« Les Mille Monts de lune : poèmes [bouddhiques] de Corée »

éd. A. Michel, coll. Les Carnets du calligraphe, Paris

éd. A. Michel, coll. Les Carnets du calligraphe, Paris

Il s’agit d’une anthologie de poèmes bouddhiques de la Corée (VIIe-XXe siècle). « Écrire un poème fut une des façons de pratiquer la méditation. Écrire “sans paroles et sans pensées”* est le principe de cette poésie bouddhique », dit Mme Ok-sung Ann-Baron**. « De nombreux moines-poètes écrivaient dans cet esprit avec une grande sobriété de moyens. C’est ce ton sobre, brut qui donne cette atmosphère si particulière à cette poésie — celui d’un monolithe sculpté avec des outils rudimentaires. » Les moines bouddhistes coréens écartent tout raffinement de leur poésie. Ils ne prennent pour modèle que la nature, éternelle compagne de leur solitude. Hommes peu expansifs, ils sentent pourtant avec beaucoup de profondeur ; car plus le sentiment est profond, moins il tend à s’exprimer. Cette timidité apparente, qu’on prend souvent pour de la froideur, tient à leur pudeur intérieure, qui leur fait croire qu’un cœur ne doit se confier qu’à lui-même. De là, cette exquise réserve, ce quelque chose de voilé, de discret — aussi éloigné de la rhétorique de la passion, trop commune aux poésies profanes, que celle de la religion. « Le lecteur occidental y goûtera le charme des évocations bucoliques, la beauté des ermitages ou l’atmosphère toute de paix et de puissante beauté qui émane [des] vers », dit M. Tanguy L’Aminot***. Les divers genres de poèmes bouddhiques de la Corée sont : 1o « Odosi »****, composés à la suite de l’Éveil ; 2o « Sŏllisi »*****, qui expriment la contemplation ; 3o « Sangŏsi »******, qui chantent la vie dans la montagne ; 4o « Imjongsi »*******, écrits à la veille de la mort ; enfin 5o « Sŏnchwisi »********, qui reflètent la méditation.

* En coréen « 무언무심 ». Haut

** « Préface à “Ivresse de brumes, griserie de nuages : poésie bouddhique coréenne” », p. 12. Haut

*** « Compte rendu sur “Ivresse de brumes, griserie de nuages” », p. 460. Haut

**** En coréen 오도시. Haut

***** En coréen 선리시. Parfois transcrit « seollisi ». Haut

****** En coréen 산거시. Parfois transcrit « sangeosi ». Haut

******* En coréen 임종시. Haut

******** En coréen 선취시. Parfois transcrit « seonchwisi ». Haut

« Ivresse de brumes, griserie de nuages : poésie bouddhique coréenne »

éd. Gallimard, coll. Connaissance de l’Orient, Paris

éd. Gallimard, coll. Connaissance de l’Orient, Paris

Il s’agit d’une anthologie de poèmes bouddhiques de la Corée (XIIIe-XVIe siècle). « Écrire un poème fut une des façons de pratiquer la méditation. Écrire “sans paroles et sans pensées”* est le principe de cette poésie bouddhique », dit Mme Ok-sung Ann-Baron**. « De nombreux moines-poètes écrivaient dans cet esprit avec une grande sobriété de moyens. C’est ce ton sobre, brut qui donne cette atmosphère si particulière à cette poésie — celui d’un monolithe sculpté avec des outils rudimentaires. » Les moines bouddhistes coréens écartent tout raffinement de leur poésie. Ils ne prennent pour modèle que la nature, éternelle compagne de leur solitude. Hommes peu expansifs, ils sentent pourtant avec beaucoup de profondeur ; car plus le sentiment est profond, moins il tend à s’exprimer. Cette timidité apparente, qu’on prend souvent pour de la froideur, tient à leur pudeur intérieure, qui leur fait croire qu’un cœur ne doit se confier qu’à lui-même. De là, cette exquise réserve, ce quelque chose de voilé, de discret — aussi éloigné de la rhétorique de la passion, trop commune aux poésies profanes, que celle de la religion. « Le lecteur occidental y goûtera le charme des évocations bucoliques, la beauté des ermitages ou l’atmosphère toute de paix et de puissante beauté qui émane [des] vers », dit M. Tanguy L’Aminot***. Les divers genres de poèmes bouddhiques de la Corée sont : 1o « Odosi »****, composés à la suite de l’Éveil ; 2o « Sŏllisi »*****, qui expriment la contemplation ; 3o « Sangŏsi »******, qui chantent la vie dans la montagne ; 4o « Imjongsi »*******, écrits à la veille de la mort ; enfin 5o « Sŏnchwisi »********, qui reflètent la méditation.

* En coréen « 무언무심 ». Haut

** « Préface à “Ivresse de brumes, griserie de nuages : poésie bouddhique coréenne” », p. 12. Haut

*** « Compte rendu sur “Ivresse de brumes, griserie de nuages” », p. 460. Haut

**** En coréen 오도시. Haut

***** En coréen 선리시. Parfois transcrit « seollisi ». Haut

****** En coréen 산거시. Parfois transcrit « sangeosi ». Haut

******* En coréen 임종시. Haut

******** En coréen 선취시. Parfois transcrit « seonchwisi ». Haut

« Le Saule aux dix mille rameaux : anthologie de la poésie coréenne médiévale et classique »

éd. UNESCO-Langues & Mondes, coll. Bilingues L & M, Paris

éd. UNESCO-Langues & Mondes, coll. Bilingues L & M, Paris

Il s’agit de Pak Il-lo*, Chŏng Ch’ŏl** et autres poètes classiques de la Corée (VIIe-XIXe siècle). Jadis, pour les Coréens, les préceptes de la morale chinoise — piété filiale, fidélité au suzerain, modération — constituaient la principale source de l’art d’écrire. Le style, la valeur littéraire étaient subordonnés à l’orthodoxie de la pensée. Un auteur soucieux des mœurs acquises, de l’ordre figé était toujours mis au-dessus d’un auteur brillant. Le fonctionnaire-lettré digne de ce nom se devait d’ignorer ou de désavouer ce qui ne venait pas des Anciens. L’originalité était condamnable, l’initiative — suspecte : il ne fallait ni idées neuves ni recherches inédites. « Il en résultait que, dès qu’un écrivain trouvait dans un ouvrage classique un passage ou une phrase correspondant à l’idée qu’il avait dans l’esprit, il n’avait garde de chercher une façon de dire personnelle : il transcrivait le passage ou la phrase, joyeux de se couvrir de l’autorité d’un Ancien »***. Sauf exception, la poésie coréenne paraît donc peu originale, toujours imbue de l’esprit chinois, souvent une simple imitation. Telle qu’elle est cependant, bien inférieure aux poésies japonaise et vietnamienne qui ont su se ménager une part de fantaisie malgré les emprunts faits à l’étranger, elle l’emporte de beaucoup sur ce qu’ont produit les Mongols, les Mandchous et les autres élèves de la Chine. Voici les principaux genres de la poésie coréenne : 1o « Hyangga »**** (« chants du terroir ») conservés dans le recueil « Choses qui nous sont parvenues de l’époque des Trois Royaumes » (« Samguk Yusa »*****) et qui représentent les premières œuvres rédigées en coréen ; 2o « Changga »****** (« chansons longues ») remontant à la dynastie de Koryŏ ; 3o « Sijo »******* (« airs populaires »), brefs poèmes de trois vers, la forme la plus emblématique de la poésie coréenne ; 4o « Kasa »******** (« chants rythmés »), sorte de prose rythmée ; enfin 5o « Hansi »********* (« poèmes en chinois »).

* En coréen 박인로. Parfois transcrit Pak In-no, Pak In-lo, Bak In-no ou Park In-ro. Haut

** En coréen 정철. Parfois transcrit Jeong Cheol ou Chung Chol. Haut

*** Maurice Courant, « Bibliographie coréenne ». Haut

**** En coréen 향가. Haut

***** En coréen « 삼국유사 ». Haut

****** En coréen 창가. Haut

******* En coréen 시조. Parfois transcrit « si-djo ». Haut

******** En coréen 가사. Parfois transcrit « gasa ». Haut

********* En coréen 한시. Haut

Phạm Quỳnh, « Le Paysan tonkinois à travers le parler populaire »

éd. Đông-Kinh, coll. Nam-Phong, Hanoï

éd. Đông-Kinh, coll. Nam-Phong, Hanoï

Il s’agit d’une anthologie raisonnée des chants et des proverbes du Tonkin, par Phạm Quỳnh, le plus grand érudit et critique vietnamien du siècle dernier. Né à Hanoï, le 17 décembre 1892, il fut orphelin très tôt : « Enfant, j’habitais avec ma grand-mère près de la caserne des soldats français, qui ne manquaient pas d’exciter ma curiosité comme celle de mes camarades de jeu. Un sergent-chef s’intéressa plus particulièrement à moi et me prit en affection. Il m’enseigna les premières notions de français et m’apprit à écrire »*. Intelligent, appliqué, doué d’une mémoire étonnante, Phạm Quỳnh sortit premier du Collège du protectorat et n’eut qu’un seul plan : faire en sorte qu’il eût sa part dans l’éveil de la littérature nationale. « Sans littérature nationale », disait-il**, « il ne peut y avoir de culture nationale ; sans culture nationale, il ne peut y avoir d’indépendance intellectuelle et spirituelle ; sans indépendance intellectuelle et spirituelle, il ne peut y avoir d’indépendance politique ». Selon lui, cet éveil se ferait seulement lorsque la civilisation vietnamienne continuerait sa tradition chansonnière, et consoliderait dignement son héritage confucéen : « Je ne puis m’imaginer », disait-il***, « que ces préceptes si sages de Confucius ; cette essence légère et discrète dont sont imprégnés les refrains, les chansons traditionnelles de mon pays ; cette poésie subtile de l’âme d’un peuple [qui sait] respecter [à la fois] les réalités de l’existence et le rêve, et qui, en peinant durement au fil des générations sur la terre [ancestrale], est capable de s’émouvoir quand lui parvient, apporté par la brise des champs, le cri de l’alouette — je ne puis m’imaginer que tout ceci viendrait à disparaître pour s’assimiler dans les formes de la nouvelle civilisation ». Ce fut surtout à partir de 1910 que, nommé secrétaire de l’École française d’Extrême-Orient, il se mit résolument à toutes les études spéciales que supposait son plan. Ainsi préparé, il fonda la revue « Nam-Phong » (« Vent du Sud »****), et alors seulement il entra pleinement dans son sujet. Ce que fit la revue « Nam-Phong », pendant dix-huit ans, en matière d’édition, commentaire, traduction, diffusion du patrimoine vietnamien, tient du prodige. Je n’exagère pas en disant que Phạm Quỳnh ne vécut plus que pour sa revue ; il lui donna une âme, une conscience, une dignité propres et lui assura un prestige qui ne fut jamais égalé par celui d’aucune revue du Viêt-nam.

* Dans « Hommage à Pham Quynh », p. 42. Haut

** Phạm Quỳnh, « Quốc-học với quốc-văn » (« Culture nationale et Littérature nationale ») dans « Nam-Phong », vol. 26, no 164. Haut

*** Dans Dương Mỹ Loan, p. 1100. Haut

**** Titre emprunté aux « Entretiens familiers de Confucius » : « Jadis Shun (), jouant du [luth] à cinq cordes, composa les chants du Nan-Feng (南風). Ces chants portaient : “Oh ! l’harmonie du Nan-Feng ! On peut par lui dissiper les soucis de mon peuple. Oh ! le temps du Nan-Feng ! On peut par lui développer les richesses de mon peuple”. C’est en agissant ainsi qu’il s’est élevé ». Haut

Parny, « Œuvres complètes. Tome I. La Guerre des dieux • Les Déguisements de Vénus »

éd. L’Harmattan, coll. Les Introuvables, Paris

Il s’agit d’Évariste-Désiré, chevalier de Parny, poète et créole qui doit la meilleure partie de sa renommée à ses « Élégies » érotiques et ses « Chansons madécasses » (XVIIIe siècle). Chateaubriand les savait par cœur, et il écrivit à l’homme dont les vers faisaient ses délices pour lui demander la permission de le voir : « Parny me répondit poliment ; je me rendis chez lui, rue de Cléry. Je trouvai un homme assez jeune encore, de très bon ton, grand, maigre, le visage marqué de petite vérole. Il me rendit ma visite ; je le présentai à mes sœurs. Il aimait peu la société et il en fut bientôt chassé par la politique… Je n’ai point connu d’écrivain qui fût plus semblable à ses ouvrages : poète et créole, il ne lui fallait que le ciel de l’Inde, une fontaine, un palmier et une femme. Il redoutait le bruit, cherchait à glisser dans la vie sans être aperçu… et n’était trahi dans son obscurité que par… sa lyre »*. Mais le premier trait distinctif du « seul poète élégiaque que la France ait encore produit », comme l’appelait Chateaubriand**, était sa bonté et sa sympathie. Sensible partout aux malheurs de l’humanité, Parny déplorait le sort de l’Inde affamée, ravagée par la politique de l’Angleterre, et celui des Noirs dans les colonies de la France dont la nourriture était « saine et assez abondante », mais qui avaient la pioche à la main depuis quatre heures du matin jusqu’au coucher du soleil : « Non, je ne saurais me plaire », écrivait-il*** de l’île de la Réunion, qui était son île natale — « non, je ne saurais me plaire dans un pays où mes regards ne peuvent tomber que sur le spectacle de la servitude, où le bruit des fouets et des chaînes étourdit mon oreille et retentit dans mon cœur. Je ne vois que des tyrans et des esclaves, et je ne vois pas mon semblable. On troque tous les jours un homme contre un cheval : il est impossible que je m’accoutume à une bizarrerie si révoltante ».

* « Mémoires d’outre-tombe », liv. IV, ch. 12. Haut

** « Essai historique sur les révolutions », liv. I, part. 1, ch. 22. Haut

*** « Tome IV », p. 130. Haut

« Contes d’Ise, “Ise monogatari” »

éd. Gallimard-UNESCO, coll. Connaissance de l’Orient, Paris

éd. Gallimard-UNESCO, coll. Connaissance de l’Orient, Paris

Il s’agit d’une traduction de l’« Ise monogatari »* (« Récits d’Ise »). Ce recueil de cent vingt-cinq anecdotes est le résultat d’une activité très remarquable à laquelle les Japonais se livraient autrefois (Xe siècle apr. J.-C.), laquelle consistait à situer tel ou tel poème, en en donnant l’histoire, en en faisant connaître la destination, le but, l’humeur, en indiquant en un mot toutes les circonstances de sa composition, quitte à enjoliver, à inventer. En ce temps-là, la poésie faisait bel et bien partie de l’art du quotidien. Que ce fût pour envoyer un cadeau, pour écrire un billet doux, un mot d’excuse, pour briller dans la conversation, pour exprimer des condoléances ou encore une prière aux dieux, tout le monde avait eu maintes et maintes fois l’occasion d’improviser un poème. « Mais quand tout le monde est poète », dit M. René Sieffert**, « les bons poètes n’en sont que plus rares et que plus prisés, et l’on ne manquera pas de guetter et de relever la moindre parole de quiconque se sera fait une réputation en la matière. Et surtout, l’on se délectera à en parler, à se répéter et à commenter l’histoire de chaque poème. » Dès l’anthologie « Man-yô-shû », les vers étaient inséparables d’une narration en prose, qui les situait. Il suffisait d’agrandir cette narration, d’en soigner la forme, d’en faire un conte ou une nouvelle galante, par exemple, pour obtenir un genre nouveau : l’« uta-monogatari »*** (le « récit centré autour d’un poème »). C’est précisément cette tradition de l’« uta-monogatari » qui atteint sa perfection dans le « Yamato monogatari » et dans l’« Ise monogatari ». Un siècle plus tard, le mélange de cette tradition avec celle du journal intime aboutira, sous le pinceau de la dame Murasaki-shikibu, au sommet le plus haut atteint par la littérature japonaise : le « Dit du genji ».

* En japonais « 伊勢物語 ». Autrefois transcrit « Icé monogatari » ou « Içé monogatari ». Haut

** « Préface aux “Contes de Yamato” », p. 10. Haut

*** En japonais 歌物語. Autrefois transcrit « outamonogatari ». Haut

« Contes de Yamato »

éd. Publications orientalistes de France, coll. Contes et Romans du Moyen Âge-Les Œuvres capitales de la littérature japonaise, Paris

éd. Publications orientalistes de France, coll. Contes et Romans du Moyen Âge-Les Œuvres capitales de la littérature japonaise, Paris

Il s’agit d’une traduction du « Yamato monogatari »* (« Récits de Yamato »). Ce recueil de cent soixante-treize anecdotes est le résultat d’une activité très remarquable à laquelle les Japonais se livraient autrefois (Xe siècle apr. J.-C.), laquelle consistait à situer tel ou tel poème, en en donnant l’histoire, en en faisant connaître la destination, le but, l’humeur, en indiquant en un mot toutes les circonstances de sa composition, quitte à enjoliver, à inventer. En ce temps-là, la poésie faisait bel et bien partie de l’art du quotidien. Que ce fût pour envoyer un cadeau, pour écrire un billet doux, un mot d’excuse, pour briller dans la conversation, pour exprimer des condoléances ou encore une prière aux dieux, tout le monde avait eu maintes et maintes fois l’occasion d’improviser un poème. « Mais quand tout le monde est poète », dit M. René Sieffert**, « les bons poètes n’en sont que plus rares et que plus prisés, et l’on ne manquera pas de guetter et de relever la moindre parole de quiconque se sera fait une réputation en la matière. Et surtout, l’on se délectera à en parler, à se répéter et à commenter l’histoire de chaque poème. » Dès l’anthologie « Man-yô-shû », les vers étaient inséparables d’une narration en prose, qui les situait. Il suffisait d’agrandir cette narration, d’en soigner la forme, d’en faire un conte ou une nouvelle galante, par exemple, pour obtenir un genre nouveau : l’« uta-monogatari »*** (le « récit centré autour d’un poème »). C’est précisément cette tradition de l’« uta-monogatari » qui atteint sa perfection dans le « Yamato monogatari » et dans l’« Ise monogatari ». Un siècle plus tard, le mélange de cette tradition avec celle du journal intime aboutira, sous le pinceau de la dame Murasaki-shikibu, au sommet le plus haut atteint par la littérature japonaise : le « Dit du genji ».

* En japonais « 大和物語 ». Haut

** p. 10. Haut

*** En japonais 歌物語. Autrefois transcrit « outamonogatari ». Haut

« Le Chant de la fidèle Chunhyang »

éd. Zulma, Paris

éd. Zulma, Paris

Il s’agit du « Chant de Chunhyang » (« Chunhyang-ga »*) ou « Histoire de Chunhyang » (« Chunhyang-jŏn »**), légende fort célèbre en Corée et chantée dans les réjouissances populaires. Elle traite de l’amour entre Chunhyang*** (« Parfum de printemps »), fille d’une ancienne courtisane, et Mongryong**** (« Rêve de dragon »), fils d’un noble gouverneur. Au moment où les fleurs commençaient à s’épanouir, le jeune Mongryong était occupé à lire dans la bibliothèque de son père. Ayant interrompu son travail pour se promener, il vit la jeune Chunhyang en train de faire de la balançoire : « Elle saisit la corde de ses délicates mains, monta sur la planche et s’envola… Vue de face, elle était l’hirondelle qui plonge pour attraper au vol un pétale de fleur de pêcher qui glisse sur le sol. De dos, elle semblait un papillon multicolore qui s’éloigne à la recherche de sa compagne »*****. Mongryong tomba aussitôt amoureux d’elle, et elle de lui. À cause de la différence dans leur condition et dans leur fortune, ils s’épousèrent en cachette. Sur ces entrefaites, le père de Mongryong fut appelé à la capitale, où son fils fut obligé de le suivre. Leur successeur, homme « brutal et emporté »******, voulut acheter les faveurs de Chunhyang, mais celle-ci lui résista, fidèle à son lointain époux, si bien qu’elle fut torturée et emprisonnée. Je ne dirai rien de la fin de l’histoire, sinon qu’elle est heureuse. Le succès du « Chant de Chunhyang » lui vient de ce qu’il osait parler tout haut d’amour en cette Corée de l’ancien régime où les jeunes cœurs étouffaient sous le poids de l’autorité, et où le mariage était une affaire de raison, traitée entre pères, sans que les conjoints aient la moindre voix au chapitre. Certes, je l’avoue : l’intrigue est naïve, les caractères — vieillis, le style — maladroit ; mais, sous tout cela, on sent l’âme des grands poètes du peuple. Leurs sentiments bons et purs ont passé à travers cette œuvre. Ils l’ont vivifiée autrefois ; ils la soutiennent encore aujourd’hui, car le « Chant de Chunhyang » continue d’être représenté dans la ville de Namwon*******, qui est celle de la jeune héroïne. Il s’y tient chaque année un grand festival auquel participent les meilleurs « myeongchang »******** (« maîtres chanteurs »). On dit que certains d’entre eux, « afin de donner à leur voix la perfection de l’expressivité… vont jusqu’à cracher du sang »********* devant une foule qui les paie amplement en sanglots et en applaudissements.

* En coréen « 춘향가 ». Haut

** En coréen « 춘향전 ». Autrefois transcrit « Tchyoun hyang tjyen », « Tchoun-hyang-djun », « Tchun hyang djŏn », « Choon hyang jyn », « Chun hyang chun », « Chun-hyang-jun », « Ch’unhyang chŏn » ou « Chunhyangjeon ». Haut

*** En coréen 춘향. Haut

**** En coréen 몽룡. Haut

***** p. 25. Haut

****** p. 81. Haut

******* En coréen 남원. Autrefois transcrit Nam-Hyong. Haut

******** En coréen 명창. Haut

********* Mee-jeong Lee, « Le Pansori : un art lyrique coréen ». Haut

Erfan, « Les Damnées du paradis et Autres Nouvelles »

éd. de l’Aube, coll. Regards croisés, La Tour d’Aigues

éd. de l’Aube, coll. Regards croisés, La Tour d’Aigues

Il s’agit des « Damnées du paradis » de M. Ali Erfan, écrivain iranien de langue française. Né à Ispahan en 1946, il fait partie de ces hommes de théâtre, ces cinéastes, ces artistes que l’évolution politique de leur pays a menés à la prison et à l’exil. Quand son deuxième film a été projeté, le ministre de la Culture iranien, présent dans la salle, a déclaré à la fin : « Le seul mur blanc sur lequel on n’a pas encore versé le sang des impurs, c’est l’écran de cinéma. Si on exécute ce traître, et que cet écran devient rouge, tous les cinéastes comprendront qu’on ne peut pas jouer avec les intérêts du peuple musulman »*. Il a quitté alors l’Iran pour poursuivre une carrière d’écrivain à Paris. Bien que cette carrière soit loin d’être finie, je m’autorise, dès à présent, à résumer les principales et différentes qualités de M. Erfan et comme les éléments constitutifs de son génie. 1o Le goût de l’intrigue troublante, rapide, sombre. « Mon récit », dit M. Erfan, « sera rapide comme l’ange de la mort lorsqu’il surgit par la fenêtre ou par la fente sous la porte, s’empare de l’âme du pire des tyrans et disparaît aussitôt par le même chemin, en emportant l’âme d’un poète »**. 2o La nostalgie de la patrie, de la langue natale, de l’enfance. Chaque fois qu’il entreprend d’écrire, M. Erfan cherche le temps de sa première jeunesse. Il goûte l’extase de la mémoire, le plaisir de retrouver les choses perdues et oubliées dans la langue natale. Et comme cette mémoire retrouvée ne raconte pas ce qui s’est passé réellement, mais ce qui aurait pu se passer, c’est elle le véritable écrivain ; et M. Erfan est son premier lecteur : « Maintenant, je connais [la langue française]. Mais je ne veux pas parler… Madame dit : “Mon chéri, dis : jasmin”. Je ne veux pas. Je veux prononcer le nom de la fleur qui était dans notre maison. Comment s’appelait-elle ? Pourquoi est-ce que je ne me souviens pas ? Cette grande fleur qui poussait au coin de la cour. Qui montait, qui tournait. Elle grimpait par-dessus la porte de notre maison, et elle retombait dans la rue… Comment s’appelait-elle ? Elle sentait bon. Madame dit encore : “Dis, mon chéri”. Moi, je pleure, je pleure… »*** 3o L’absence de philosophie morale, d’idéal, de sentiment religieux. Si M. Erfan n’a pas la joie de croire, c’est là son défaut, ou plutôt son malheur, mais un malheur tenant à une cause fort grave, je veux dire les crimes que M. Erfan a vu commettre au nom d’une religion dont les préceptes ont été dénaturés et détournés de leur propos et de leur véritable signification : « Il ouvrit sans hâte l’un des épais dossiers [de la République islamique], en retira un feuillet, l’examina et, tout d’un coup, s’écria : “Enfermez cette femme dans un sac de jute et jetez-lui des pierres jusqu’à ce qu’elle crève comme un chien… Que le père étrangle son fils de ses propres mains… Violez la fillette de douze ans malgré son repentir et, entre ses jambes, tirez son foie” »

* Dans Mathieu Lindon, « L’Enfer paradisiaque d’Ali Erfan ». Haut

** « Le Dernier Poète du monde », p. 11. Haut

*** id. p. 82. Haut

« Les Femmes de lettres birmanes »

éd. L’Harmattan, coll. Lettres asiatiques, Paris

éd. L’Harmattan, coll. Lettres asiatiques, Paris

Il s’agit d’une anthologie des femmes de lettres de la Birmanie (Myanmar). Au XIXe siècle encore, les livres de ce pays étaient formés de feuilles de palmier séchées et noircies, sur lesquelles les lettres étaient gravées avec un stylet de métal ou une pointe d’os, qui laissait une empreinte blanche : « Je languis », dit une poétesse birmane*, « et ma tête s’incline comme une fleur sous les rayons du soleil. D’une pointe d’os, je grave des feuillets noircis ». Deux trous, traversant chaque feuille, servaient à les lier toutes ensemble pour former un volume, au moyen d’un cordon qui passait également à travers les deux planches qui faisaient office de couverture. Du reste, que l’humanité ait écrit sur des feuilles de palmier dès l’antiquité la plus reculée, nous en avons pour garant Pline l’Ancien, qui dit « qu’auparavant on ne connaissait pas le papier : on écrivit, d’abord, sur des feuilles de palmier » (« antea non fuisse chartarum usum : in palmarum foliis primo scriptitatum »). C’était là une matière facile à travailler, mais particulièrement périssable et plus sujette que toute autre aux atteintes de la chaleur et de l’humidité ; et si elle n’était pas préservée des insectes ou des rats, une bibliothèque entière pouvait, en peu de temps, être la proie de ces bestioles. La première Birmane dont les écrits aient passé jusqu’à nous est la princesse Yazadatoukalya** (XVIe siècle apr. J.-C.), qui se consolait d’être séparée de son amant en composant des « yedou »*** (« poèmes des saisons »). Sous les descriptions saisonnières, on voit poindre une âme locale, née dans la puissante jungle des montagnes :

« En un lieu de la belle montagne couverte de forêts est construit un nid : palais et paradis. Régnant par sa gloire et par sa force, le perroquet, aux plumes et aux ailes d’émeraude, comprend et connaît tout sur la conduite des hommes… Toi, perroquet, précipite-toi à travers le vent, la pluie et les nuages, et va supplier [mon amant]. Dis-lui que son amoureuse l’attend impatiemment, pleine d’espoir, étendue sur sa couche inclinée, dans un vaste et magnifique royaume »

* p. 35. Haut

** En birman ရာဇဓာတုကလျာ. Parfois transcrit Yaza-datu Kalaya ou Raza-datu-kalya. Haut

*** En birman ရတု. Parfois transcrit « yadu » ou « yatu ». Haut

« Anthologie de la poésie classique turque (dite du Divan) »

éd. Ayyıldız, Ankara

éd. Ayyıldız, Ankara

Il s’agit d’une anthologie de la poésie ottomane. Dès la fixation des Turcs en Anatolie, deux poésies s’affrontent, dont la première finira par l’emporter à l’époque ottomane, mais dont la seconde triomphera entièrement dans la Turquie moderne : d’un côté, celle des seigneurs et des citadins, dont le but sera de transposer en un turc bourré d’arabe et de persan les manières littéraires de ces deux grandes langues musulmanes, dans des vers fondés sur la quantité longue et brève des syllabes ; de l’autre, celle des paysans et des nomades, peut-être moins savants, mais doués d’un sens plus vif de leur langue maternelle, souvent nourris de chansons populaires, qui entreprendront d’exprimer leur sensibilité et leur pensée selon le génie national, dans des vers fondés sur le seul nombre des syllabes. Les succès prestigieux, au XIVe siècle, du seigneur turc Othman, qui soumet avec le secours de l’islamisme toute l’Anatolie avant de se lancer à la conquête des Balkans et du Proche-Orient, ont pour conséquence inéluctable, en même temps qu’une centralisation du pouvoir, la réunion à la Cour de tous les poètes de renom, qui deviennent ainsi « des écrivains professionnels et courtisans, aristocrates et pédants, vivant en vase clos et de façon artificielle, coupés du reste de la nation »*. Au XVIe siècle, avec l’apogée de l’Empire sous le règne du sultan Soliman coïncide, comme de juste, la maturité de la poésie ottomane, incarnée par Bâkî**. Poète de génie, Bâkî doit à son seul talent une brillante réputation et une haute fortune ; car s’il débute sa vie comme fils d’un pauvre muezzin, il finit sa carrière comme vizir. « Ses ghazels — courts poèmes lyriques de ton généralement léger — où ce grave ecclésiastique chante l’amour et le vin en des termes qui nous surprennent, mais dont les commentateurs orthodoxes assurent qu’ils sont symboliques, sont parmi les plus célèbres »***. Je leur préfère, cependant, la perfection classique de son « Oraison funèbre du sultan Soliman »****, laquelle évoque avec un grand art cette période où l’Empire ottoman était sans doute le plus puissant du monde

* Louis Bazin, « Littérature turque ». Haut

** Autrefois transcrit Bâqî ou Baqui. Haut

*** Louis Bazin, « Littérature turque ». Haut

**** En turc « Mersiye-i sultân Süleymân ». Haut

Gan Bao, « À la recherche des esprits : récits tirés du “Sou shen ji” »

éd. Gallimard, coll. Connaissance de l’Orient, Paris

éd. Gallimard, coll. Connaissance de l’Orient, Paris

Il s’agit d’une traduction partielle du « Sou shen ji »* (« À la recherche des esprits ») de Gan Bao**, historien chinois porté vers l’étude de l’astrologie et des sciences occultes, et qui entendait « démontrer que la doctrine relative au surnaturel n’est pas une affabulation »*** (IIIe-IVe siècle apr. J.-C.). On rapporte qu’encore enfant, Gan Bao fut témoin d’un drame de famille qui décida de sa vocation : Son père chérissait une servante jalousée par sa mère. Quand ce dernier mourut, son épouse la fit enterrer vivante dans la tombe du défunt. Mais plus de dix ans après ces faits tragiques, lorsqu’on ouvrit la tombe, on trouva la servante dans le même état où elle se trouvait au moment de l’enterrement ; on l’emporta donc, et le lendemain, elle revint à la vie. Elle raconta que son défunt amant lui donnait constamment à boire et à manger, lui témoignant une affection semblable à celle qu’il avait eue pour elle de son vivant. Ce fut à la suite de ces circonstances que Gan Bao se mit à recueillir tout ce qui avait trait aux fantômes, aux génies, aux bêtes métamorphosées, et d’une façon plus générale, au merveilleux. Gros de quatre cent soixante-quatre récits, son « Sou shen ji » compte parmi les recueils les plus importants dans la catégorie des « choses dont Confucius ne traitait pas », c’est-à-dire des choses fantastiques****. « Gan Bao n’est pas qu’un merveilleux conteur de l’étrange, c’est aussi un grand écrivain au style concis et au vocabulaire riche », explique M. Rémi Mathieu*****. « Sa prose s’inspire bien entendu des grands classiques de l’Antiquité, mais la touche personnelle de l’auteur est présente tout au long de ces lignes, surtout à travers de longs poèmes, parfois difficiles à interpréter. » Une suite existe au recueil de Gan Bao, intitulée « Suite à la Recherche des esprits » (« Xu Sou shen ji »******), en dix volumes.

* En chinois « 搜神記 ». Autrefois transcrit « Cheou chen ki », « Seou chen ki », « Seu-shen-ki », « Sou shen ki » ou « Sou shen chi ». Haut

** En chinois 干寶. Autrefois transcrit Kan Pao. Haut

*** Dans Lu Xun, « Brève Histoire du roman chinois », p. 60. Haut

**** Référence aux « Entretiens de Confucius », VII, 21 : « Le Maître ne traitait ni des prodiges, ni de la violence, ni du désordre, ni des esprits ». Haut

***** « Gan Bao » dans « Dictionnaire universel des littératures ». Haut

****** En chinois « 續搜神記 », inédit en français. Haut

Saikaku, « Cinq Amoureuses »

éd. Gallimard-UNESCO, coll. Connaissance de l’Orient, Paris

éd. Gallimard-UNESCO, coll. Connaissance de l’Orient, Paris

Il s’agit du « Kôshoku gonin onna »* (« Cinq Amoureuses »**) d’Ihara Saikaku***, marchand japonais qui, après la mort de sa femme et de sa fille aveugle, se consacra à l’art du roman, où il devint un maître incontesté, et le plus habile des écrivains. On compare la vivacité et la rapidité de son style à celles que l’on éprouve en descendant un torrent dans une barque. À la naissance de Saikaku, en 1642, le Japon était entré dans une période de paix et de bon ordre, après plus de deux siècles de guerres civiles. Les fortifications rasées des villes avaient fait place à des quartiers de distraction, où les bourgeois mettaient à la poursuite du plaisir l’opiniâtreté et la passion qu’ils avaient autrefois apportées à la conquête de l’argent. L’œuvre de Saikaku, vaste fresque de ce « monde flottant » (« ukiyo »****), prend pour sujets les marchands, les vendeurs, les fabricants de tonneaux, les bouilleurs d’alcool de riz, les acteurs, les guerriers, les courtisanes. Les portraits de celles-ci surtout, très remarquables et très osés, allant jusqu’à la vulgarité, font qu’on considère Saikaku comme un pornographe ; en quoi, on a grand tort. Car si on lui enlève ce masque d’indécence, qui peut bien avoir contribué à faire de lui le plus populaire écrivain de son temps, mais qui n’est cependant qu’un masque, et le plus trompeur des masques, on verra un psychologue hors pair, lucide, mais plein d’humour, toujours à l’écoute du « cœur des gens de ce monde » (« yo no hito-gokoro »*****) comme il dit lui-même******. Avec lui, le Japon retrouve cette finesse d’observation qu’il n’avait plus atteinte depuis Murasaki-shikibu. « Dans ses ouvrages aussi francs qu’enjoués, Saikaku [décrit] tous les hasards doux et amers de ce monde de l’impermanence et de l’illusion dénoncé dans les sermons des bonzes. Mais les héros de Saikaku ne tentent pas de lui échapper, ils mettent leur sagesse à s’en accommoder, et leur ironie à n’en être pas dupes. D’avance, ils acceptent tout ce que les hasards de ce monde voudront bien leur donner — et le hasard n’est pas chiche envers eux… Ces récits, on le voit, sont francs, cyniques, salaces. Libertins ? Non, on n’y trouve jamais viol ni dol, jamais cet accent de révolte et de défi qui relève les noires prouesses du libertinage occidental, de Don Juan… à Sade. Pour être libres de leurs plaisirs, les héros de Saikaku n’ont pas à se [faire] scélérats », dit M. Maurice Pinguet

* En japonais « 好色五人女 ». Haut

** Parfois traduit « Cinq Libertines ». Haut

*** En japonais 井原西鶴. Autrefois transcrit Ihara Saïkakou. Haut

**** En japonais « 浮世 ». Autrefois transcrit « oukiyo ». Haut

***** En japonais « 世の人心 ». Haut

****** Ihara Saikaku, « Saikaku oridome » (« Le Tissage interrompu de Saikaku »), inédit en français. Haut