Comptes rendus sur la littérature ancienne et moderne de toutes les nations

CatégorieGrands chefs-d’œuvre

Yulgok, « Principes essentiels pour éduquer les jeunes gens »

éd. Les Belles Lettres, coll. Bibliothèque chinoise, Paris

éd. Les Belles Lettres, coll. Bibliothèque chinoise, Paris

Il s’agit des « Principes essentiels pour éduquer les jeunes gens » (« Kyŏngmong yogyŏl » *, littéralement « Principes essentiels pour repousser l’ignorance juvénile »), ouvrage qui appartient à l’apogée du néo-confucianisme coréen. Son auteur Yi I **, plus connu sous le surnom de Yulgok *** (« la Vallée des châtaigniers »), aurait pu poursuivre une existence de moine ; car en 1551 apr. J.-C., après la mort prématurée de sa mère Sin Sa-imdang ****, femme de lettres et l’une des artistes-peintres les plus respectées, alors que le chagrin et le deuil le plongèrent dans une sombre méditation, il se retira dans un monastère bouddhique sur les monts de Diamants (Kumgangsan *****). Mais un moine qu’il rencontra là-bas le fit changer d’avis : « Alors que je visitais [un des monts], je pénétrais seul un jour, durant quelques “li”, dans une profonde vallée et y découvris un petit ermitage. Un vieux moine, qui portait l’habit, était assis dans une position correcte, me regardant, sans dire un mot et sans se lever. Furetant partout dans l’ermitage, je ne remarquai aucun objet. Et dans la cuisine, il semblait qu’on n’avait pas préparé de repas depuis plusieurs jours » ******. Yulgok se rendit compte, en conversant avec cet homme, qu’une vie retirée et solitaire aurait été une vie stérile, qui n’aurait pu lui apporter un bonheur complet ; elle aurait consisté à négliger ses devoirs envers la société laïque, si lourds soient-ils. « Je n’ai pas encore achevé mes relations avec le monde », dit-il ******* à son retour. Et après une période d’hésitation, où il relut l’ensemble des traditions chinoises et coréennes, dans la multitude de leurs textes, il décida d’agir par toutes ses forces à la transformation de son pays selon l’éthique de l’école néo-confucéenne. Regardé dans son pays comme le modèle de cette école, Yulgok fut plusieurs fois ministre. Politicien engagé et grand moraliste, il laissa derrière lui une dizaine d’ouvrages ayant pour thème principal l’élévation des esprits et le développement des consciences à travers l’étude : « Sans étude, nul homme ne pourrait devenir humain », dit-il dans une célèbre phrase ********. Par « étude », Yulgok n’entend rien d’insolite ni d’extraordinaire : « Il suffit », précise-t-il, « de se conduire à tout moment du quotidien, en fonction [des] circonstances, en père tendre, en fils filial, en sujet loyal, en époux soucieux des distinctions de rôles, en frère attentionné, en jeune homme respectueux des aînés ou en ami de confiance. » Dans notre monde actuel où l’on ne comprend plus que l’étude réside dans le quotidien et où l’on la juge exagérément malaisée, la pensée de Yulgok si pure, si belle, si concrète peut être un admirable soutien. Lisez la suite›

* En coréen « 격몽요결 », en chinois « 擊蒙要訣 ».

** En coréen 이이. Parfois transcrit Yi Yi.

*** En coréen 율곡, en chinois 栗谷. Autrefois transcrit Yul-kok, Youlgok ou Youl-kok.

**** En coréen 신사임당, en chinois 申師任堂. Parfois transcrit Shin Saïmdang.

***** En coréen 금강산.

****** Dans Philippe Thiébault, « La Pensée coréenne », p. 177.

******* Dans id. p. 184.

******** « Principes essentiels pour éduquer les jeunes gens », p. 7.

« Un Poète hongrois : Vörösmarty »

dans « La Grande Revue », 1ᵉʳ octobre 1906, p. 5-20

dans « La Grande Revue », 1er octobre 1906, p. 5-20

Il s’agit de Michel Vörösmarty (Mihály Vörösmarty *), le premier poète complet dont la Hongrie ait pu s’enorgueillir (XIXe siècle). Après avoir résisté aux invasions étrangères pendant une bonne partie de son histoire, la Hongrie avait senti s’user ses forces ; la léthargie l’avait saisie, et elle avait éprouvé une espèce de lent engourdissement dont elle ne devait s’éveiller qu’avec les guerres napoléoniennes, après une longue période de germanisation et d’anéantissement. « L’instant fut unique. L’activité se rétablit spontanément, impatiente de s’exercer ; de tous côtés, des hommes surgirent, cherchant la voie nouvelle, la bonne orientation, l’acte conforme au génie hongrois » **. Un nom domine cette période : Michel Vörösmarty. Grand réformateur de la langue et créateur d’une poésie éminemment nationale, artiste noble et patriote ardent, Vörösmarty ouvrit le chemin que les Petœfi et les Arany allaient suivre. À vingt-cinq ans, il acheva son premier chef-d’œuvre : « La Fuite de Zalán » *** (« Zalán Futása »), épopée célébrant en dix chants la victoire mythique des Hongrois dans les plaines d’Alpár et la fuite de Zalán, le chef des Slaves et des Bulgares ****. En voici le début : « Gloire de nos aïeux, où t’attardes-tu dans la brume nocturne ? On vit s’écrouler [les] siècles et, solitaire, tu erres sous leurs décombres dans la profondeur, avec un éclat [qui va] s’affaiblissant » *****. Cette épopée fonda la gloire de Vörösmarty ; elle retraçait, dans un brillant tableau, les exploits guerriers des ancêtres et leurs luttes pour la conquête du pays. La langue neuve et la couleur nationale valurent au poète l’admiration de ses compatriotes. En 1848, il subit les conséquences de cette gloire. Élu membre de la diète, il prit part à la Révolution, et après la catastrophe de Világos, qui vit la Hongrie succomber sous les forces de la Russie et de l’Autriche, il dut errer en se cachant dans des huttes de forestiers : « Nos patriam fugimus » (« Nous autres, nous fuyons la patrie » ******), écrivit-il sur la porte d’une cabane misérable l’ayant abrité une nuit. Lisez la suite›

* Autrefois transcrit Michel Vœrœsmarty.

** « Un Poète hongrois : Vörösmarty », p. 8.

*** Parfois traduit « La Défaite de Zalán ».

**** La chronique anonyme « Gesta Hungarorum » (« Geste des Hongrois », inédit en français), qui a servi de source à Vörösmarty, dit : « Le grand “khan”, prince de Bulgarie, grand-père du prince Zalán, s’était emparé de la terre qui se trouve entre la Theiss et le Danube… et il avait fait habiter là des Slaves et des Bulgares » (« Terram, quæ jacet inter Thisciam et Danubium, præoccupavisset sibi “keanus” magnus, dux Bulgarie, avus Salani ducis… et fecisset ibi habitare Sclavos et Bulgaros »).

***** « Un Poète hongrois : Vörösmarty », p. 8.

****** Virgile, « Bucoliques », poème I, v. 4.

« Alexandre Petœfi : le poète de la Révolution hongroise »

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit des poèmes de Sandor Petœfi *, le plus important des poètes hongrois, le chantre au tempérament militaire et à l’âme héroïque et passionnée, qui a exhalé, dans son œuvre comme dans sa vie, un amour effréné de la liberté (XIXe siècle). « Ce n’est pas seulement à une prédication », dit un critique **, « que Petœfi a consacré son talent ; sa vie entière est la mise en œuvre de ce programme… Chacune de ses paroles est une action. Il ne dit pas : “Souffrez ! espérez !”, mais il souffre et il espère. » Le jour, Petœfi appelle la lutte et engage la bataille ; la nuit, il écrit au bivouac, en face de l’ennemi, au bruit des avant-postes, aux hennissements des chevaux. Il est fougueux, brûlant, excessif même. Avec lui, on assiste à la saisissante vision de mêlées furieuses où le sang jaillit à flots au milieu « du bruit des épées, des clameurs des clairons et des foudres du bronze ». Tyrtée des temps modernes, il trouve, parmi les bouleversements, le secret des harangues qui entraînent à la victoire, font courir joyeusement vers la mort, et décident les dévouements héroïques. Il prie Dieu ardemment de ne pas mourir dans un lit, calé entre des oreillers, mais sur le champ d’honneur, comme soldat anonyme de « la liberté du monde ». Il a tout pour lui : le génie, le moment historique, le destin hors série ; et quand à vingt-six ans seulement, il tombe dans cette sainte guerre, le peuple qui chante ses chansons, le peuple dont il est né et pour lequel il est mort, ne veut pas croire que la terre ait osé reprendre sa dépouille mortelle ; et si d’aventure, au milieu du silence, quelque berger entonne dans la lande : « Debout, Hongrois, contre la horde qui convoite nos biens, notre vie !… Mille ans nous observent, nous jugent, d’Attila jusqu’à Rákóczi ! », aussitôt le brave peuple de Hongrie s’écrie sous le chaume : « Vous voyez bien que Petœfi n’est pas mort ! Ne reconnaissez-vous pas sa voix ? » Lisez la suite›

* En hongrois Petőfi Sándor. Parfois transcrit Alexandre Petœfi ou Alexandre Petœfy.

** Saint-René Taillandier.

Vaptsarov, « Poèmes choisis »

éd. en Langues étrangères, Sofia

éd. en Langues étrangères, Sofia

Il s’agit de M. Nicolas Vaptsarov *, poète et résistant bulgare (XXe siècle). Arrêté, torturé et fusillé pour son activité clandestine contre les armées allemandes stationnées dans son pays et contre leurs collaborateurs bulgares, il est l’auteur d’un seul recueil de poèmes, intitulé les « Chants des moteurs » (« Motorni Pesni » **), d’une dizaine d’articles et d’une trentaine de poèmes divers. Il s’agit donc d’un legs littéraire relativement restreint, mais n’était-ce pas le cas également de son poète préféré, Hristo Botev, mort dans la lutte contre l’Empire turc. Ses « Chants des moteurs », inspirés du quotidien des ouvriers obscurs — visseurs sur les chaînes de montage, mécaniciens suintant l’oignon et la sueur, chauffeurs de locomotive, etc. — représentent un des sommets de la poésie ouvrière. Ces « Chants » naissent au milieu de la bourbe industrielle, « époque d’atrocité sauvage galopant éperdument de l’avant ; époque d’acier en fusion, là, sur le seuil du nouveau monde », comme dit M. Vaptsarov ***. Il fait encore nuit quand la mer tumultueuse des ouvriers s’engouffre dans une usine au ciel bas, enfumé, où l’existence pèse lourd comme un casque d’acier. La salle des machines entonne son refrain — « une turbine de foi ardente » ****. L’ouvrier, sous sa moustache pendante, injurie la vie ; les heures « comme des écrous rouillés » ***** lui serrent le cœur. Avec quelle avidité ses yeux boivent tout rayon de lumière qui pénètre par hasard à travers la suie ! Cette usine coupe, d’une main experte, les ailes de l’ouvrier ; elle l’opprime, elle l’écrase « sous [la] moisissure vénéneuse et sous [la] vieille rouille » ****** ; il gémit, il halète, mais elle est « sourde à ses sentiments » *******. À midi, durant son repos, l’ouvrier lit un livre de Pouchkine en souriant. Il comprend Pouchkine, il le sent proche comme un camarade ; car avec lui, il peut « regarder les merveilleuses étoiles » ********. Mais déjà « le moteur intrépide porte un coup de poing à la gueule » ********* de l’ouvrier, pour le rappeler à son poste. Colle et graisse, vapeur et puanteur reprennent de plus belle. L’ouvrier est pris, en somme, au piège de la vie ; il se ravise, mais c’est trop tard. Ses yeux luisants, comme ceux d’animal tombé cruellement dans une trappe, demandent et implorent grâce. Et en lui, « peu à peu se glacent les dernières espérances, et la foi dans le bien et dans l’homme » Lisez la suite›

* En bulgare Никола Вапцаров. Parfois transcrit Nicola Vaptzarov, Nikola Vapcarov ou Nikola Wapzarow.

** En bulgare « Моторни Песни ».

*** p. 48.

**** p. 26.

***** p. 43.

****** p. 47.

******* p. 44.

******** p. 49.

********* p. 47.

Rivarol, « Pensées diverses »

éd. Desjonquères, coll. Textes du XVIIIᵉ siècle, Paris

éd. Desjonquères, coll. Textes du XVIIIe siècle, Paris

Il s’agit des « Pensées diverses » * d’Antoine Rivaroli, dit de Rivarol, improvisateur français, un des plus éblouissants esprits de la fin du XVIIIe siècle. « Il y a parmi les gens du monde certaines personnes qui doivent tout [leur] bonheur à leur réputation de gens d’esprit, et toute leur réputation à leur paresse ». En plaçant ces mots en tête du « Petit Almanach de nos grands hommes », Rivarol pensait-il à lui-même ? Probablement. Il était paresseux et il le savait ; mais c’était le dieu de la conversation en cette fin de siècle où la conversation était le suprême plaisir et la suprême gloire, et il était chaque jour traversé d’inspirations fulgurantes. On rapporte qu’il notait ses « Pensées diverses » sur de petites feuilles volantes, sur des morceaux de papier, qu’il rangeait ensuite dans des sacs posés sur sa table de nuit. Avec ces sacs, qu’il renversait périodiquement, tel un chercheur d’or comptant ses pépites, il visait au premier rang dans les lettres et il était bien capable d’y atteindre ; mais il fréquentait trop une société dissipée, mondaine, une société qui ne voulait qu’être amusée ; et en quelques heures de conversation, il gaspillait avec éclat la matière de dix livres. « On n’avait qu’à le toucher sur un point, qu’à lui donner la note, et le merveilleux clavier répondait à l’instant par toute une sonate », explique un critique **. Ces succès commodes, qu’il remportait chaque soir en causant sur n’importe quel sujet, et qui n’avaient besoin, pour être renouvelés, que des improvisations de son esprit légèrement occupé, lui ont ravi ses plus belles années. « Sans cesse arraché à lui-même, il a sacrifié tantôt à la frivolité, tantôt à la fidélité, tantôt à la nécessité, les heures sacrées de l’inspiration. Il a perpétuellement manqué les occasions de devenir un grand homme », explique un autre critique ***. Lisez la suite›

* Également connu sous les titres de « Maximes et Pensées », de « Maximes, Pensées et Paradoxes », d’« Esprit » et de « Pensées, Traits et Bons Mots ».

** Sainte-Beuve.

*** Adolphe de Lescure.

Sima Qian, « Les Mémoires historiques. Tome II. Chapitres 5-12 »

éd. Librairie d’Amérique et d’Orient A. Maisonneuve, coll. UNESCO d’œuvres représentatives, Paris

Il s’agit des « Mémoires historiques » (« Shi Ji » *) de Sima Qian **, illustre chroniqueur chinois (IIe-Ier siècle av. J.-C.) que ses compatriotes placent au-dessus de tous en disant qu’autant le soleil l’emporte en éclat sur les autres astres, autant Sima Qian l’emporte en mérite sur les autres historiens ; et que les missionnaires européens surnomment l’« Hérodote de la Chine ». Fils d’un savant et savant lui-même, Sima Qian fut élevé par l’Empereur à la dignité de « grand scribe » (« tai shi » ***) en 108 av. J.-C. Son père, qui avait été son prédécesseur dans cet emploi, semblait l’avoir prévu ; car il avait fait voyager son fils dans tout l’Empire et lui avait laissé un immense héritage en cartes et en manuscrits. De plus, dès que Sima Qian prit possession de sa charge, la Bibliothèque impériale lui fut ouverte ; il alla s’y ensevelir. « De même qu’un homme qui porte une cuvette sur la tête ne peut pas lever les yeux vers le ciel, de même je rompis toute relation… car jour et nuit je ne pensais qu’à employer jusqu’au bout mes indignes capacités et j’appliquais tout mon cœur à m’acquitter de ma charge », dit-il ****. Mais une disgrâce qu’il s’attira en prenant la défense d’un malheureux, ou plutôt un mot critique sur le goût de l’Empereur pour la magie *****, le fit tomber en disgrâce et le condamna à la castration. Sima Qian était si pauvre, qu’il ne fut pas en état de donner les deux cents onces d’argent pour se rédimer du supplice infamant. Ce malheur, qui assombrit tout le reste de sa vie, ne fut pas sans exercer une profonde influence sur sa pensée. Non seulement Sima Qian n’avait pas pu se racheter, mais personne n’avait osé prendre sa défense. Aussi loue-t-il fort dans ses « Mémoires historiques » tous « ceux qui font peu de cas de leur propre vie pour aller au secours de l’homme de bien qui est en péril » ******. Il approuve souvent aussi des hommes qui avaient été calomniés et mis au ban de la société. Enfin, n’est-ce pas l’amertume de son propre cœur, aigri par la douleur, qui s’exprime dans ce cri : « Quand Zhufu Yan ******* [marchait sur] le chemin des honneurs, tous les hauts dignitaires l’exaltaient ; quand son renom fut abattu, et qu’il eut été mis à mort avec toute sa famille, les officiers parlèrent à l’envi de ses défauts ; c’est déplorable ! » Lisez la suite›

* En chinois « 史記 ». Autrefois transcrit « Che Ki », « Se-ki », « Sée-ki », « Ssé-ki », « Schi Ki », « Shi Ki » ou « Shih Chi ».

** En chinois 司馬遷. Autrefois transcrit Sy-ma Ts’ien, Sématsiene, Ssématsien, Se-ma Ts’ien, Sze-ma Csien, Sz’ma Ts’ien, Sze-ma Ts’ien, Sseû-ma Ts’ien, Sse-ma-thsien, Ssé ma Tsian ou Ssu-ma Ch’ien.

*** En chinois 太史. Autrefois transcrit « t’ai che ».

**** « Lettre à Ren An » (« 報任安書 »).

***** Sima Qian avait critiqué tous les imposteurs qui jouissaient d’un grand crédit à la Cour grâce aux fables qu’ils débitaient : tels étaient un magicien qui prétendait montrer les empreintes laissées par les pieds gigantesques d’êtres surnaturels ; un devin qui parlait au nom de la princesse des esprits, et en qui l’Empereur avait tant de confiance qu’il s’attablait seul avec lui ; un charlatan qui promettait l’immortalité ; etc.

****** ch. 124.

******* En chinois 主父偃. Autrefois transcrit Tchou-fou Yen ou Chu-fu Yen. L’Empereur Wu avait nommé, auprès de chaque roi, des conseillers qui étaient en réalité des rapporteurs. Leur tâche était souvent périlleuse : le conseiller Zhufu Yan fut mis à mort avec toute sa famille à cause des faits qu’il avait rapportés.

Roûmî, « Roubâ’yât »

éd. Librairie d’Amérique et d’Orient A. Maisonneuve, Paris

éd. Librairie d’Amérique et d’Orient A. Maisonneuve, Paris

Il s’agit d’une traduction partielle des « Quatrains » (« Rubayat » *) de Djélâl-ed-dîn Roûmî **, poète mystique d’expression persane, qui n’est pas seulement l’inspirateur d’une confrérie, celle des « derviches tourneurs », mais le directeur spirituel de tout le XIIIe siècle. « Un si grand poète, aimable, harmonieux, étincelant, exalté ; un esprit d’où émanent des parfums, des lumières, des musiques, un peu d’extravagance, et qui, rien que de la manière dont sa strophe prend le départ et s’élève au ciel, a déjà transporté son lecteur », dit M. Maurice Barrès ***. Réfugié à Konya **** en Anatolie (Roûm), Djélâl-ed-dîn trouva dans cette ville habitée de Grecs, de Turcs, d’Arméniens, de Juifs et de Francs un peuple adonné à la poésie, à la musique, aux danses, et il employa cette poésie, cette musique, ces danses pour lui faire connaître Dieu. Son action immense en Orient jeta, pour ainsi dire, des racines si profondes dans toutes les âmes que, même jusqu’aujourd’hui, les fruits et les fleurs de ses enseignements n’ont rien perdu de leur fraîcheur ni de leur parfum ; il se survit dans ses disciples et ses successeurs qui, depuis plus de sept siècles, répètent ses plus beaux délires autour de son tombeau en l’appelant « notre Maître » (Mawlânâ *****). La beauté et l’esprit tolérant de ses œuvres ont surpris les orientalistes occidentaux, et tourné la tête aux plus sobres parmi eux. « Tous les cœurs sur lesquels souffle ma brise s’épanouissent comme un jardin plein de lumière », dit-il avec raison Lisez la suite›

* En persan « رباعیات ». Parfois transcrit « Rubaiat », « Robāïates », « Roubâ’yât », « Robaiyat », « Roba’yat », « Roubayyat », « Robáijját », « Roubaïyat » ou « Rubâi’yât ».

** En persan جلال‌الدین رومی. Parfois transcrit Jelālu-’d-Dīn er-Rūmī, Jellaluddin Rumi, Jelaluddin Rumi, Jalal-ud-Din Rumi, Jallaluddin Rumi, Djalâl-ud-Dîn Rûmî, Dželaluddin Rumi, Dschalal ad-din Rumi, Calaladdīn Rūmī, Jalâl ad dîn Roûmî, Yalal ad-din Rumí, Galal al-din Rumi, Djalâl-od-dîn Rûmî, Jalâloddîn Rûmî, Djélaliddin-Roumi, Jalel Iddine Roumi, Dschelâl-ed-dîn Rumi, Celaledin Rumi, Celaleddin-i Rumi, Jelaleddin Rumi, Djelalettine Roumî, Djélalledin-i-Roumi ou Djellal-ed-Dine Roumi.

*** « Une Enquête aux pays du Levant. Tome II », p. 74.

**** On rencontre aussi les graphies Cogni, Cogne, Conia, Konia et Konié. C’est l’ancienne Iconium.

***** En persan مولانا. Parfois transcrit Maulana, Mowlânâ, Mevlana ou Mewlânâ.

« Anthologie grecque, d’après le manuscrit palatin. Tome II »

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit de l’« Anthologie grecque ». Le mot « anthologie », composé d’« anthos » * (« fleur ») et de « legô » ** (« cueillir »), signifie un choix, un bouquet de compositions légères qui nous charment par leurs inspirations, trop courtes, d’ailleurs, pour jamais nous fatiguer ; mais, plus particulièrement et par excellence, ce mot désigne dans la langue des humanistes l’« Anthologie grecque ». C’est une immense collection de quatre mille petits poèmes, formant une chaîne non interrompue depuis les temps héroïques jusqu’aux derniers temps du Bas-Empire. On y voit les changements successifs qui se sont opérés, de siècle en siècle, dans les foyers de la culture grecque éparpillés un peu partout en Europe, en Afrique et en Asie. Méléagre *** (IIe-Ie siècle av. J.-C.) est l’un des poètes qui a fourni à l’« Anthologie » le plus de poèmes ; mais ce qui lui fait honneur encore davantage, c’est d’avoir eu l’idée de la première « Anthologie » connue. Il lui donna le titre simple et élégant de « Guirlande » (« Stephanos » ****), parce qu’il la regarda comme une guirlande de fleurs et qu’il symbolisa chaque auteur par une fleur assortie : telle poétesse par un lys, telle autre par un iris, Sappho par une rose, Archiloque le satirique par la feuille d’acanthe « aux piquants redoutables », et ainsi de suite. Philippe de Thessalonique ***** (IIe siècle apr. J.-C.) et Agathias ****** (VIe siècle apr. J.-C.) publièrent des anthologies d’après le même procédé. Au Xe siècle, Constantin Céphalas ******* s’empara de toutes ces anthologies pour en coordonner une nouvelle, dont l’unique exemplaire dort dans la poussière de la Bibliothèque palatine, à Heidelberg ; de là, le nom consacré de « manuscrit palatin ». Enfin, au XIIIe siècle, Maxime Planude ********, moine de Constantinople, remania le travail de Céphalas pour en éliminer les morceaux obscènes ; les choix qu’il fit gâtèrent plutôt l’« Anthologie » qu’ils ne l’enrichirent. Lisez la suite›

* En grec ἄνθος.

** En grec λέγω.

*** En grec Μελέαγρος. Parfois transcrit Méléagros. « Méléagros est un bien étrange poète qui naquit en Judée, près du lac de Génésareth. Juif ? ou Syrien ? ou Grec ? On ne sait. Mais amoureux des femmes hébraïques et des poètes de l’Hellas », dit Pierre Louÿs (« Lettre à Paul Valéry du 31.X.1891 » dans Suzanne Larnaudie, « Paul Valéry et la Grèce », éd. Droz, Genève, p. 38).

**** En grec « Στέφανος ».

***** En grec Φίλιππος ὁ Θεσσαλονικεύς.

****** En grec Ἀγαθίας.

******* En grec Κωνσταντῖνος ὁ Κεφαλᾶς.

******** En grec Μάξιμος ὁ Πλανούδης.

Catulle, « Les Poésies »

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit de Catulle *, poète latin (Ie siècle av. J.-C.), qui s’est essayé dans tous les genres, devançant Virgile dans l’épopée, Horace dans l’ode, Ovide, Tibulle, Properce dans l’élégie amoureuse, Martial dans l’épigramme et ce que nous appelons la poésie légère. Sous un air de simplicité extrême, et ne formant pas cent pages, son petit livre, ce « nouvel enfant d’une muse badine » comme il l’appelle **, est une annonce complète, une sorte de prélude à toute la poésie du siècle d’Auguste. On se figure généralement que les Romains de cette époque étaient le peuple le plus policé de l’Antiquité ; c’est une erreur grave, que les poésies de Catulle suffiraient au besoin pour démentir. Enrichis tout à coup par les dépouilles des peuples qu’ils avaient conquis, les Romains passèrent, sans transition, de la discipline sévère des camps aux dérèglements des débauches, des festins, de toutes les dépenses, et aux excès les plus crapuleux. Salluste écrit *** : « Dès que les richesses eurent commencé à être honorées… la vertu perdit son influence, la pauvreté devint un opprobre, et l’antique simplicité fut regardée comme une affectation malveillante. Par les richesses, on a vu se répandre parmi notre jeunesse, avec l’orgueil, la débauche et la cupidité ; puis… la prodigalité de son patrimoine, la convoitise de la fortune d’autrui, l’entier mépris de l’honneur, de la pudicité, des choses divines et humaines… Les hommes se prostituaient comme des femmes, et les femmes affichaient leur impudicité ». C’est au milieu de cette société mi-barbare, mi-civilisée que vécut notre poète. Ami de tous les plaisirs et de la bonne chère, joyeux viveur de la grande ville. amant volage de ces beautés vénales pour lesquelles se ruinait la jeunesse d’alors, il se vit obligé de mettre en gage ses biens pour s’adonner aux charmes dangereux de la passion amoureuse. Dans un morceau célèbre, tout à coup il s’interrompt et se reproche le mauvais usage qu’il fait de ses loisirs. Il se dit à lui-même : « Prends-y garde, Catulle, [tes loisirs] te seront funestes. Ils ont pris trop d’empire sur ton âme. N’oublie pas qu’ils ont perdu les rois et les empires » Lisez la suite›

* En latin Gaius Valerius Catullus.

** p. 3.

*** « Conjuration de Catilina », ch. 12.

Chômei, « Notes de ma cabane de moine »

éd. Le Bruit du temps, Paris

éd. Le Bruit du temps, Paris

Il s’agit de Kamo no Chômei *, essayiste et moine japonais (XIIe-XIIIe siècle apr. J.-C.). Vers sa vingtième année, étant devenu orphelin, il perdit en même temps l’espoir d’hériter de l’office paternel — celui de gardien du fameux temple de Kamo, à Kyôto. Il se voua, dès lors, à la poésie et à la musique. Vers sa trente-cinquième année, fort du succès que remporta auprès de l’Empereur son recueil poétique, le « Recueil de Chômei » (« Chômei-shû » **), il reprit l’espoir de se procurer la fonction de son père ; mais il manquait de soutiens, et les intrigues de la Cour l’éloignèrent définitivement de la succession et du palais. Cette déception personnelle, ainsi que les désastres et les calamités qui vinrent frapper le Japon au même moment (grand incendie de Kyôto en 1177, épouvantables famines suivies d’épidémies en 1181-1182, tremblement de terre en 1185), furent autant d’occasions pour Chômei de ressentir l’instabilité des choses humaines, lesquelles lui faisaient penser « à la rosée sur le liseron du matin… : la rosée a beau demeurer, elle ne dure jamais jusqu’au soir » ***. « Au fond, toutes les entreprises humaines sont stupides et vaines », se dit-il **** ; et au milieu de ces horreurs, s’étant rasé la tête, il se retira dans une petite cabane de dix pieds carrés, sur le mont Hino *****. Et même si, sur l’invitation du shôgun Sanetomo, son frère en poésie et en malheur, il alla passer un peu de temps à Kamakura, il revint bien vite à la solitude de son ermitage. C’est là qu’il composa ses trois grands essais : 1o « Notes sans titre » (« Mumyô-shô » ******), livre de critique poétique ; 2o « Histoires de conversion » (« Hosshinshû » *******), ouvrage d’édification bouddhique, plein d’anecdotes sur les personnes entrées en religion et ayant renoncé au siècle ; et surtout 3o « Notes de ma cabane de moine » (« Hôjô-ki » ********), journal intime méditant sur la vanité du monde (« mujô » *********) et le caractère éphémère de tout ce qui existe. Cette dernière œuvre, malgré sa taille modeste, demeure un des grands chefs-d’œuvre du genre « zuihitsu » ********** (« essais au fil du pinceau ») : « Après les “Notes de l’oreiller” et en attendant le “Cahier des heures oisives”, il constitue [un] des meilleurs livres d’impressions que nous ait laissés la littérature japonaise », explique Michel Revon. « Chômei ne se contente pas de noter, à la fortune du pinceau, des observations ou des pensées disparates, il veut philosopher, écrire d’une manière suivie… Et son charmant écrit, si dénué de toute prétention, n’en devient pas moins un exposé magistral de la sagesse pessimiste. » Lisez la suite›

* En japonais 鴨長明. Autrefois transcrit Tchômei ou Choumei. Chômei est la lecture à la chinoise des caractères 長明, qui se lisent Nagaakira à la japonaise. On disait, paraît-il, Nagaakira à l’époque de l’auteur ; mais l’usage en a décidé autrement.

** En japonais « 長明集 », inédit en français.

*** « Notes de ma cabane de moine », p. 12.

**** id. p. 14.

***** En japonais 日野山.

****** En japonais « 無名抄 ». Autrefois transcrit « Moumiôçô ».

******* En japonais « 発心集 ».

******** En japonais « 方丈記 ». Autrefois transcrit « Hôdjôki », « Hôziôki » ou « Houjouki ».

********* En japonais 無常.

********** En japonais 随筆. Autrefois transcrit « zouï-hitsou ».

Hugo, « Notre-Dame de Paris. Tome II »

XIXe siècle

Il s’agit de « Notre-Dame de Paris » et autres œuvres de Victor Hugo (XIXe siècle). Il faut reconnaître que Hugo est non seulement le premier en rang des écrivains de langue française, depuis que cette langue a été fixée ; mais le seul qui ait un droit vraiment absolu à ce titre d’écrivain dans sa pleine acception. Toutes les catégories de l’histoire littéraire se trouvent en lui déjouées. La critique qui voudrait démêler cette figure titanique, stupéfiante, tenant quelque chose de la divinité, est en présence du problème le plus insoluble. Fut-il poète, romancier ou penseur ? Fut-il spiritualiste ou réaliste ? Il fut tout cela et plus encore. Cet homme laissa l’empreinte de ses pas sur tous les chemins de l’esprit, servit de commandant dans toutes les luttes de l’art ; de sorte qu’aucune des familles qui se partagent l’espèce humaine au physique et au moral ne peut se l’attribuer entièrement. Avec sa mort, c’est tout un monde cyclopéen d’idées, d’impressions qui s’en va ; un continent de granit qui se détache avec fracas. « Si j’ouvre un livre de Victor Hugo au hasard, car on ne saurait choisir », écrit Jules Renard *, « il est… une montagne, une mer, ce qu’on voudra, excepté quelque chose à quoi puissent se comparer les autres hommes. » « Qui pourrait dire : “J’aime ceci ou cela dans Hugo” ? », demande Édouard Drumont **. « Comme l’océan, comme la montagne, comme la forêt, ce génie éveille l’idée de l’infini. Ce qu’on aime dans l’océan, ce n’est point une vague, ce sont des vagues incessamment renouvelées ; ce qu’on aime dans la forêt, ce n’est point un arbre ou une feuille, ce sont ces milliers d’arbres et ces milliers de feuilles qui confondent leur verdure et leur bruit. » Lisez la suite›

* « Journal », le 13 juillet 1893.

** Dans « Victor Hugo devant l’opinion ».

Hugo, « Notre-Dame de Paris. Tome I »

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit de « Notre-Dame de Paris » et autres œuvres de Victor Hugo (XIXe siècle). Il faut reconnaître que Hugo est non seulement le premier en rang des écrivains de langue française, depuis que cette langue a été fixée ; mais le seul qui ait un droit vraiment absolu à ce titre d’écrivain dans sa pleine acception. Toutes les catégories de l’histoire littéraire se trouvent en lui déjouées. La critique qui voudrait démêler cette figure titanique, stupéfiante, tenant quelque chose de la divinité, est en présence du problème le plus insoluble. Fut-il poète, romancier ou penseur ? Fut-il spiritualiste ou réaliste ? Il fut tout cela et plus encore. Cet homme laissa l’empreinte de ses pas sur tous les chemins de l’esprit, servit de commandant dans toutes les luttes de l’art ; de sorte qu’aucune des familles qui se partagent l’espèce humaine au physique et au moral ne peut se l’attribuer entièrement. Avec sa mort, c’est tout un monde cyclopéen d’idées, d’impressions qui s’en va ; un continent de granit qui se détache avec fracas. « Si j’ouvre un livre de Victor Hugo au hasard, car on ne saurait choisir », écrit Jules Renard *, « il est… une montagne, une mer, ce qu’on voudra, excepté quelque chose à quoi puissent se comparer les autres hommes. » « Qui pourrait dire : “J’aime ceci ou cela dans Hugo” ? », demande Édouard Drumont **. « Comme l’océan, comme la montagne, comme la forêt, ce génie éveille l’idée de l’infini. Ce qu’on aime dans l’océan, ce n’est point une vague, ce sont des vagues incessamment renouvelées ; ce qu’on aime dans la forêt, ce n’est point un arbre ou une feuille, ce sont ces milliers d’arbres et ces milliers de feuilles qui confondent leur verdure et leur bruit. » Lisez la suite›

* « Journal », le 13 juillet 1893.

** Dans « Victor Hugo devant l’opinion ».

Roûmî, « Rubâi’yât »

éd. A. Michel, coll. Spiritualités vivantes-Soufisme, Paris

éd. A. Michel, coll. Spiritualités vivantes-Soufisme, Paris

Il s’agit d’une traduction partielle des « Quatrains » (« Rubayat » *) de Djélâl-ed-dîn Roûmî **, poète mystique d’expression persane, qui n’est pas seulement l’inspirateur d’une confrérie, celle des « derviches tourneurs », mais le directeur spirituel de tout le XIIIe siècle. « Un si grand poète, aimable, harmonieux, étincelant, exalté ; un esprit d’où émanent des parfums, des lumières, des musiques, un peu d’extravagance, et qui, rien que de la manière dont sa strophe prend le départ et s’élève au ciel, a déjà transporté son lecteur », dit M. Maurice Barrès ***. Réfugié à Konya **** en Anatolie (Roûm), Djélâl-ed-dîn trouva dans cette ville habitée de Grecs, de Turcs, d’Arméniens, de Juifs et de Francs un peuple adonné à la poésie, à la musique, aux danses, et il employa cette poésie, cette musique, ces danses pour lui faire connaître Dieu. Son action immense en Orient jeta, pour ainsi dire, des racines si profondes dans toutes les âmes que, même jusqu’aujourd’hui, les fruits et les fleurs de ses enseignements n’ont rien perdu de leur fraîcheur ni de leur parfum ; il se survit dans ses disciples et ses successeurs qui, depuis plus de sept siècles, répètent ses plus beaux délires autour de son tombeau en l’appelant « notre Maître » (Mawlânâ *****). La beauté et l’esprit tolérant de ses œuvres ont surpris les orientalistes occidentaux, et tourné la tête aux plus sobres parmi eux. « Tous les cœurs sur lesquels souffle ma brise s’épanouissent comme un jardin plein de lumière », dit-il avec raison Lisez la suite›

* En persan « رباعیات ». Parfois transcrit « Rubaiat », « Robāïates », « Roubâ’yât », « Robaiyat », « Roba’yat », « Roubayyat », « Robáijját », « Roubaïyat » ou « Rubâi’yât ».

** En persan جلال‌الدین رومی. Parfois transcrit Jelālu-’d-Dīn er-Rūmī, Jellaluddin Rumi, Jelaluddin Rumi, Jalal-ud-Din Rumi, Jallaluddin Rumi, Djalâl-ud-Dîn Rûmî, Dželaluddin Rumi, Dschalal ad-din Rumi, Calaladdīn Rūmī, Jalâl ad dîn Roûmî, Yalal ad-din Rumí, Galal al-din Rumi, Djalâl-od-dîn Rûmî, Jalâloddîn Rûmî, Djélaliddin-Roumi, Jalel Iddine Roumi, Dschelâl-ed-dîn Rumi, Celaledin Rumi, Celaleddin-i Rumi, Jelaleddin Rumi, Djelalettine Roumî, Djélalledin-i-Roumi ou Djellal-ed-Dine Roumi.

*** « Une Enquête aux pays du Levant. Tome II », p. 74.

**** On rencontre aussi les graphies Cogni, Cogne, Conia, Konia et Konié. C’est l’ancienne Iconium.

***** En persan مولانا. Parfois transcrit Maulana, Mowlânâ, Mevlana ou Mewlânâ.

Kavafis, « Œuvres poétiques »

éd. Imprimerie nationale, coll. La Salamandre, Paris

éd. Imprimerie nationale, coll. La Salamandre, Paris

Il s’agit des œuvres poétiques de Constantin Kavafis *, poète égyptien d’expression grecque (XIXe-XXe siècle). « La biographie extérieure de Constantin Kavafis tient en quelques lignes ; ses vers nous renseignent davantage sur ce que fut cette existence bornée en apparence aux routines des bureaux et des cafés, de la rue et de la taverne louche, limitée dans l’espace au tracé, mille fois reparcouru, d’une même ville », dit Mme Marguerite Yourcenar. En effet, la poésie de Kavafis se développe dans le vase clos d’une même ville : Alexandrie. La première impression qui s’en dégage est celle d’une existence tellement enfoncée dans son marasme qu’aucune délivrance ne paraît possible. C’est la poésie d’un vieillard et la poésie également d’un être humain marqué d’une ambiguïté fondamentale dans sa sexualité, qui l’empêche de s’accepter entièrement, tel que la création l’a fait. Cet homme lucide ne se fait point d’illusions. Il sait qu’il lui est interdit de joindre en lui-même une humanité profonde et conquérante. Au premier abord, aucune considération, aucune espérance ne viennent atténuer cette vue désabusée de sa destinée. Les figures historiques qui ont manifestement sa prédilection sont des adolescents du monde hellénistique et byzantin, mi-grecs mi-asiates, des êtres charmants, vénaux, efféminés, et qui ressemblent étonnamment aux adolescents décrits dans les poèmes inspirés de sa propre vie. Ce sont des êtres mus par un besoin absolu de beauté et de jouissance. Et comme ils ne peuvent pas satisfaire ce besoin, ils sombrent dans l’échec et le malheur. « Touchants, dignes dans leur échec, parfois même héroïques, ils souffrent de n’être pas des Olympiens. Ils ne sont parvenus que jusqu’aux abords du temple. Mais comme ils y arrivent pleins d’humilité et conscients de leur faiblesse, il leur sera beaucoup pardonné », dit M. Georges Spyridaki Lisez la suite›

* En grec Κωνσταντίνος Καϐάφης. Parfois transcrit Kavaphes, Kavaphis, Kawafis, Cavafis, Cavafy ou Kavafy.

La Bruyère, « Les Caractères, ou les Mœurs de ce siècle »

éd. Le Cercle du bibliophile, coll. Les Classiques immortels, Évreux

éd. Le Cercle du bibliophile, coll. Les Classiques immortels, Évreux

Il s’agit des « Caractères » de Jean de La Bruyère *, écrivain français (XVIIe siècle), qui consuma sa vie à observer les hommes, et qui s’ingénia à nous montrer tout ce qui se cachait de vanité, de petitesse ou de calcul mesquin sous leurs allures importantes et leurs titres pompeux. « Il n’y a presque point de [tournure] dans l’éloquence qu’on ne trouve dans La Bruyère ; et [s’il y manque] quelque chose, ce ne sont pas certainement les expressions, qui sont d’une force infinie et toujours les plus propres et les plus précises qu’on puisse employer », dit un critique **. En effet, La Bruyère est un des meilleurs prosateurs dans aucune langue. Il l’est par sa composition, qui fond avec art deux genres qui jouissaient alors d’une grande faveur : les maximes et les portraits. Mais il l’est surtout par son style, par son choix de mots non seulement très juste, mais nécessaire ; il dit lui-même qu’« entre toutes les différentes expressions qui peuvent rendre une seule de nos pensées, il n’y en a qu’une qui soit la bonne » *** : cette expression unique, La Bruyère sait la trouver et lui donner la place où elle aura le plus d’éclat. Émile Littré, l’auteur du célèbre « Dictionnaire de la langue française », dit à ce sujet : « Voulez-vous faire un inventaire des richesses de notre langue ; en voulez-vous connaître tous les tours, tous les mouvements, toutes les figures, toutes les ressources ? Il n’est pas nécessaire de recourir à cent volumes ; lisez et relisez La Bruyère ». Tout vit et tout s’anime sous la plume de La Bruyère ; tout parle à notre imagination ; il nous dit en une phrase ce qu’un autre ne nous dit pas correctement en une trentaine ; il brille surtout dans l’emploi ingénieux et détourné qu’il sait faire des mots de l’usage courant. « La véritable grandeur », dit-il ****, « se laisse “toucher” et “manier” ; elle ne perd rien à être “vue de près” ». Ou encore : « Il y a dans quelques femmes… un mérite “paisible”, mais solide, accompagné de mille vertus qu’elles ne peuvent couvrir [malgré] toute leur modestie, qui “échappent”, et qui se montrent à “ceux qui ont des yeux” » Lisez la suite›

* On rencontre aussi la graphie La Bruière.

** le marquis de Vauvenargues.

*** ch. I, sect. 17.

**** ch. II, sect. 42.

Bai Juyi et Phan Huy Vịnh, « Tỳ bà hành »

dans « L’Univers des “truyện nôm” : manuscrit » (éd. École française d’Extrême-Orient, coll. Bibliothèque vietnamienne, Hanoï), p. 211-223

dans « L’Univers des “truyện nôm” : manuscrit » (éd. École française d’Extrême-Orient, coll. Bibliothèque vietnamienne, Hanoï), p. 211-223

Il s’agit du « Tỳ bà hành », adaptation par Phan Huy Vịnh de l’un des poèmes chinois qui a le plus marqué la littérature du Viêt-nam : la « Ballade du luth » * (« Pi pa xing » **) de Bai Juyi. Longue de quatre-vingt-huit vers, cette « Ballade » relate l’émotion ressentie par le poète et ses amis, qui raccompagnent un visiteur au débarcadère de la rivière, quand ils entendent quelqu’un, sur l’une des barques, jouer du luth — rencontre nocturne, pleine d’ombres et de mystères, évoquée puissamment dès les premiers vers : « L’immensité des eaux était imprégnée de la clarté de la lune limpide. Nous entendîmes alors, au loin sur le fleuve, les notes d’[un luth]. J’oubliais de m’en retourner ; mon ami différait sa descente du fleuve. À la voix, nous demandâmes qui jouait ainsi. [Le luth] soudain s’arrêta de jouer et il y eut un moment de silence ». Le poète et ses amis en oublient qu’ils doivent rentrer ; le visiteur en oublie qu’il doit repartir. Ils font approcher leur barque de celle de l’interprète et l’invitent à se montrer. Après mille et mille suppliques, ils voient sortir avec hésitation une femme : celle-ci tient encore en main le luth qui lui cache la moitié du visage. Elle effleure les cordes et fait tinter une note, et deux, et trois. Chaque corde semble porter une âme ; chaque son semble dire une pensée. Elle joue, elle joue toujours : « Les grosses cordes semblaient verser des rafales de pluie ; les petites cordes semblaient susurrer plaintivement des confidences… Son attitude silencieuse augmentait la beauté du moment. Puis ce fut comme un vase d’argent qui éclate [et répand] son liquide sur la surface d’une eau ; comme des chevaux ardents qui galopent… » Lisez la suite›

* Parfois traduit « Ballade du pipa », « Ballade de la guitare », « La Guitare » ou « La Chanson du luth ».

** En chinois « 琵琶行 ». Parfois transcrit « P’i-pa-hing », « Pi pa sing » ou « Pï-pá hsing ».

« La Double Inspiration du poète Po Kiu-yi (772-846) »

éd. P. Bossuet, coll. Faculté des lettres de l’Université de Paris, Paris

éd. P. Bossuet, coll. Faculté des lettres de l’Université de Paris, Paris

Il s’agit de Bai Juyi *, le poète le plus talentueux de la Chine, avec Li Po (IXe siècle apr. J.-C.). Au contraire de son pays, où sa popularité décrut au fil des siècles, le Viêt-nam et le Japon, sans doute grâce à leur lectorat féminin, le tinrent toujours pour un modèle suprême et allèrent jusqu’à en faire une sorte de dieu tutélaire. Déjà de son vivant, sa « Chanson des regrets éternels » (« Chang hen ge » **) et sa « Ballade du luth » (« Pi pa xing » ***) jouissaient d’un prestige incomparable auprès des femmes : « Veuves et vierges ont souvent, à la bouche, un poème de moi… À ma vue, les chanteuses me désignent du doigt, en se disant entre elles : voici le maître de la “Chanson des regrets éternels” », dit-il dans une lettre ****. « Le trait principal… de Bai Juyi, qui fait son mérite principal en tant que poète », dit un critique *****, « c’est l’extrême simplicité de son élocution, le naturel de toute son œuvre ». Bai Juyi renonçait au langage trop savant, trop froid, trop dense que ses prédécesseurs polissaient et ciselaient depuis des siècles jusqu’à être souvent un peu obscurs. On prétend qu’il lisait ses vers à une vieille dame illettrée et ne cessait de les changer jusqu’à ce que cette dernière lui fît entendre qu’elle avait tout compris. On compare son style simple, abondant, régulier à l’eau d’une fontaine qui coule nuit et jour sur la petite place du village, et où tout le monde s’abreuve :

« Danseuse tartare ! Danseuse tartare !
L’âme répond au son des cordes,
Les mains répondent au tambour.
La musique prélude, elle s’élance, manches hautes.
Palpitante comme la neige, frémissante comme le roseau,
À droite et à gauche, inlassable, elle pivote,
Mille et mille tours se poursuivent sans trêve.
Rien de ce monde ne pourrait l’égaler :
Voiture, moins rapide ; tourbillon, moins primesautier.
La danse finie, à plusieurs reprises elle salue et remercie
Le souverain qui sourit légèrement
 » Lisez la suite›

* En chinois 白居易. Autrefois transcrit Pé-kiu-y, Po Kiu-i, Po Kiu-yi, Po Tchu-yi, Pai Chui, Bo Ju yi, Po Chü-i ou Po Chu yi.

** En chinois « 長恨歌 ». Autrefois transcrit « Tch’ang-hen-ko » ou « Ch’ang-hen ko ».

*** En chinois « 琵琶行 ». Autrefois transcrit « P’i-pa-hing », « Pi pa sing » ou « Pï-pá hsing ».

**** Dans Lo Ta-kang, « La Double Inspiration du poète Po Kiu-yi », p. 135.

***** M. Georges Margouliès.

Saigyô, « Poèmes de ma hutte de montagne »

éd. Moundarren, Millemont

éd. Moundarren, Millemont

Il s’agit de Satô Norikiyo *, poète et moine très cher au peuple japonais (XIIe siècle apr. J.-C.), plus connu sous le surnom de Saigyô ** (« allant au Paradis de l’Ouest »). Issu d’une famille militaire, à l’âge de vingt-deux ans, Saigyô renonça au siècle, abandonna sa famille, et quitta ses fonctions au Palais pour la raison que voici : Un jour, à l’heure où le soleil s’inclinait, il était sorti avec un de ses amis intimes, du nom de Noriyasu, Officier de la Garde des Portes. En chemin, Noriyasu déclara ceci : « Ces derniers temps, je ne sais pourquoi, j’ai le sentiment que toute chose n’est que songe et illusion, et si ce jourd’hui je suis en vie, je n’ose espérer l’être demain encore. Las, quel pourrait être mon recours ? Mon plus cher désir serait de quitter ma maison, de changer mon état et d’aller vivre en quelque montagne écartée ! » *** En entendant ce discours prononcé avec les accents de la vérité, Saigyô se demanda, le cœur dolent, pour quelle raison son ami parlait de la sorte ; et le matin suivant, comme il allait prendre de ses nouvelles, il trouva, près du portail, une foule de gens fort agités, et à l’intérieur, de même, l’on entendait des voix de gens qui clamaient leur douleur ; inquiet, il hâta le pas, se demandant ce qui se passait : « Monseigneur, cette nuit, est mort dans son sommeil ! » ****, lui dit-on, et il aperçut l’épouse et la mère de Noriyasu, étendues face contre terre, l’une aux pieds, l’autre au chevet du défunt, abîmées dans les larmes. À cette vue, tournant le dos au monde, Saigyô entra en religion pour pérégriner à travers le pays entier de province en province, de monastère en monastère ; puis, pensant avoir trouvé dans les montagnes de l’Ouest le lieu propice à un secret ermitage où se livrer aux pratiques de la Voie du Bouddha, il y construisit une hutte de branchage où, après avoir mené une vie solitaire dans un dépouillement extrême de toutes choses, il mourut très saintement. Lisez la suite›

* En japonais 佐藤義清. Autrefois transcrit Satô Yoshikiyo.

** En japonais 西行. Autrefois transcrit Saïghyô.

*** « La Légende de Saïgyô », p. 22.

**** id. p. 23.

« La Légende de Saïgyô »

éd. Publications orientalistes de France, coll. Tama, Cergy

éd. Publications orientalistes de France, coll. Tama, Cergy

Il s’agit de Satô Norikiyo *, poète et moine très cher au peuple japonais (XIIe siècle apr. J.-C.), plus connu sous le surnom de Saigyô ** (« allant au Paradis de l’Ouest »). Issu d’une famille militaire, à l’âge de vingt-deux ans, Saigyô renonça au siècle, abandonna sa famille, et quitta ses fonctions au Palais pour la raison que voici : Un jour, à l’heure où le soleil s’inclinait, il était sorti avec un de ses amis intimes, du nom de Noriyasu, Officier de la Garde des Portes. En chemin, Noriyasu déclara ceci : « Ces derniers temps, je ne sais pourquoi, j’ai le sentiment que toute chose n’est que songe et illusion, et si ce jourd’hui je suis en vie, je n’ose espérer l’être demain encore. Las, quel pourrait être mon recours ? Mon plus cher désir serait de quitter ma maison, de changer mon état et d’aller vivre en quelque montagne écartée ! » *** En entendant ce discours prononcé avec les accents de la vérité, Saigyô se demanda, le cœur dolent, pour quelle raison son ami parlait de la sorte ; et le matin suivant, comme il allait prendre de ses nouvelles, il trouva, près du portail, une foule de gens fort agités, et à l’intérieur, de même, l’on entendait des voix de gens qui clamaient leur douleur ; inquiet, il hâta le pas, se demandant ce qui se passait : « Monseigneur, cette nuit, est mort dans son sommeil ! » ****, lui dit-on, et il aperçut l’épouse et la mère de Noriyasu, étendues face contre terre, l’une aux pieds, l’autre au chevet du défunt, abîmées dans les larmes. À cette vue, tournant le dos au monde, Saigyô entra en religion pour pérégriner à travers le pays entier de province en province, de monastère en monastère ; puis, pensant avoir trouvé dans les montagnes de l’Ouest le lieu propice à un secret ermitage où se livrer aux pratiques de la Voie du Bouddha, il y construisit une hutte de branchage où, après avoir mené une vie solitaire dans un dépouillement extrême de toutes choses, il mourut très saintement. Lisez la suite›

* En japonais 佐藤義清. Autrefois transcrit Satô Yoshikiyo.

** En japonais 西行. Autrefois transcrit Saïghyô.

*** « La Légende de Saïgyô », p. 22.

**** id. p. 23.

Saigyô, « Vers le Vide : poèmes »

éd. A. Michel, Paris

éd. A. Michel, Paris

Il s’agit de Satô Norikiyo *, poète et moine très cher au peuple japonais (XIIe siècle apr. J.-C.), plus connu sous le surnom de Saigyô ** (« allant au Paradis de l’Ouest »). Issu d’une famille militaire, à l’âge de vingt-deux ans, Saigyô renonça au siècle, abandonna sa famille, et quitta ses fonctions au Palais pour la raison que voici : Un jour, à l’heure où le soleil s’inclinait, il était sorti avec un de ses amis intimes, du nom de Noriyasu, Officier de la Garde des Portes. En chemin, Noriyasu déclara ceci : « Ces derniers temps, je ne sais pourquoi, j’ai le sentiment que toute chose n’est que songe et illusion, et si ce jourd’hui je suis en vie, je n’ose espérer l’être demain encore. Las, quel pourrait être mon recours ? Mon plus cher désir serait de quitter ma maison, de changer mon état et d’aller vivre en quelque montagne écartée ! » *** En entendant ce discours prononcé avec les accents de la vérité, Saigyô se demanda, le cœur dolent, pour quelle raison son ami parlait de la sorte ; et le matin suivant, comme il allait prendre de ses nouvelles, il trouva, près du portail, une foule de gens fort agités, et à l’intérieur, de même, l’on entendait des voix de gens qui clamaient leur douleur ; inquiet, il hâta le pas, se demandant ce qui se passait : « Monseigneur, cette nuit, est mort dans son sommeil ! » ****, lui dit-on, et il aperçut l’épouse et la mère de Noriyasu, étendues face contre terre, l’une aux pieds, l’autre au chevet du défunt, abîmées dans les larmes. À cette vue, tournant le dos au monde, Saigyô entra en religion pour pérégriner à travers le pays entier de province en province, de monastère en monastère ; puis, pensant avoir trouvé dans les montagnes de l’Ouest le lieu propice à un secret ermitage où se livrer aux pratiques de la Voie du Bouddha, il y construisit une hutte de branchage où, après avoir mené une vie solitaire dans un dépouillement extrême de toutes choses, il mourut très saintement. Lisez la suite›

* En japonais 佐藤義清. Autrefois transcrit Satô Yoshikiyo.

** En japonais 西行. Autrefois transcrit Saïghyô.

*** « La Légende de Saïgyô », p. 22.

**** id. p. 23.

Galland, « Les “Mille et une Nuits” : contes arabes. Tome II »

XVIIIᵉ siècle

XVIIIe siècle

Il s’agit des « Mille et une Nuits » (« Alf layla wa-layla » *), contes arabes. Rarement, la richesse de la narration et les trésors de l’imagination ont été dépensés dans une œuvre avec plus de prodigalité ; et rarement, une œuvre a eu une réussite plus éclatante que celle des « Mille et une Nuits » depuis qu’elle a été transportée en France par l’orientaliste Antoine Galland au commencement du XVIIIe siècle. De là, elle a immédiatement rempli le monde de sa renommée, et depuis, son succès n’a fait que croître de jour en jour, sans souffrir ni des caprices de la mode ni du changement des goûts. Quelle extraordinaire fécondité dans ces contes ! Quelle variété ! Avec quelle inépuisable intérêt on suit les aventures enchanteresses de Sindbad le Marin ou les merveilles opérées par la lampe d’Aladdin : « C’est dans l’Orient même que l’enfance du genre humain se montre avec toute sa grâce et toute sa naïveté », dit Édouard Gauttier d’Arc **. « On y chercherait en vain ou ces teintes mélancoliques du Nord, ou ces allusions sérieuses et profondes [des] Grecs. [Ici], on voit que l’imagination ne s’est mise en œuvre que pour se créer à elle-même des plaisirs… Ces génies qu’elle a produits, vont répandant partout les perles, l’or, les diamants ; ils élèvent en un instant des palais superbes ; ils livrent à celui qu’ils favorisent, des houris *** enchanteresses ; ils l’accablent, en un mot, de toutes les jouissances, sans qu’il se donne aucune peine pour les acquérir. Il faut aux Orientaux un bonheur facile et complet ; ils le veulent sans nuages, comme le soleil qui les éclaire. » Lisez la suite›

* En arabe « ألف ليلة وليلة ». Autrefois transcrit « Alef léïlét oué-léïlét », « Alef leilet we leilet », « Alef leila wa leila » ou « Alf laila wa-laila ».

** Préface à l’édition de 1822-1823.

*** Beautés célestes qui, selon le Coran, seront les épouses des fidèles.

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