’entendre répéter : « Cette Kaguya-himé, que ne ferait-on pour obtenir sa main ! »***, accourent pour la voir. Sa main est demandée par cinq prétendants, à qui elle impose des travaux herculéens qu’aucun d’eux ne peut mener à terme ; elle refuse jusqu’à l’anneau de l’Empereur, et bientôt, elle déclare à son père adoptif qu’elle est une habitante de la Lune, bannie sur la Terre pour certaine faute, et que, son temps d’épreuve étant écoulé, elle va retourner dans son ancien séjour. En vain le vieillard se répand en protestations pour la retenir, en vain l’Empereur fait placer une garde de deux mille hommes autour de sa maison ; elle est emportée dans un char volant envoyé par son père céleste. Elle laisse, en partant, des lettres d’adieu à son vieux protecteur et lui remet un élixir d’immortalité.

* Parfois traduit « Le Tailleur de bambous » ou « Conte du cueilleur de bambous ». Haut

** En japonais « 竹取物語 ». Le « Dit du genji » donne le titre plus complet de « 竹取翁の物語 » (« Conte du vieillard, coupeur de bambous »). Parfois encore, on l’appelle, du nom de son personnage principal, « かぐや姫の物語 » (« Conte de Kaguya-himé »). Haut

*** p. 142. Haut