Mot-clefpersan

pays, gentilé ou langue

« Sri Gourou Granth Sahib. Tome I »

éd. Intellectual Services International, Providenciales

éd. Intellectual Services International, Providenciales

Il s’agit de l’« Adi Granth »* (le « Premier Livre ») ou « Gourou Granth Sahib »** (le « Maître Livre »), le livre saint des sikhs, compilé par le cinquième gourou Arjan Dev***, puis révisé et achevé par le dixième gourou Gobind Singh****. Les sikhs le désignent souvent sous la vague appellation de « Granth » (le « Livre »), de même que les chrétiens citent le leur sous celle de « Bible » (« Biblia » signifiant les « Livres »). Le « Granth » est une œuvre tout à fait unique par rapport aux canons des autres religions. Ce qui l’en distingue, c’est qu’il se présente comme une fascinante anthologie poétique, qui ne contient pas seulement les psaumes et les hymnes de ses propres fondateurs, comme gourou Nanak*****, mais aussi ceux de poètes mystiques antérieurs : Kabîr, Jayadeva, Bhikhan, Nâm-dev… En tout, quinze poètes non sikhs (appelés « bhagats »******) sont incorporés au « Granth », dont le plus ancien est Sheikh Farid né en 1175 apr. J.-C. Les gourous, eux, vécurent entre 1469 et 1708 apr. J.-C. Voilà donc plus de cinq siècles de poésie indienne, totalisant 3 384 poèmes ou 15 575 strophes, et mêlant le pendjabi à diverses autres langues : le sanscrit, le persan, le hindi… Une tradition universellement reçue rapporte que le dixième gourou, à son lit de mort, ne nomma pas de successeur, mais décida que la Parole du « Granth » serait désormais l’éternel gourou : « Ici-bas, tous les sikhs sont chargés de reconnaître le “Granth” comme leur gourou. Reconnais “Gourou Granth Sahib” comme la personne visible des gourous. Ceux qui cherchent à rencontrer le Seigneur dans la Parole telle qu’elle s’est manifestée dans le livre, Le découvriront »*******. Depuis ce jour-là, le « Granth » reste l’unique autorité des sikhs, ainsi que le seul objet de vénération que l’on voit dans leurs lieux de culte. Leur temple central, qui s’élève toujours à Amritsar********, au milieu de l’étang sacré (Amritsar signifiant « étang de l’immortalité »), ne renferme aucune idole, mais seulement des exemplaires du « Granth » déposés sur des coussins de soie : « Jour et nuit, sans désemparer, comme pour réaliser une sorte d’adoration perpétuelle, des “granthis” chantent sous ces voûtes révérées des fragments du livre saint en s’accompagnant d’instruments à cordes. Ailleurs les sikhs ont simplement des salles d’édification, où un “granthi” leur lit… le texte sacré », explique Albert Réville

* En pendjabi « ਆਦਿ ਗ੍ਰੰਥ ». Parfois transcrit « Adi-grant ». Haut

** En pendjabi « ਗੁਰੂ ਗ੍ਰੰਥ ਸਾਹਿਬ ». Parfois transcrit « Guru Granth Saheb ». Haut

*** En pendjabi ਅਰਜਨ ਦੇਵ. Parfois transcrit Arjun Dev. Haut

**** En pendjabi ਗੋਬਿੰਦ ਸਿੰਘ. Parfois transcrit Govind Singh. Haut

***** En pendjabi ਨਾਨਕ. Haut

****** En pendjabi ਭਗਤ. Haut

******* « Le Sikhisme : anthologie de la poésie religieuse », p. 36. Haut

******** En pendjabi ਅੰਮ੍ਰਿਤਸਰ. Haut

Farrokhzad, « La Conquête du jardin : poèmes (1951-1965) »

éd. Lettres persanes, coll. Nouvelle Poésie persane, Paris

éd. Lettres persanes, coll. Nouvelle Poésie persane, Paris

Il s’agit des poèmes de Mme Forough Farrokhzad*, « l’enfante terrible » de la poésie persane, une des écrivaines les plus discutées de l’Iran, morte dans un accident tragique à trente-deux ans (XXe siècle). Elle consacra tout son être à la poésie — l’on peut même dire qu’elle se sacrifia pour elle et pour l’idée qu’elle s’en faisait — en exprimant sans aucune retenue ses émois féminins dans une société iranienne qui refusait aux femmes de cultiver leurs talents et leurs goûts. Elle estimait qu’un poème ne méritait ce nom que lorsqu’on y jetait la flamme de son cœur et les vibrations de son âme. La modernité de Forough laissa rarement les lecteurs impartiaux : elle suscita une forte attirance ou une vive aversion ; une hostilité exagérée ou un éloge exalté. Alors que les uns la considéraient comme une femme dépravée, dangereuse dans ses paroles et dans la pratique de son art ; les autres, au contraire, la voyaient en héroïne culturelle, en rebelle qui, ayant fait l’expérience de la ruine des conventions, était à la recherche de progrès émancipateur. « Je voulais être “une femme” et “un être humain”. Je voulais dire que j’avais le droit de respirer, de crier… Les autres voulaient étouffer mes cris sur mes lèvres et mon souffle dans ma poitrine », dit-elle**. Elle savait qu’en prenant une attitude de défi, elle se ferait beaucoup d’ennemis, qu’elle s’attirerait des ennuis et des ruptures ; mais elle croyait qu’il fallait enfin briser les barrières et tenir droit face aux agitations des faux dévots. C’est ce qu’elle fit pour la première fois dans un poème intitulé « Le Péché » (« Gonâh »***) :

« J’ai péché, péché dans le plaisir,
Dans des bras chauds et enflammés.
J’ai péché, péché dans des bras de fer,
Dans des bras brûlants et rancuniers.
Dans ce lieu calme, sombre et muet,
J’ai regardé ses yeux pleins de mystère,
Et des supplications de ses yeux
Mon cœur, impatiemment, a tremblé…
 »

* En persan فروغ فرخزاد. Parfois transcrit Foruq Farroxzâd, Forugh Farrokhzod, Forugh Farrokhzād , Furugh Farrukhazad ou Furugh Farrukhzad. Haut

** « La Nuit lumineuse », p. 189-190. Haut

*** En persan « گناه ». Haut

Farrokhzad, « La Nuit lumineuse : écrits »

éd. Lettres persanes, Arcueil

éd. Lettres persanes, Arcueil

Il s’agit des lettres et entretiens de Mme Forough Farrokhzad*, « l’enfante terrible » de la poésie persane, une des écrivaines les plus discutées de l’Iran, morte dans un accident tragique à trente-deux ans (XXe siècle). Elle consacra tout son être à la poésie — l’on peut même dire qu’elle se sacrifia pour elle et pour l’idée qu’elle s’en faisait — en exprimant sans aucune retenue ses émois féminins dans une société iranienne qui refusait aux femmes de cultiver leurs talents et leurs goûts. Elle estimait qu’un poème ne méritait ce nom que lorsqu’on y jetait la flamme de son cœur et les vibrations de son âme. La modernité de Forough laissa rarement les lecteurs impartiaux : elle suscita une forte attirance ou une vive aversion ; une hostilité exagérée ou un éloge exalté. Alors que les uns la considéraient comme une femme dépravée, dangereuse dans ses paroles et dans la pratique de son art ; les autres, au contraire, la voyaient en héroïne culturelle, en rebelle qui, ayant fait l’expérience de la ruine des conventions, était à la recherche de progrès émancipateur. « Je voulais être “une femme” et “un être humain”. Je voulais dire que j’avais le droit de respirer, de crier… Les autres voulaient étouffer mes cris sur mes lèvres et mon souffle dans ma poitrine », dit-elle**. Elle savait qu’en prenant une attitude de défi, elle se ferait beaucoup d’ennemis, qu’elle s’attirerait des ennuis et des ruptures ; mais elle croyait qu’il fallait enfin briser les barrières et tenir droit face aux agitations des faux dévots. C’est ce qu’elle fit pour la première fois dans un poème intitulé « Le Péché » (« Gonâh »***) :

« J’ai péché, péché dans le plaisir,
Dans des bras chauds et enflammés.
J’ai péché, péché dans des bras de fer,
Dans des bras brûlants et rancuniers.
Dans ce lieu calme, sombre et muet,
J’ai regardé ses yeux pleins de mystère,
Et des supplications de ses yeux
Mon cœur, impatiemment, a tremblé…
 »

* En persan فروغ فرخزاد. Parfois transcrit Foruq Farroxzâd, Forugh Farrokhzod, Forugh Farrokhzād , Furugh Farrukhazad ou Furugh Farrukhzad. Haut

** « La Nuit lumineuse », p. 189-190. Haut

*** En persan « گناه ». Haut

« Mas’oud : poète persan et hindoui »

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit de Mas’oud-i Saad-i Selmân*, illustre poète persan, qui subit dans son âge mûr près de vingt ans d’emprisonnement sous les règnes successifs de trois rois (XIe-XIIe siècle). Les souffrances endurées pendant son incarcération prêtent à ses vers des accents d’une force, d’une intensité, d’une sincérité telles, qu’il nous arrive parfois, en les lisant, de sentir nos cheveux se dresser sur notre tête, et les larmes nous venir aux yeux. « Tout critique impartial reconnaît quel haut degré d’éloquence et d’inspiration Mas’oud atteint en ses poèmes de captivité », dit Nezâmî ‘Arûzî**. La famille de Mas’oud était originaire d’Hamadan (Iran) ; mais son père, Khâja Saad ben Selmân, alla résider à Lahore (Pakistan), où il jouit longtemps de la faveur des rois ghaznévides et remplit quelques postes élevés sous leur gouvernement. Mas’oud hérita des honneurs de son père ; mais, par suite d’intrigues de Cour et à cause, dit-on, de son attachement au prince Saïf uddaula Mahmoud, qui fut accusé de trahison, il fut arrêté et enchaîné par le roi en 1079 ou 1080 apr. J.-C. dans la citadelle de Nâï***. Ce nom de Nâï, qui signifie « roseau » ou « flûte de roseau » en persan, donna naissance à des jeux de mots tout à fait fascinants dans les vers de notre poète : « Mon cœur gémit, comme gémit le roseau de la flûte, prisonnier que je suis dans cette citadelle de Nâï… Quoi d’autre que plaintes peut apporter l’air de Nâï ? Le destin m’eût déjà tué à force de douleurs et de souffrances, si ma vie n’avait pour lien la poésie vivifiante. Non, non, ma grandeur s’est accrue de toute la hauteur de la citadelle de Nâï ! »**** En vain, ce rossignol chanta dans sa cage de fer ; en vain, ses vers furent lus au roi. Ce dernier les écouta, mais n’en fut point ému ; il quitta le monde en laissant en captivité notre poète, qui ne fut libéré que la soixantaine passée. Dégoûté d’une Cour dont il n’avait reçu que des injustices et des mortifications, Mas’oud passa le reste de ses jours dans les paisibles fonctions de bibliothécaire. « Combien de poèmes, brillants comme des joyaux et précieux comme des perles, naquirent de cette nature ardente et ne furent jamais agréés ! », dit Nezâmî ‘Arûzî. « Le déshonneur en restera sur la grande maison [ghaznévide]… Le malheur de Mas’oud vint à son terme, tandis que le déshonneur restera sur cette dynastie jusqu’au jour de la résurrection. »

* En persan مسعود سعد سلمان. Parfois transcrit Mas’ûd-i Sa’d Salmân, Maç’ûd-i Sa’ad Salmân, Mas‘ud-e Sa‘d-e Salmān, Masood Said Salman, Masoud Sa’ad Salman ou Maç’oud-i Sa’ad-i Selman. À ne pas confondre avec Saadi, l’auteur du « Gulistan » et du « Boustan », qui vécut un siècle plus tard. Haut

** « Les Quatre Discours ; traduit du persan par Isabelle de Gastines », p. 92. Haut

*** Cette citadelle se trouvait quelque part au Waziristan, d’après Nezâmî ‘Arûzî. Haut

**** En persan

« نالم ز دل چو نای من اندر حصار نای…
جز ناله های زار چه آرد هوای نای
گردون به درد و رنج مرا کشته بود اگر
پیوند عمر من نشدی نظم جانفزای
نه نه ز حصن نای بیفزود جاه من
 ».

Haut

Nezâmî ‘Arûzî, « Les Quatre Discours »

éd. G.-P. Maisonneuve et Larose, coll. UNESCO d’œuvres représentatives-Bibliothèque des œuvres classiques persanes, Paris

éd. G.-P. Maisonneuve et Larose, coll. UNESCO d’œuvres représentatives-Bibliothèque des œuvres classiques persanes, Paris

Il s’agit des « Quatre Discours » (« Tchahâr Maqâleh »*) de Nezâmî de Samarcande**, critique littéraire persan. On le surnomme communément Nezâmî ‘Arûzî*** (« Nezâmî le Prosateur ») afin de le distinguer de son homonyme, le grand poète de Gandjeh. On ne sait de sa vie que le peu qu’il en a dit lui-même dans ses « Quatre Discours ». En 1110-1111 apr. J.-C., il était dans sa ville natale de Samarcande (Ouzbékistan), recueillant des traditions relatives au poète Rûdaki ; en 1112-1113 apr. J.-C., il rencontra à Balkh (Afghanistan) Omar Khayyam dont il devint un proche, un élève même ; trois ans plus tard, il séjourna à Hérat (Afghanistan) ; l’année suivante, se trouvant dans le besoin, il se rendit à Ṭoûs (Iran) avec l’espoir de gagner la faveur du sultan Ahmad Sanjar ; là-bas, il visita la tombe de Firdousi et recueillit à son sujet plusieurs détails insérés dans son livre ; la même année, il se rendit à Nishapur (Iran), où il fit visite au poète Moezzi. Ses « Quatre Discours » ont été probablement composés peu avant la mort du sultan Ahmad Sanjar en 1157 apr. J.-C. Ils se divisent en quatre chapitres, traitant des quatre classes d’hommes — secrétaires, poètes, astrologues et médecins — qui sont nécessaires au service des rois. Pour chaque classe, Nezâmî ‘Arûzî raconte une dizaine d’anecdotes : « Viendront [ci-après] dix authentiques et plaisantes anecdotes », dit-il dans sa préface****, « choisies parmi les plus originales et les plus appropriées à [chaque] chapitre, afin d’éclairer le roi et de le convaincre que l’office de secrétaire n’est pas une petite charge ; que celui de poète n’est pas une futile occupation ; que l’astrologie est une science nécessaire ; que la médecine est un art indispensable ». Outre leur charme, leur style admirable d’élégance et de naturel, ces anecdotes ont le mérite de donner de précieux renseignements, qu’on ne trouve nulle part ailleurs, sur l’histoire intellectuelle de cette époque ; elles fournissent le seul témoignage contemporain sur Khayyam et le plus ancien détail biographique sur Firdousi. En somme, comme dit un orientaliste*****, leur auteur est « un de ceux qui jettent le plus de lumière sur la vie de Cour en Perse et en Asie centrale au XIIe siècle de notre ère ».

* En persan « چهارمقاله ». Parfois transcrit « Čahār Maḳāla », « Chahár Maqála », « Chahār Maqāle », « Tschar-Maghâleh » ou « Cahâr Makaleh ». Haut

** En persan نظامی سمرقندی. Parfois transcrit Nizami Samarcandi, Nizami de Samarqand, Niẓāmī Samarḳandī ou Niẓāmī-i Samarqandī. Haut

*** En persan نظامی عروضی. Parfois transcrit Nidhami-i Arudi, Niẓāmī ‘Arūḍī ou Nizâmi-è-Arouzi. Haut

**** p. 34. Haut

***** Edward Granville Browne. Haut

Firdousi, « Le Livre des rois. Tome VII »

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit du « Livre des rois » (« Schah-nameh »*) d’Aboulkasim Firdousi** (X-XIe siècle apr. J.-C.). Cette vaste chanson de geste de soixante mille distiques relate l’histoire de la Perse (l’Iran), depuis ses origines jusqu’à l’époque où la puissance de ses monarques croula sous les armes des Arabes musulmans. La première partie, légendaire et pleine de merveilleux, est la seule véritablement épique ; la seconde, relative à la Perse sassanide, est une succession de règnes historiques, auxquels président des rois, des héros particuliers à chacun d’eux : plutôt qu’avec l’épopée, elle offre des analogies avec « quelques grands romans en vers du Moyen Âge, le “Roman de Brut”, celui de “Rou” ou certaines histoires de France », comme le dit Étienne Quatremère***. Avec « Le Livre des rois », la vieille culture persane paraît au grand jour pour prendre sa revanche de la conquête arabe. Celle-ci avait refoulé, pour quelque temps, cette culture dans les villages, où elle s’était conservée avec tout un ensemble de traditions et de légendes tenant lieu de souvenirs nationaux. « L’islamisme… fut un rude coup pour le vieil esprit, mais ce ne fut pas un coup mortel. L’arabe ne réussit à être que la langue de la religion. Aussitôt que le califat s’affaiblit, une réaction persane — d’abord sourde, bientôt ouverte — se manifeste », explique Ernest Renan****. Avec Firdousi, la Perse reprend sa complète indépendance dans l’islam. Mais ce qui fait surtout le caractère de cet auteur et qui n’appartient qu’à lui, ce sont les considérations politiques et morales par lesquelles il termine chaque catastrophe, chaque choc des peuples, chaque effondrement des royaumes. Il y a une belle mélancolie et une sorte de sagesse résignée dans ces réflexions par lesquelles il interrompt un moment la course des événements. « Ô monde ! », dit l’une d’elles*****, « n’élève personne si tu veux le moissonner après ! Si tu l’enlèves, pourquoi l’as-tu élevé ? Tu hausses un homme au-dessus du firmament, mais tout à coup tu le précipites sous la terre obscure. » « Kobad », dit une autre******, « n’avait plus que sept mois à vivre ; appelle-le donc “roi” si tu veux, ou “rien” si tu aimes mieux. Telle est la coutume de ce monde oppresseur : il ne faut pas s’attendre à ce qu’il tienne ses promesses [de longévité]. »

* En persan « شاهنامه ». Parfois transcrit « Shah Namu », « Çahname », « Chahnamè », « Schehname », « Schah-namé », « Schahnama », « Schah-namah », « Shah-nameh », « Shah Name », « Shahnamah », « Shahnama », « Šāh-nāma », « Šāhnāmah », « Şehname », « Şāh-nāme » ou « Šah-nameh ». Haut

** En persan ابوالقاسم فردوسی. Parfois transcrit Firdawsi, Firdausī, Firdavsi, Firdovsi, Firdouçy, Firdocy, Firdoosee, Firdousee, Ferdousee, Ferdosee, Ferdoucy, Ferdowsī, Firdewsi, Firdevsî, Firdusi, Firdussi, Ferdusi, Firdôsî, Ferdossi, Firdoussi, Ferdoussi, Firdoussy, Firdousy, Ferdousy ou Ferdoussy. Haut

*** « Compte rendu sur “Le Livre des rois” », 1841, p. 398-399. Haut

**** « Le Schahnameh », p. 139. Haut

***** « Tome I », p. 32. Haut

****** « Tome VII », p. 287-288. Haut

Firdousi, « Le Livre des rois. Tome VI »

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit du « Livre des rois » (« Schah-nameh »*) d’Aboulkasim Firdousi** (X-XIe siècle apr. J.-C.). Cette vaste chanson de geste de soixante mille distiques relate l’histoire de la Perse (l’Iran), depuis ses origines jusqu’à l’époque où la puissance de ses monarques croula sous les armes des Arabes musulmans. La première partie, légendaire et pleine de merveilleux, est la seule véritablement épique ; la seconde, relative à la Perse sassanide, est une succession de règnes historiques, auxquels président des rois, des héros particuliers à chacun d’eux : plutôt qu’avec l’épopée, elle offre des analogies avec « quelques grands romans en vers du Moyen Âge, le “Roman de Brut”, celui de “Rou” ou certaines histoires de France », comme le dit Étienne Quatremère***. Avec « Le Livre des rois », la vieille culture persane paraît au grand jour pour prendre sa revanche de la conquête arabe. Celle-ci avait refoulé, pour quelque temps, cette culture dans les villages, où elle s’était conservée avec tout un ensemble de traditions et de légendes tenant lieu de souvenirs nationaux. « L’islamisme… fut un rude coup pour le vieil esprit, mais ce ne fut pas un coup mortel. L’arabe ne réussit à être que la langue de la religion. Aussitôt que le califat s’affaiblit, une réaction persane — d’abord sourde, bientôt ouverte — se manifeste », explique Ernest Renan****. Avec Firdousi, la Perse reprend sa complète indépendance dans l’islam. Mais ce qui fait surtout le caractère de cet auteur et qui n’appartient qu’à lui, ce sont les considérations politiques et morales par lesquelles il termine chaque catastrophe, chaque choc des peuples, chaque effondrement des royaumes. Il y a une belle mélancolie et une sorte de sagesse résignée dans ces réflexions par lesquelles il interrompt un moment la course des événements. « Ô monde ! », dit l’une d’elles*****, « n’élève personne si tu veux le moissonner après ! Si tu l’enlèves, pourquoi l’as-tu élevé ? Tu hausses un homme au-dessus du firmament, mais tout à coup tu le précipites sous la terre obscure. » « Kobad », dit une autre******, « n’avait plus que sept mois à vivre ; appelle-le donc “roi” si tu veux, ou “rien” si tu aimes mieux. Telle est la coutume de ce monde oppresseur : il ne faut pas s’attendre à ce qu’il tienne ses promesses [de longévité]. »

* En persan « شاهنامه ». Parfois transcrit « Shah Namu », « Çahname », « Chahnamè », « Schehname », « Schah-namé », « Schahnama », « Schah-namah », « Shah-nameh », « Shah Name », « Shahnamah », « Shahnama », « Šāh-nāma », « Šāhnāmah », « Şehname », « Şāh-nāme » ou « Šah-nameh ». Haut

** En persan ابوالقاسم فردوسی. Parfois transcrit Firdawsi, Firdausī, Firdavsi, Firdovsi, Firdouçy, Firdocy, Firdoosee, Firdousee, Ferdousee, Ferdosee, Ferdoucy, Ferdowsī, Firdewsi, Firdevsî, Firdusi, Firdussi, Ferdusi, Firdôsî, Ferdossi, Firdoussi, Ferdoussi, Firdoussy, Firdousy, Ferdousy ou Ferdoussy. Haut

*** « Compte rendu sur “Le Livre des rois” », 1841, p. 398-399. Haut

**** « Le Schahnameh », p. 139. Haut

***** « Tome I », p. 32. Haut

****** « Tome VII », p. 287-288. Haut

Firdousi, « Le Livre des rois. Tome V »

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit du « Livre des rois » (« Schah-nameh »*) d’Aboulkasim Firdousi** (X-XIe siècle apr. J.-C.). Cette vaste chanson de geste de soixante mille distiques relate l’histoire de la Perse (l’Iran), depuis ses origines jusqu’à l’époque où la puissance de ses monarques croula sous les armes des Arabes musulmans. La première partie, légendaire et pleine de merveilleux, est la seule véritablement épique ; la seconde, relative à la Perse sassanide, est une succession de règnes historiques, auxquels président des rois, des héros particuliers à chacun d’eux : plutôt qu’avec l’épopée, elle offre des analogies avec « quelques grands romans en vers du Moyen Âge, le “Roman de Brut”, celui de “Rou” ou certaines histoires de France », comme le dit Étienne Quatremère***. Avec « Le Livre des rois », la vieille culture persane paraît au grand jour pour prendre sa revanche de la conquête arabe. Celle-ci avait refoulé, pour quelque temps, cette culture dans les villages, où elle s’était conservée avec tout un ensemble de traditions et de légendes tenant lieu de souvenirs nationaux. « L’islamisme… fut un rude coup pour le vieil esprit, mais ce ne fut pas un coup mortel. L’arabe ne réussit à être que la langue de la religion. Aussitôt que le califat s’affaiblit, une réaction persane — d’abord sourde, bientôt ouverte — se manifeste », explique Ernest Renan****. Avec Firdousi, la Perse reprend sa complète indépendance dans l’islam. Mais ce qui fait surtout le caractère de cet auteur et qui n’appartient qu’à lui, ce sont les considérations politiques et morales par lesquelles il termine chaque catastrophe, chaque choc des peuples, chaque effondrement des royaumes. Il y a une belle mélancolie et une sorte de sagesse résignée dans ces réflexions par lesquelles il interrompt un moment la course des événements. « Ô monde ! », dit l’une d’elles*****, « n’élève personne si tu veux le moissonner après ! Si tu l’enlèves, pourquoi l’as-tu élevé ? Tu hausses un homme au-dessus du firmament, mais tout à coup tu le précipites sous la terre obscure. » « Kobad », dit une autre******, « n’avait plus que sept mois à vivre ; appelle-le donc “roi” si tu veux, ou “rien” si tu aimes mieux. Telle est la coutume de ce monde oppresseur : il ne faut pas s’attendre à ce qu’il tienne ses promesses [de longévité]. »

* En persan « شاهنامه ». Parfois transcrit « Shah Namu », « Çahname », « Chahnamè », « Schehname », « Schah-namé », « Schahnama », « Schah-namah », « Shah-nameh », « Shah Name », « Shahnamah », « Shahnama », « Šāh-nāma », « Šāhnāmah », « Şehname », « Şāh-nāme » ou « Šah-nameh ». Haut

** En persan ابوالقاسم فردوسی. Parfois transcrit Firdawsi, Firdausī, Firdavsi, Firdovsi, Firdouçy, Firdocy, Firdoosee, Firdousee, Ferdousee, Ferdosee, Ferdoucy, Ferdowsī, Firdewsi, Firdevsî, Firdusi, Firdussi, Ferdusi, Firdôsî, Ferdossi, Firdoussi, Ferdoussi, Firdoussy, Firdousy, Ferdousy ou Ferdoussy. Haut

*** « Compte rendu sur “Le Livre des rois” », 1841, p. 398-399. Haut

**** « Le Schahnameh », p. 139. Haut

***** « Tome I », p. 32. Haut

****** « Tome VII », p. 287-288. Haut

Firdousi, « Le Livre des rois. Tome IV »

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit du « Livre des rois » (« Schah-nameh »*) d’Aboulkasim Firdousi** (X-XIe siècle apr. J.-C.). Cette vaste chanson de geste de soixante mille distiques relate l’histoire de la Perse (l’Iran), depuis ses origines jusqu’à l’époque où la puissance de ses monarques croula sous les armes des Arabes musulmans. La première partie, légendaire et pleine de merveilleux, est la seule véritablement épique ; la seconde, relative à la Perse sassanide, est une succession de règnes historiques, auxquels président des rois, des héros particuliers à chacun d’eux : plutôt qu’avec l’épopée, elle offre des analogies avec « quelques grands romans en vers du Moyen Âge, le “Roman de Brut”, celui de “Rou” ou certaines histoires de France », comme le dit Étienne Quatremère***. Avec « Le Livre des rois », la vieille culture persane paraît au grand jour pour prendre sa revanche de la conquête arabe. Celle-ci avait refoulé, pour quelque temps, cette culture dans les villages, où elle s’était conservée avec tout un ensemble de traditions et de légendes tenant lieu de souvenirs nationaux. « L’islamisme… fut un rude coup pour le vieil esprit, mais ce ne fut pas un coup mortel. L’arabe ne réussit à être que la langue de la religion. Aussitôt que le califat s’affaiblit, une réaction persane — d’abord sourde, bientôt ouverte — se manifeste », explique Ernest Renan****. Avec Firdousi, la Perse reprend sa complète indépendance dans l’islam. Mais ce qui fait surtout le caractère de cet auteur et qui n’appartient qu’à lui, ce sont les considérations politiques et morales par lesquelles il termine chaque catastrophe, chaque choc des peuples, chaque effondrement des royaumes. Il y a une belle mélancolie et une sorte de sagesse résignée dans ces réflexions par lesquelles il interrompt un moment la course des événements. « Ô monde ! », dit l’une d’elles*****, « n’élève personne si tu veux le moissonner après ! Si tu l’enlèves, pourquoi l’as-tu élevé ? Tu hausses un homme au-dessus du firmament, mais tout à coup tu le précipites sous la terre obscure. » « Kobad », dit une autre******, « n’avait plus que sept mois à vivre ; appelle-le donc “roi” si tu veux, ou “rien” si tu aimes mieux. Telle est la coutume de ce monde oppresseur : il ne faut pas s’attendre à ce qu’il tienne ses promesses [de longévité]. »

* En persan « شاهنامه ». Parfois transcrit « Shah Namu », « Çahname », « Chahnamè », « Schehname », « Schah-namé », « Schahnama », « Schah-namah », « Shah-nameh », « Shah Name », « Shahnamah », « Shahnama », « Šāh-nāma », « Šāhnāmah », « Şehname », « Şāh-nāme » ou « Šah-nameh ». Haut

** En persan ابوالقاسم فردوسی. Parfois transcrit Firdawsi, Firdausī, Firdavsi, Firdovsi, Firdouçy, Firdocy, Firdoosee, Firdousee, Ferdousee, Ferdosee, Ferdoucy, Ferdowsī, Firdewsi, Firdevsî, Firdusi, Firdussi, Ferdusi, Firdôsî, Ferdossi, Firdoussi, Ferdoussi, Firdoussy, Firdousy, Ferdousy ou Ferdoussy. Haut

*** « Compte rendu sur “Le Livre des rois” », 1841, p. 398-399. Haut

**** « Le Schahnameh », p. 139. Haut

***** « Tome I », p. 32. Haut

****** « Tome VII », p. 287-288. Haut

Roûmî, « “Mathnawî” : la quête de l’absolu »

éd. du Rocher, Monaco

éd. du Rocher, Monaco

Il s’agit du « Mathnawî »* de Djélâl-ed-dîn Roûmî**, poète mystique d’expression persane, qui n’est pas seulement l’inspirateur d’une confrérie, celle des « derviches tourneurs », mais le directeur spirituel de tout le XIIIe siècle. « Un si grand poète, aimable, harmonieux, étincelant, exalté ; un esprit d’où émanent des parfums, des lumières, des musiques, un peu d’extravagance, et qui, rien que de la manière dont sa strophe prend le départ et s’élève au ciel, a déjà transporté son lecteur », dit M. Maurice Barrès***. Réfugié à Konya**** en Anatolie (Roûm), Djélâl-ed-dîn trouva dans cette ville habitée de Grecs, de Turcs, d’Arméniens, de Juifs et de Francs un peuple adonné à la poésie, à la musique, aux danses, et il employa cette poésie, cette musique, ces danses pour lui faire connaître Dieu. Son action immense en Orient jeta, pour ainsi dire, des racines si profondes dans toutes les âmes que, même jusqu’aujourd’hui, les fruits et les fleurs de ses enseignements n’ont rien perdu de leur fraîcheur ni de leur parfum ; il se survit dans ses disciples et ses successeurs qui, depuis plus de sept siècles, répètent ses plus beaux délires autour de son tombeau en l’appelant « notre Maître » (Mawlânâ*****). La beauté et l’esprit tolérant de ses œuvres ont surpris les orientalistes occidentaux, et tourné la tête aux plus sobres parmi eux. « Tous les cœurs sur lesquels souffle ma brise s’épanouissent comme un jardin plein de lumière », dit-il avec raison

* En persan « مثنوی ». Parfois transcrit « Mesnévi », « Mesnewi », « Methnévi », « Mesnavi », « Masnavi », « Masnawi », « Maṯnawī » ou « Mathnavi ». Haut

** En persan جلال‌الدین رومی. Parfois transcrit Jelālu-’d-Dīn er-Rūmī, Jellaluddin Rumi, Jelaluddin Rumi, Jalal-ud-Din Rumi, Jallaluddin Rumi, Djalâl-ud-Dîn Rûmî, Dželaluddin Rumi, Dschalal ad-din Rumi, Calaladdīn Rūmī, Jalâl ad dîn Roûmî, Yalal ad-din Rumí, Galal al-din Rumi, Djalâl-od-dîn Rûmî, Jalâloddîn Rûmî, Djélaliddin-Roumi, Jalel Iddine Roumi, Dschelâl-ed-dîn Rumi, Celaledin Rumi, Celaleddin-i Rumi, Jelaleddin Rumi, Djelalettine Roumî, Djélalledin-i-Roumi ou Djellal-ed-Dine Roumi. Haut

*** « Une Enquête aux pays du Levant. Tome II », p. 74. Haut

**** On rencontre aussi les graphies Cogni, Cogne, Conia, Konia et Konié. C’est l’ancienne Iconium. Haut

***** En persan مولانا. Parfois transcrit Maulana, Mowlânâ, Mevlana ou Mewlânâ. Haut

Attar, « Les Sept Cités de l’amour »

éd. A. Michel, coll. Spiritualités vivantes, Paris

éd. A. Michel, coll. Spiritualités vivantes, Paris

Il s’agit d’une traduction partielle du Divan (Recueil de poésies) de Férid-eddin Attar* (XIIe-XIIIe siècle apr. J.-C.). Je considère Attar comme le meilleur poète mystique de la Perse. Certes, le nombre des Persans qui se sont distingués dans le genre est si considérable, et plusieurs d’entre eux ont acquis tant de gloire, que cette opinion peut paraître hasardée. Sous le rapport du choix des pensées et de la grâce de l’expression, Djélâl-ed-dîn Roûmî ne lui est en rien inférieur ; mais de toutes les idées de ce célèbre disciple, je défierais d’en trouver une qui n’appartienne pas à Attar. Et Roûmî lui-même confesse cette lourde dette quand il dit : « Attar a parcouru les sept cités de l’Amour, tandis que j’en suis toujours au tournant d’une ruelle »** ; et encore : « Attar fut l’âme du mysticisme, et Sanaï fut ses yeux ; je ne fais que suivre leurs traces »***. Férid-eddin exerça d’abord la profession de parfumeur, ainsi que l’indique son surnom d’Attar (« qui fabrique ou qui vend des parfums »). Il avait une boutique très élégante, qui attirait les regards du public et qui flattait aussi bien les yeux que l’odorat. Un jour qu’il était assis sur le devant de sa boutique avec l’apparence d’un homme important, un fou, ou pour mieux dire, un religieux très avancé dans la vie spirituelle****, vint à sa porte, jeta un regard sur les marchandises qui étaient étalées, puis poussa un profond soupir. Attar, étonné, le pria de passer son chemin. « Tu as raison », lui répondit l’inconnu, « le voyage de l’éternité est facile pour moi. Je ne suis pas embarrassé dans ma marche, car je n’ai au monde que mon froc. Il n’en est malheureusement pas ainsi de toi, qui possèdes tant de précieuses marchandises. Songe donc à te préparer à ce voyage. »

* En persan فریدالدین عطار. Parfois transcrit Farîdoddîn ’Attâr, Féryd-eddyn Atthar, Farīd al-Dīn ‘Aṭṭār, Feriduddin Attar, Fariduddine Attar, Faridaddin Attar ou Farîd-ud-Dîn ‘Attâr. Haut

** En persan

« هفت شهر عشق راعطار گشت
ماهنوز اندر خم یک کوچهایم
 ».

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*** En persan

« عطار روح بود و سنایی دو چشم او
ما از پی سنایی و عطار آمدیم
 ».

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**** Les fous sont regardés comme des saints dans la Perse et dans l’Inde, et rangés parmi les soufis. Haut

Firdousi, « Le Livre des rois. Tome III »

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit du « Livre des rois » (« Schah-nameh »*) d’Aboulkasim Firdousi** (X-XIe siècle apr. J.-C.). Cette vaste chanson de geste de soixante mille distiques relate l’histoire de la Perse (l’Iran), depuis ses origines jusqu’à l’époque où la puissance de ses monarques croula sous les armes des Arabes musulmans. La première partie, légendaire et pleine de merveilleux, est la seule véritablement épique ; la seconde, relative à la Perse sassanide, est une succession de règnes historiques, auxquels président des rois, des héros particuliers à chacun d’eux : plutôt qu’avec l’épopée, elle offre des analogies avec « quelques grands romans en vers du Moyen Âge, le “Roman de Brut”, celui de “Rou” ou certaines histoires de France », comme le dit Étienne Quatremère***. Avec « Le Livre des rois », la vieille culture persane paraît au grand jour pour prendre sa revanche de la conquête arabe. Celle-ci avait refoulé, pour quelque temps, cette culture dans les villages, où elle s’était conservée avec tout un ensemble de traditions et de légendes tenant lieu de souvenirs nationaux. « L’islamisme… fut un rude coup pour le vieil esprit, mais ce ne fut pas un coup mortel. L’arabe ne réussit à être que la langue de la religion. Aussitôt que le califat s’affaiblit, une réaction persane — d’abord sourde, bientôt ouverte — se manifeste », explique Ernest Renan****. Avec Firdousi, la Perse reprend sa complète indépendance dans l’islam. Mais ce qui fait surtout le caractère de cet auteur et qui n’appartient qu’à lui, ce sont les considérations politiques et morales par lesquelles il termine chaque catastrophe, chaque choc des peuples, chaque effondrement des royaumes. Il y a une belle mélancolie et une sorte de sagesse résignée dans ces réflexions par lesquelles il interrompt un moment la course des événements. « Ô monde ! », dit l’une d’elles*****, « n’élève personne si tu veux le moissonner après ! Si tu l’enlèves, pourquoi l’as-tu élevé ? Tu hausses un homme au-dessus du firmament, mais tout à coup tu le précipites sous la terre obscure. » « Kobad », dit une autre******, « n’avait plus que sept mois à vivre ; appelle-le donc “roi” si tu veux, ou “rien” si tu aimes mieux. Telle est la coutume de ce monde oppresseur : il ne faut pas s’attendre à ce qu’il tienne ses promesses [de longévité]. »

* En persan « شاهنامه ». Parfois transcrit « Shah Namu », « Çahname », « Chahnamè », « Schehname », « Schah-namé », « Schahnama », « Schah-namah », « Shah-nameh », « Shah Name », « Shahnamah », « Shahnama », « Šāh-nāma », « Šāhnāmah », « Şehname », « Şāh-nāme » ou « Šah-nameh ». Haut

** En persan ابوالقاسم فردوسی. Parfois transcrit Firdawsi, Firdausī, Firdavsi, Firdovsi, Firdouçy, Firdocy, Firdoosee, Firdousee, Ferdousee, Ferdosee, Ferdoucy, Ferdowsī, Firdewsi, Firdevsî, Firdusi, Firdussi, Ferdusi, Firdôsî, Ferdossi, Firdoussi, Ferdoussi, Firdoussy, Firdousy, Ferdousy ou Ferdoussy. Haut

*** « Compte rendu sur “Le Livre des rois” », 1841, p. 398-399. Haut

**** « Le Schahnameh », p. 139. Haut

***** « Tome I », p. 32. Haut

****** « Tome VII », p. 287-288. Haut

Firdousi, « Le Livre des rois. Tome II »

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit du « Livre des rois » (« Schah-nameh »*) d’Aboulkasim Firdousi** (X-XIe siècle apr. J.-C.). Cette vaste chanson de geste de soixante mille distiques relate l’histoire de la Perse (l’Iran), depuis ses origines jusqu’à l’époque où la puissance de ses monarques croula sous les armes des Arabes musulmans. La première partie, légendaire et pleine de merveilleux, est la seule véritablement épique ; la seconde, relative à la Perse sassanide, est une succession de règnes historiques, auxquels président des rois, des héros particuliers à chacun d’eux : plutôt qu’avec l’épopée, elle offre des analogies avec « quelques grands romans en vers du Moyen Âge, le “Roman de Brut”, celui de “Rou” ou certaines histoires de France », comme le dit Étienne Quatremère***. Avec « Le Livre des rois », la vieille culture persane paraît au grand jour pour prendre sa revanche de la conquête arabe. Celle-ci avait refoulé, pour quelque temps, cette culture dans les villages, où elle s’était conservée avec tout un ensemble de traditions et de légendes tenant lieu de souvenirs nationaux. « L’islamisme… fut un rude coup pour le vieil esprit, mais ce ne fut pas un coup mortel. L’arabe ne réussit à être que la langue de la religion. Aussitôt que le califat s’affaiblit, une réaction persane — d’abord sourde, bientôt ouverte — se manifeste », explique Ernest Renan****. Avec Firdousi, la Perse reprend sa complète indépendance dans l’islam. Mais ce qui fait surtout le caractère de cet auteur et qui n’appartient qu’à lui, ce sont les considérations politiques et morales par lesquelles il termine chaque catastrophe, chaque choc des peuples, chaque effondrement des royaumes. Il y a une belle mélancolie et une sorte de sagesse résignée dans ces réflexions par lesquelles il interrompt un moment la course des événements. « Ô monde ! », dit l’une d’elles*****, « n’élève personne si tu veux le moissonner après ! Si tu l’enlèves, pourquoi l’as-tu élevé ? Tu hausses un homme au-dessus du firmament, mais tout à coup tu le précipites sous la terre obscure. » « Kobad », dit une autre******, « n’avait plus que sept mois à vivre ; appelle-le donc “roi” si tu veux, ou “rien” si tu aimes mieux. Telle est la coutume de ce monde oppresseur : il ne faut pas s’attendre à ce qu’il tienne ses promesses [de longévité]. »

* En persan « شاهنامه ». Parfois transcrit « Shah Namu », « Çahname », « Chahnamè », « Schehname », « Schah-namé », « Schahnama », « Schah-namah », « Shah-nameh », « Shah Name », « Shahnamah », « Shahnama », « Šāh-nāma », « Šāhnāmah », « Şehname », « Şāh-nāme » ou « Šah-nameh ». Haut

** En persan ابوالقاسم فردوسی. Parfois transcrit Firdawsi, Firdausī, Firdavsi, Firdovsi, Firdouçy, Firdocy, Firdoosee, Firdousee, Ferdousee, Ferdosee, Ferdoucy, Ferdowsī, Firdewsi, Firdevsî, Firdusi, Firdussi, Ferdusi, Firdôsî, Ferdossi, Firdoussi, Ferdoussi, Firdoussy, Firdousy, Ferdousy ou Ferdoussy. Haut

*** « Compte rendu sur “Le Livre des rois” », 1841, p. 398-399. Haut

**** « Le Schahnameh », p. 139. Haut

***** « Tome I », p. 32. Haut

****** « Tome VII », p. 287-288. Haut