Botev, « Œuvres choisies »

éd. en Langues étrangères, Sofia

éd. en Langues étrangères, Sofia

Il s’agit d’une traduction par Paul Éluard de l’œuvre de Hristo Botev*, révolutionnaire bulgare, poète de premier ordre, mort sous les coups des Turcs. Il n’a laissé qu’une vingtaine de poèmes, mais ils représentent le point culminant atteint par la pensée bulgare avant la libération (1878). C’est qu’à travers eux, Botev a légué aux générations un testament de liberté et de justice à réaliser — un testament si riche d’idéals qu’il constitue un trésor inépuisable où ses compatriotes cherchent aujourd’hui encore l’inspiration. La lutte de Botev est dictée par l’époque où il vit. Cette époque se résume en quelques mots : esclavage national, oppression politique, exploitation sociale. La grande conscience qu’a Botev du terrible et du tragique de cette époque se répand à travers toute son œuvre. Déjà ses premiers poèmes tracent un tableau saisissant des malheurs populaires : les chaînes grondent sourdement ; la sueur sanglante des fronts coule sur les pierres tombales ; la croix s’enfonce en plein milieu des chairs vives du peuple** ; la rouille ronge les os. Dans « À mon premier amour »***, Botev condamne résolument toute indifférence devant ces malheurs et tout retranchement dans un bonheur privé, détaché du destin collectif :

« Ta voix est belle, tu es jeune,
Mais entends-tu chanter les bois ?
Entends-tu sangloter les pauvres ?

* En bulgare Христо Ботев (ou Ботьов). Autrefois transcrit Christo Boteff (ou Botyoff), Christo Botev (ou Botyov), Khristo Botev (ou Botyov) ou Hristo Botjov. Haut

** Allusion à la tyrannie du clergé grec, qui avait pris à tâche d’anéantir tout ce qui avait nom bulgare. Haut

*** En bulgare « До моето първо либе ». Haut

Pham Duy Khiêm, « La Jeune Femme de Nam Xuong »

éd. Taupin, Hanoï

éd. Taupin, Hanoï

Il s’agit de « La Jeune Femme de Nam Xuong » de M. Pham Duy Khiêm*, écrivain vietnamien d’expression française. Né en 1908, orphelin de bonne heure, M. Pham Duy Khiêm dut à ses efforts assidus de remporter, au lycée Albert-Sarraut de Hanoï, tous les prix d’excellence. Après le baccalauréat classique, qu’il fut le premier Vietnamien à passer, il partit en France terminer ses études, en pauvre boursier. Sa situation d’étudiant sans foyer, originaire des colonies, eut un contrecoup affectif à travers un amour impossible avec une jeune Parisienne nommée Sylvie. Sous le pseudonyme de Nam Kim, il évoqua avec beaucoup de sensibilité dans « Nam et Sylvie » la naissance de cette passion qui paraissait d’emblée vouée à l’échec. Cet amour déboucha surtout sur un attachement immuable à la France, et M. Pham Duy Khiêm ne rentra au Viêt-nam qu’avec une lourde appréhension, presque une angoisse, qu’il faut être né sur un sol étranger pour comprendre : « Aucun homme », dit-il**, « ne peut, sans une certaine mélancolie, s’éloigner pour toujours peut-être d’un lieu où il a beaucoup vécu, qu’il s’agisse ou non d’un pays comme la France, d’une ville comme Paris. Si par la même occasion il se sépare de ses années d’étudiant et de sa jeunesse, ce n’est pas une tristesse vague qu’il ressent, mais un déchirement secret ». À la veille de la Seconde Guerre, par un geste que plusieurs de ses compatriotes prirent très mal et que peu d’entre eux imitèrent, M. Pham Duy Khiêm s’engagea dans l’armée française. Ses amis lui écrivirent pour lui en demander les raisons ; il les exposa dans « La Place d’un homme : de Hanoï à La Courtine » : « Il y a péril, un homme se lève — pourquoi lui demander des raisons ? C’est plutôt à ceux qui se tiennent cois à fournir les raisons qu’ils auraient pour s’abstenir », dit-il***. « Je n’aime pas la guerre, je n’aime pas la vie militaire ; mais nous sommes en guerre, et je ne saurais demeurer ailleurs. Il ne s’agit point d’un choix entre France et Annam. Il s’agit seulement de savoir la place d’un [homme] comme moi, en ce moment. Elle est ici ; et je dois l’occuper, quelque dangereuse qu’elle soit ».

* En vietnamien Phạm Duy Khiêm. Haut

** « Nam et Sylvie », p. 3. Haut

*** « La Place d’un homme : de Hanoï à La Courtine », p. 12 & 120. Haut

Pham Duy Khiêm, « Légendes des terres sereines »

éd. Mercure de France, Paris

éd. Mercure de France, Paris

Il s’agit des « Légendes des terres sereines » de M. Pham Duy Khiêm*, écrivain vietnamien d’expression française. Né en 1908, orphelin de bonne heure, M. Pham Duy Khiêm dut à ses efforts assidus de remporter, au lycée Albert-Sarraut de Hanoï, tous les prix d’excellence. Après le baccalauréat classique, qu’il fut le premier Vietnamien à passer, il partit en France terminer ses études, en pauvre boursier. Sa situation d’étudiant sans foyer, originaire des colonies, eut un contrecoup affectif à travers un amour impossible avec une jeune Parisienne nommée Sylvie. Sous le pseudonyme de Nam Kim, il évoqua avec beaucoup de sensibilité dans « Nam et Sylvie » la naissance de cette passion qui paraissait d’emblée vouée à l’échec. Cet amour déboucha surtout sur un attachement immuable à la France, et M. Pham Duy Khiêm ne rentra au Viêt-nam qu’avec une lourde appréhension, presque une angoisse, qu’il faut être né sur un sol étranger pour comprendre : « Aucun homme », dit-il**, « ne peut, sans une certaine mélancolie, s’éloigner pour toujours peut-être d’un lieu où il a beaucoup vécu, qu’il s’agisse ou non d’un pays comme la France, d’une ville comme Paris. Si par la même occasion il se sépare de ses années d’étudiant et de sa jeunesse, ce n’est pas une tristesse vague qu’il ressent, mais un déchirement secret ». À la veille de la Seconde Guerre, par un geste que plusieurs de ses compatriotes prirent très mal et que peu d’entre eux imitèrent, M. Pham Duy Khiêm s’engagea dans l’armée française. Ses amis lui écrivirent pour lui en demander les raisons ; il les exposa dans « La Place d’un homme : de Hanoï à La Courtine » : « Il y a péril, un homme se lève — pourquoi lui demander des raisons ? C’est plutôt à ceux qui se tiennent cois à fournir les raisons qu’ils auraient pour s’abstenir », dit-il***. « Je n’aime pas la guerre, je n’aime pas la vie militaire ; mais nous sommes en guerre, et je ne saurais demeurer ailleurs. Il ne s’agit point d’un choix entre France et Annam. Il s’agit seulement de savoir la place d’un [homme] comme moi, en ce moment. Elle est ici ; et je dois l’occuper, quelque dangereuse qu’elle soit ».

* En vietnamien Phạm Duy Khiêm. Haut

** « Nam et Sylvie », p. 3. Haut

*** « La Place d’un homme : de Hanoï à La Courtine », p. 12 & 120. Haut

« La forêt se mit à pleurer : chansons populaires bulgares »

éd. électronique

éd. électronique

Il s’agit d’une anthologie des chansons traditionnelles de la Bulgarie, chansons qui restent aujourd’hui encore une réalité artistique vivante dans ce pays — une expression des souffrances et des douleurs nationales, une confession des désirs, des aspirations, des rêves populaires, une part sacrée de la vie quotidienne du peuple. En effet, dans l’histoire littéraire de la Bulgarie, les chansons traditionnelles occupent la page la plus précieuse et la plus intéressante. Elles témoignent d’un travail artistique ininterrompu chez les masses populaires et poursuivi à travers de longs siècles ; de dons poétiques manifestes même aux heures les plus noires de l’oppression turque ; d’un génie collectif toujours fécond et étonnamment puissant. « Ces chansons sont l’œuvre d’un peuple qui jusqu’à il y a un siècle n’avait pas une littérature propre, dont il pût faire étalage sur le comptoir de la vanité mondiale », dit un critique bulgare*. « Dans toute notre littérature d’avant le siècle dernier, il n’y a rien de bulgare, hormis l’alphabet.

* Pentcho Slaveykov. Haut

« Les Mille Monts de lune : poèmes [bouddhiques] de Corée »

éd. A. Michel, coll. Les Carnets du calligraphe, Paris

éd. A. Michel, coll. Les Carnets du calligraphe, Paris

Il s’agit d’une anthologie de poèmes bouddhiques de la Corée (VIIe-XXe siècle). « Écrire un poème fut une des façons de pratiquer la méditation. Écrire “sans paroles et sans pensées”* est le principe de cette poésie bouddhique », dit Mme Ok-sung Ann-Baron**. « De nombreux moines-poètes écrivaient dans cet esprit avec une grande sobriété de moyens. C’est ce ton sobre, brut qui donne cette atmosphère si particulière à cette poésie — celui d’un monolithe sculpté avec des outils rudimentaires. » Les moines bouddhistes coréens écartent tout raffinement de leur poésie. Ils ne prennent pour modèle que la nature, éternelle compagne de leur solitude. Hommes peu expansifs, ils sentent pourtant avec beaucoup de profondeur ; car plus le sentiment est profond, moins il tend à s’exprimer. Cette timidité apparente, qu’on prend souvent pour de la froideur, tient à leur pudeur intérieure, qui leur fait croire qu’un cœur ne doit se confier qu’à lui-même. De là, cette exquise réserve, ce quelque chose de voilé, de discret — aussi éloigné de la rhétorique de la passion, trop commune aux poésies profanes, que celle de la religion. « Le lecteur occidental y goûtera le charme des évocations bucoliques, la beauté des ermitages ou l’atmosphère toute de paix et de puissante beauté qui émane [des] vers », dit M. Tanguy L’Aminot***. Les divers genres de poèmes bouddhiques de la Corée sont : 1o « Odosi »****, composés à la suite de l’Éveil ; 2o « Sŏllisi »*****, qui expriment la contemplation ; 3o « Sangŏsi »******, qui chantent la vie dans la montagne ; 4o « Imjongsi »*******, écrits à la veille de la mort ; enfin 5o « Sŏnchwisi »********, qui reflètent la méditation.

* En coréen « 무언무심 ». Haut

** « Préface à “Ivresse de brumes, griserie de nuages : poésie bouddhique coréenne” », p. 12. Haut

*** « Compte rendu sur “Ivresse de brumes, griserie de nuages” », p. 460. Haut

**** En coréen 오도시. Haut

***** En coréen 선리시. Parfois transcrit « seollisi ». Haut

****** En coréen 산거시. Parfois transcrit « sangeosi ». Haut

******* En coréen 임종시. Haut

******** En coréen 선취시. Parfois transcrit « seonchwisi ». Haut

« Ivresse de brumes, griserie de nuages : poésie bouddhique coréenne »

éd. Gallimard, coll. Connaissance de l’Orient, Paris

éd. Gallimard, coll. Connaissance de l’Orient, Paris

Il s’agit d’une anthologie de poèmes bouddhiques de la Corée (XIIIe-XVIe siècle). « Écrire un poème fut une des façons de pratiquer la méditation. Écrire “sans paroles et sans pensées”* est le principe de cette poésie bouddhique », dit Mme Ok-sung Ann-Baron**. « De nombreux moines-poètes écrivaient dans cet esprit avec une grande sobriété de moyens. C’est ce ton sobre, brut qui donne cette atmosphère si particulière à cette poésie — celui d’un monolithe sculpté avec des outils rudimentaires. » Les moines bouddhistes coréens écartent tout raffinement de leur poésie. Ils ne prennent pour modèle que la nature, éternelle compagne de leur solitude. Hommes peu expansifs, ils sentent pourtant avec beaucoup de profondeur ; car plus le sentiment est profond, moins il tend à s’exprimer. Cette timidité apparente, qu’on prend souvent pour de la froideur, tient à leur pudeur intérieure, qui leur fait croire qu’un cœur ne doit se confier qu’à lui-même. De là, cette exquise réserve, ce quelque chose de voilé, de discret — aussi éloigné de la rhétorique de la passion, trop commune aux poésies profanes, que celle de la religion. « Le lecteur occidental y goûtera le charme des évocations bucoliques, la beauté des ermitages ou l’atmosphère toute de paix et de puissante beauté qui émane [des] vers », dit M. Tanguy L’Aminot***. Les divers genres de poèmes bouddhiques de la Corée sont : 1o « Odosi »****, composés à la suite de l’Éveil ; 2o « Sŏllisi »*****, qui expriment la contemplation ; 3o « Sangŏsi »******, qui chantent la vie dans la montagne ; 4o « Imjongsi »*******, écrits à la veille de la mort ; enfin 5o « Sŏnchwisi »********, qui reflètent la méditation.

* En coréen « 무언무심 ». Haut

** « Préface à “Ivresse de brumes, griserie de nuages : poésie bouddhique coréenne” », p. 12. Haut

*** « Compte rendu sur “Ivresse de brumes, griserie de nuages” », p. 460. Haut

**** En coréen 오도시. Haut

***** En coréen 선리시. Parfois transcrit « seollisi ». Haut

****** En coréen 산거시. Parfois transcrit « sangeosi ». Haut

******* En coréen 임종시. Haut

******** En coréen 선취시. Parfois transcrit « seonchwisi ». Haut

« Le Saule aux dix mille rameaux : anthologie de la poésie coréenne médiévale et classique »

éd. UNESCO-Langues & Mondes, coll. Bilingues L & M, Paris

éd. UNESCO-Langues & Mondes, coll. Bilingues L & M, Paris

Il s’agit de Pak Il-lo*, Chŏng Ch’ŏl** et autres poètes classiques de la Corée (VIIe-XIXe siècle). Jadis, pour les Coréens, les préceptes de la morale chinoise — piété filiale, fidélité au suzerain, modération — constituaient la principale source de l’art d’écrire. Le style, la valeur littéraire étaient subordonnés à l’orthodoxie de la pensée. Un auteur soucieux des mœurs acquises, de l’ordre figé était toujours mis au-dessus d’un auteur brillant. Le fonctionnaire-lettré digne de ce nom se devait d’ignorer ou de désavouer ce qui ne venait pas des Anciens. L’originalité était condamnable, l’initiative — suspecte : il ne fallait ni idées neuves ni recherches inédites. « Il en résultait que, dès qu’un écrivain trouvait dans un ouvrage classique un passage ou une phrase correspondant à l’idée qu’il avait dans l’esprit, il n’avait garde de chercher une façon de dire personnelle : il transcrivait le passage ou la phrase, joyeux de se couvrir de l’autorité d’un Ancien »***. Sauf exception, la poésie coréenne paraît donc peu originale, toujours imbue de l’esprit chinois, souvent une simple imitation. Telle qu’elle est cependant, bien inférieure aux poésies japonaise et vietnamienne qui ont su se ménager une part de fantaisie malgré les emprunts faits à l’étranger, elle l’emporte de beaucoup sur ce qu’ont produit les Mongols, les Mandchous et les autres élèves de la Chine. Voici les principaux genres de la poésie coréenne : 1o « Hyangga »**** (« chants du terroir ») conservés dans le recueil « Choses qui nous sont parvenues de l’époque des Trois Royaumes » (« Samguk Yusa »*****) et qui représentent les premières œuvres rédigées en coréen ; 2o « Changga »****** (« chansons longues ») remontant à la dynastie de Koryŏ ; 3o « Sijo »******* (« airs populaires »), brefs poèmes de trois vers, la forme la plus emblématique de la poésie coréenne ; 4o « Kasa »******** (« chants rythmés »), sorte de prose rythmée ; enfin 5o « Hansi »********* (« poèmes en chinois »).

* En coréen 박인로. Parfois transcrit Pak In-no, Pak In-lo, Bak In-no ou Park In-ro. Haut

** En coréen 정철. Parfois transcrit Jeong Cheol ou Chung Chol. Haut

*** Maurice Courant, « Bibliographie coréenne ». Haut

**** En coréen 향가. Haut

***** En coréen « 삼국유사 ». Haut

****** En coréen 창가. Haut

******* En coréen 시조. Parfois transcrit « si-djo ». Haut

******** En coréen 가사. Parfois transcrit « gasa ». Haut

********* En coréen 한시. Haut

Phạm Quỳnh, « Le Paysan tonkinois à travers le parler populaire »

éd. Đông-Kinh, coll. Nam-Phong, Hanoï

éd. Đông-Kinh, coll. Nam-Phong, Hanoï

Il s’agit d’une anthologie raisonnée des chants et des proverbes du Tonkin, par Phạm Quỳnh, le plus grand érudit et critique vietnamien du siècle dernier. Né à Hanoï, le 17 décembre 1892, il fut orphelin très tôt : « Enfant, j’habitais avec ma grand-mère près de la caserne des soldats français, qui ne manquaient pas d’exciter ma curiosité comme celle de mes camarades de jeu. Un sergent-chef s’intéressa plus particulièrement à moi et me prit en affection. Il m’enseigna les premières notions de français et m’apprit à écrire »*. Intelligent, appliqué, doué d’une mémoire étonnante, Phạm Quỳnh sortit premier du Collège du protectorat et n’eut qu’un seul plan : faire en sorte qu’il eût sa part dans l’éveil de la littérature nationale. « Sans littérature nationale », disait-il**, « il ne peut y avoir de culture nationale ; sans culture nationale, il ne peut y avoir d’indépendance intellectuelle et spirituelle ; sans indépendance intellectuelle et spirituelle, il ne peut y avoir d’indépendance politique ». Selon lui, cet éveil se ferait seulement lorsque la civilisation vietnamienne continuerait sa tradition chansonnière, et consoliderait dignement son héritage confucéen : « Je ne puis m’imaginer », disait-il***, « que ces préceptes si sages de Confucius ; cette essence légère et discrète dont sont imprégnés les refrains, les chansons traditionnelles de mon pays ; cette poésie subtile de l’âme d’un peuple [qui sait] respecter [à la fois] les réalités de l’existence et le rêve, et qui, en peinant durement au fil des générations sur la terre [ancestrale], est capable de s’émouvoir quand lui parvient, apporté par la brise des champs, le cri de l’alouette — je ne puis m’imaginer que tout ceci viendrait à disparaître pour s’assimiler dans les formes de la nouvelle civilisation ». Ce fut surtout à partir de 1910 que, nommé secrétaire de l’École française d’Extrême-Orient, il se mit résolument à toutes les études spéciales que supposait son plan. Ainsi préparé, il fonda la revue « Nam-Phong » (« Vent du Sud »****), et alors seulement il entra pleinement dans son sujet. Ce que fit la revue « Nam-Phong », pendant dix-huit ans, en matière d’édition, commentaire, traduction, diffusion du patrimoine vietnamien, tient du prodige. Je n’exagère pas en disant que Phạm Quỳnh ne vécut plus que pour sa revue ; il lui donna une âme, une conscience, une dignité propres et lui assura un prestige qui ne fut jamais égalé par celui d’aucune revue du Viêt-nam.

* Dans « Hommage à Pham Quynh », p. 42. Haut

** Phạm Quỳnh, « Quốc-học với quốc-văn » (« Culture nationale et Littérature nationale ») dans « Nam-Phong », vol. 26, no 164. Haut

*** Dans Dương Mỹ Loan, p. 1100. Haut

**** Titre emprunté aux « Entretiens familiers de Confucius » : « Jadis Shun (), jouant du [luth] à cinq cordes, composa les chants du Nan-Feng (南風). Ces chants portaient : “Oh ! l’harmonie du Nan-Feng ! On peut par lui dissiper les soucis de mon peuple. Oh ! le temps du Nan-Feng ! On peut par lui développer les richesses de mon peuple”. C’est en agissant ainsi qu’il s’est élevé ». Haut

Parny, « Œuvres complètes. Tome I. La Guerre des dieux • Les Déguisements de Vénus »

éd. L’Harmattan, coll. Les Introuvables, Paris

Il s’agit d’Évariste-Désiré, chevalier de Parny, poète et créole qui doit la meilleure partie de sa renommée à ses « Élégies » érotiques et ses « Chansons madécasses » (XVIIIe siècle). Chateaubriand les savait par cœur, et il écrivit à l’homme dont les vers faisaient ses délices pour lui demander la permission de le voir : « Parny me répondit poliment ; je me rendis chez lui, rue de Cléry. Je trouvai un homme assez jeune encore, de très bon ton, grand, maigre, le visage marqué de petite vérole. Il me rendit ma visite ; je le présentai à mes sœurs. Il aimait peu la société et il en fut bientôt chassé par la politique… Je n’ai point connu d’écrivain qui fût plus semblable à ses ouvrages : poète et créole, il ne lui fallait que le ciel de l’Inde, une fontaine, un palmier et une femme. Il redoutait le bruit, cherchait à glisser dans la vie sans être aperçu… et n’était trahi dans son obscurité que par… sa lyre »*. Mais le premier trait distinctif du « seul poète élégiaque que la France ait encore produit », comme l’appelait Chateaubriand**, était sa bonté et sa sympathie. Sensible partout aux malheurs de l’humanité, Parny déplorait le sort de l’Inde affamée, ravagée par la politique de l’Angleterre, et celui des Noirs dans les colonies de la France dont la nourriture était « saine et assez abondante », mais qui avaient la pioche à la main depuis quatre heures du matin jusqu’au coucher du soleil : « Non, je ne saurais me plaire », écrivait-il*** de l’île de la Réunion, qui était son île natale — « non, je ne saurais me plaire dans un pays où mes regards ne peuvent tomber que sur le spectacle de la servitude, où le bruit des fouets et des chaînes étourdit mon oreille et retentit dans mon cœur. Je ne vois que des tyrans et des esclaves, et je ne vois pas mon semblable. On troque tous les jours un homme contre un cheval : il est impossible que je m’accoutume à une bizarrerie si révoltante ».

* « Mémoires d’outre-tombe », liv. IV, ch. 12. Haut

** « Essai historique sur les révolutions », liv. I, part. 1, ch. 22. Haut

*** « Tome IV », p. 130. Haut

« Contes d’Ise, “Ise monogatari” »

éd. Gallimard-UNESCO, coll. Connaissance de l’Orient, Paris

éd. Gallimard-UNESCO, coll. Connaissance de l’Orient, Paris

Il s’agit d’une traduction de l’« Ise monogatari »* (« Récits d’Ise »). Ce recueil de cent vingt-cinq anecdotes est le résultat d’une activité très remarquable à laquelle les Japonais se livraient autrefois (Xe siècle apr. J.-C.), laquelle consistait à situer tel ou tel poème, en en donnant l’histoire, en en faisant connaître la destination, le but, l’humeur, en indiquant en un mot toutes les circonstances de sa composition, quitte à enjoliver, à inventer. En ce temps-là, la poésie faisait bel et bien partie de l’art du quotidien. Que ce fût pour envoyer un cadeau, pour écrire un billet doux, un mot d’excuse, pour briller dans la conversation, pour exprimer des condoléances ou encore une prière aux dieux, tout le monde avait eu maintes et maintes fois l’occasion d’improviser un poème. « Mais quand tout le monde est poète », dit M. René Sieffert**, « les bons poètes n’en sont que plus rares et que plus prisés, et l’on ne manquera pas de guetter et de relever la moindre parole de quiconque se sera fait une réputation en la matière. Et surtout, l’on se délectera à en parler, à se répéter et à commenter l’histoire de chaque poème. » Dès l’anthologie « Man-yô-shû », les vers étaient inséparables d’une narration en prose, qui les situait. Il suffisait d’agrandir cette narration, d’en soigner la forme, d’en faire un conte ou une nouvelle galante, par exemple, pour obtenir un genre nouveau : l’« uta-monogatari »*** (le « récit centré autour d’un poème »). C’est précisément cette tradition de l’« uta-monogatari » qui atteint sa perfection dans le « Yamato monogatari » et dans l’« Ise monogatari ». Un siècle plus tard, le mélange de cette tradition avec celle du journal intime aboutira, sous le pinceau de la dame Murasaki-shikibu, au sommet le plus haut atteint par la littérature japonaise : le « Dit du genji ».

* En japonais « 伊勢物語 ». Autrefois transcrit « Icé monogatari » ou « Içé monogatari ». Haut

** « Préface aux “Contes de Yamato” », p. 10. Haut

*** En japonais 歌物語. Autrefois transcrit « outamonogatari ». Haut

« Contes de Yamato »

éd. Publications orientalistes de France, coll. Contes et Romans du Moyen Âge-Les Œuvres capitales de la littérature japonaise, Paris

éd. Publications orientalistes de France, coll. Contes et Romans du Moyen Âge-Les Œuvres capitales de la littérature japonaise, Paris

Il s’agit d’une traduction du « Yamato monogatari »* (« Récits de Yamato »). Ce recueil de cent soixante-treize anecdotes est le résultat d’une activité très remarquable à laquelle les Japonais se livraient autrefois (Xe siècle apr. J.-C.), laquelle consistait à situer tel ou tel poème, en en donnant l’histoire, en en faisant connaître la destination, le but, l’humeur, en indiquant en un mot toutes les circonstances de sa composition, quitte à enjoliver, à inventer. En ce temps-là, la poésie faisait bel et bien partie de l’art du quotidien. Que ce fût pour envoyer un cadeau, pour écrire un billet doux, un mot d’excuse, pour briller dans la conversation, pour exprimer des condoléances ou encore une prière aux dieux, tout le monde avait eu maintes et maintes fois l’occasion d’improviser un poème. « Mais quand tout le monde est poète », dit M. René Sieffert**, « les bons poètes n’en sont que plus rares et que plus prisés, et l’on ne manquera pas de guetter et de relever la moindre parole de quiconque se sera fait une réputation en la matière. Et surtout, l’on se délectera à en parler, à se répéter et à commenter l’histoire de chaque poème. » Dès l’anthologie « Man-yô-shû », les vers étaient inséparables d’une narration en prose, qui les situait. Il suffisait d’agrandir cette narration, d’en soigner la forme, d’en faire un conte ou une nouvelle galante, par exemple, pour obtenir un genre nouveau : l’« uta-monogatari »*** (le « récit centré autour d’un poème »). C’est précisément cette tradition de l’« uta-monogatari » qui atteint sa perfection dans le « Yamato monogatari » et dans l’« Ise monogatari ». Un siècle plus tard, le mélange de cette tradition avec celle du journal intime aboutira, sous le pinceau de la dame Murasaki-shikibu, au sommet le plus haut atteint par la littérature japonaise : le « Dit du genji ».

* En japonais « 大和物語 ». Haut

** p. 10. Haut

*** En japonais 歌物語. Autrefois transcrit « outamonogatari ». Haut

« Le Chant de la fidèle Chunhyang »

éd. Zulma, Paris

éd. Zulma, Paris

Il s’agit du « Chant de Chunhyang » (« Chunhyang-ga »*) ou « Histoire de Chunhyang » (« Chunhyang-jŏn »**), légende fort célèbre en Corée et chantée dans les réjouissances populaires. Elle traite de l’amour entre Chunhyang*** (« Parfum de printemps »), fille d’une ancienne courtisane, et Mongryong**** (« Rêve de dragon »), fils d’un noble gouverneur. Au moment où les fleurs commençaient à s’épanouir, le jeune Mongryong était occupé à lire dans la bibliothèque de son père. Ayant interrompu son travail pour se promener, il vit la jeune Chunhyang en train de faire de la balançoire : « Elle saisit la corde de ses délicates mains, monta sur la planche et s’envola… Vue de face, elle était l’hirondelle qui plonge pour attraper au vol un pétale de fleur de pêcher qui glisse sur le sol. De dos, elle semblait un papillon multicolore qui s’éloigne à la recherche de sa compagne »*****. Mongryong tomba aussitôt amoureux d’elle, et elle de lui. À cause de la différence dans leur condition et dans leur fortune, ils s’épousèrent en cachette. Sur ces entrefaites, le père de Mongryong fut appelé à la capitale, où son fils fut obligé de le suivre. Leur successeur, homme « brutal et emporté »******, voulut acheter les faveurs de Chunhyang, mais celle-ci lui résista, fidèle à son lointain époux, si bien qu’elle fut torturée et emprisonnée. Je ne dirai rien de la fin de l’histoire, sinon qu’elle est heureuse. Le succès du « Chant de Chunhyang » lui vient de ce qu’il osait parler tout haut d’amour en cette Corée de l’ancien régime où les jeunes cœurs étouffaient sous le poids de l’autorité, et où le mariage était une affaire de raison, traitée entre pères, sans que les conjoints aient la moindre voix au chapitre. Certes, je l’avoue : l’intrigue est naïve, les caractères — vieillis, le style — maladroit ; mais, sous tout cela, on sent l’âme des grands poètes du peuple. Leurs sentiments bons et purs ont passé à travers cette œuvre. Ils l’ont vivifiée autrefois ; ils la soutiennent encore aujourd’hui, car le « Chant de Chunhyang » continue d’être représenté dans la ville de Namwon*******, qui est celle de la jeune héroïne. Il s’y tient chaque année un grand festival auquel participent les meilleurs « myeongchang »******** (« maîtres chanteurs »). On dit que certains d’entre eux, « afin de donner à leur voix la perfection de l’expressivité… vont jusqu’à cracher du sang »********* devant une foule qui les paie amplement en sanglots et en applaudissements.

* En coréen « 춘향가 ». Haut

** En coréen « 춘향전 ». Autrefois transcrit « Tchyoun hyang tjyen », « Tchoun-hyang-djun », « Tchun hyang djŏn », « Choon hyang jyn », « Chun hyang chun », « Chun-hyang-jun », « Ch’unhyang chŏn » ou « Chunhyangjeon ». Haut

*** En coréen 춘향. Haut

**** En coréen 몽룡. Haut

***** p. 25. Haut

****** p. 81. Haut

******* En coréen 남원. Autrefois transcrit Nam-Hyong. Haut

******** En coréen 명창. Haut

********* Mee-jeong Lee, « Le Pansori : un art lyrique coréen ». Haut

Erfan, « Les Damnées du paradis et Autres Nouvelles »

éd. de l’Aube, coll. Regards croisés, La Tour d’Aigues

éd. de l’Aube, coll. Regards croisés, La Tour d’Aigues

Il s’agit des « Damnées du paradis » de M. Ali Erfan, écrivain iranien de langue française. Né à Ispahan en 1946, il fait partie de ces hommes de théâtre, ces cinéastes, ces artistes que l’évolution politique de leur pays a menés à la prison et à l’exil. Quand son deuxième film a été projeté, le ministre de la Culture iranien, présent dans la salle, a déclaré à la fin : « Le seul mur blanc sur lequel on n’a pas encore versé le sang des impurs, c’est l’écran de cinéma. Si on exécute ce traître, et que cet écran devient rouge, tous les cinéastes comprendront qu’on ne peut pas jouer avec les intérêts du peuple musulman »*. Il a quitté alors l’Iran pour poursuivre une carrière d’écrivain à Paris. Bien que cette carrière soit loin d’être finie, je m’autorise, dès à présent, à résumer les principales et différentes qualités de M. Erfan et comme les éléments constitutifs de son génie. 1o Le goût de l’intrigue troublante, rapide, sombre. « Mon récit », dit M. Erfan, « sera rapide comme l’ange de la mort lorsqu’il surgit par la fenêtre ou par la fente sous la porte, s’empare de l’âme du pire des tyrans et disparaît aussitôt par le même chemin, en emportant l’âme d’un poète »**. 2o La nostalgie de la patrie, de la langue natale, de l’enfance. Chaque fois qu’il entreprend d’écrire, M. Erfan cherche le temps de sa première jeunesse. Il goûte l’extase de la mémoire, le plaisir de retrouver les choses perdues et oubliées dans la langue natale. Et comme cette mémoire retrouvée ne raconte pas ce qui s’est passé réellement, mais ce qui aurait pu se passer, c’est elle le véritable écrivain ; et M. Erfan est son premier lecteur : « Maintenant, je connais [la langue française]. Mais je ne veux pas parler… Madame dit : “Mon chéri, dis : jasmin”. Je ne veux pas. Je veux prononcer le nom de la fleur qui était dans notre maison. Comment s’appelait-elle ? Pourquoi est-ce que je ne me souviens pas ? Cette grande fleur qui poussait au coin de la cour. Qui montait, qui tournait. Elle grimpait par-dessus la porte de notre maison, et elle retombait dans la rue… Comment s’appelait-elle ? Elle sentait bon. Madame dit encore : “Dis, mon chéri”. Moi, je pleure, je pleure… »*** 3o L’absence de philosophie morale, d’idéal, de sentiment religieux. Si M. Erfan n’a pas la joie de croire, c’est là son défaut, ou plutôt son malheur, mais un malheur tenant à une cause fort grave, je veux dire les crimes que M. Erfan a vu commettre au nom d’une religion dont les préceptes ont été dénaturés et détournés de leur propos et de leur véritable signification : « Il ouvrit sans hâte l’un des épais dossiers [de la République islamique], en retira un feuillet, l’examina et, tout d’un coup, s’écria : “Enfermez cette femme dans un sac de jute et jetez-lui des pierres jusqu’à ce qu’elle crève comme un chien… Que le père étrangle son fils de ses propres mains… Violez la fillette de douze ans malgré son repentir et, entre ses jambes, tirez son foie” »

* Dans Mathieu Lindon, « L’Enfer paradisiaque d’Ali Erfan ». Haut

** « Le Dernier Poète du monde », p. 11. Haut

*** id. p. 82. Haut